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Ashwini en quête d?une deuxième peau

24 juillet 2005, 00:00

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Ashwini Chuttoor ne se déplace plus sans son écharpe qu?elle tire jusqu?au bord du menton. Et, lors de ses rares sorties dans les rues de Bois-Marchand, ses yeux fixent résolument la pointe de ses savates, fuyant à sa façon le regard des autres.

Elle n?a que 11 ans mais, lorsqu?elle vous fixe ou vous parle, ses yeux et sa voix traduisent toute la douleur qu?elle endure depuis bientôt huit mois.

Le 8 décembre dernier, Ashwini surveille son cadet et sa s?ur d?à peine un an quand l?espiègle répand du vernis à ongles au sol. Etant l?aînée et de peur de subir les foudres de sa mère, Sobha, elle utilise du « thinner » pour effacer toute trace de l?incident.

Dans sa précipitation, elle se sert d?une serviette pour récurer le sol. Se rendant compte que sa mère ne lui pardonnera pas non plus ce gâchis, elle décide de tout brûler dans l?arrière-cour.

Un trop long traitement

L?enfant se s?attend pas à ce que ses vêtements imprégnés de dissolvant flambent. Pire, lorsque les flammes commencent à lui lécher sa peau, son petit frère saisit un seau d?eau et l?asperge?

Conséquence : elle est brûlée sur presque toute la partie supérieure du corps, jusqu?à la mâchoire. « Mo pa ti pu bril otan. Mo frer pa ti bizin jet delo lor mwa», gémit-elle.

Depuis, Ashwini a subi une greffe mais ses parents et elle-même auraient préféré qu?elle garde ses cicatrices. Son torse ressemble à une peau de reptile et ses lèvres tirent tellement qu?elle n?arrive plus à fermer la bouche.

« Guet sa enn kou, li ti bizin resss brile mem, pu ene tifi li bien difisil ress kumsa », se lamente Sobha, 29 ans, montrant les « quadrillés » sur le corps de son enfant.

Marchande de « roti », Sobha est disposée avec son époux, Rajesh, 37 ans, fossoyeur, à se saigner à blanc pour envoyer leur fille à l?étranger afin qu?elle « retrouve un aspect normal ». « Tout ce que je veux c?est qu?elle puisse étudier, travailler et un jour fonder une famille. Je me demande ce qui adviendra d?elle si je ne suis plus de ce monde », avance Sobha.

« Le ministère nous avait dit qu?ils allaient l?envoyer à l?étranger. Puis ils nous ont appelé devant un Board, bann dokter ti bien foutan, zot dire kapav fer tou isi me depi so loperasyon mo tifi plore li nepli envi al rendevou », poursuit Rajesh.

« Sink fwa inn met chloroform ar li. Nou enn mama nou enn papa, nu pa kapav guet li soufer », soupire-t-il. Avec sa femme, ils considèrent que le traitement prodigué à l?hôpital prend trop de temps.

Voilà pourquoi cette semaine Rajesh va faire la tournée des cliniques pour savoir comment rendre un visage et un joli corps à sa fille meurtrie.

Il agit sans doute de la sorte à cause d?un manque de communication du service de grands brûlés. Dans les milieux du ministère de la Santé, il ressort qu?Ashwini n?a subi qu?une première d?une série d?interventions qui lui rendront son aspect normal.

Le couple Chuttoor ne sait plus à quel saint se vouer et voudrait avoir l?avis de ceux qui ont dû faire face à une telle situation. Ils sont joignables sur le 549.05.12 à partir de 18 heures, au retour du travail.

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