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Ashnee ou la douleur d?une enfant

12 juin 2005, 00:00

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Il y a quelques jours, elle était encore dans l?avion et rêvait de rentrer chez elle. C?est chose faite depuis le 7 juin. Mais le calvaire qu?elle a connu depuis sa maladie n?est pas révolu. La douleur lancinante est encore tenace et ne la lâche pas. Sous les couvertures, Ashnee ouvre des yeux hagards et cherche sa mère, qui l?a accompagné tout au long de cette épreuve en Inde.

De longs cheveux fins coiffés en natte, moulée dans une paire de collants verts et un top blanc, l?adolescente a une silhouette si frêle qu?elle ressemble plus à une fillette. À la voir, on lui donnerait facilement huit ans au lieu de 14. Elle se pelotonne dans son lit et a du mal à se lever. Sa voix est saccadée, s?essouffle au bout de deux mots et craque : « Tou finn komense avek banne fouler dans dan ledo kan mo ti tipti. Mo pa ti kapav fer narie san ki mo fatig vit. Mem zordi sa kontinie. Mo ledo fer mal ek mo pa kapav siport sa. »

Elle n?aura pas le temps de terminer sa phrase. Un malaise la prend et elle se réfugie dans les bras de ses parents qui la remettent au lit. Cette souffrance fend le c?ur de Shyam, 42 ans, son père et de Seewooranee, 35 ans, sa mère. Ils ont pourtant tout mis en ?uvre pour lui venir en aide depuis qu?elle a dix ans. À cette époque, Seewooranee remarque que lorsqu?Ashnee va à l?é-cole, elle a du mal à porter son cartable et devient bossue.

Au fil des mois, la situation empire. La fillette se penche sur le côté gauche. Puis viennent les douleurs insoutenables dans le dos. « Cela m?inquiétait. Je l?ai emmené à l?hôpital de Candos. Elle a subi des radiographies, puis le médecin les a examinées. Il nous a dit que ma fille souffrait de Thoraco Lumbar Scoliosis ? une formation superflue d?un os à la colonne vertébrale et qui poussait de travers. »

Ashnee doit alors suivre un traitement au centre hospitalier. L?adoles-cente est obligée de porter une prothèse en fibre de verre pour pouvoir se déplacer et soutenir sa colonne vertébrale. Mais cela ne fait que corser les choses. « Ashnee n?avait plus de courage, ni de goût pour quoique ce soit. La prothèse lui faisait mal, elle la gênait. Elle n?arrivait même pas à soulever un objet et perdait l?appétit. Elle maigrissait tellement qu?elle n?avait plus que la peau sur les os », confie sa mère.

<B>Une somme réunie après maints sacrifices</B>

Pendant trois ans, Ashnee supportera cette prothèse, malgré la douleur. Mais son état ira de mal en pis. Consultant le médecin traitant de son enfant, Seewooranee apprend alors que le seul remède à son mal est une intervention chirurgicale à l?hôpital Appollo, à Chennaï en Inde. Les frais d?hospitalisation et de l?intervention se chiffrent à Rs 450 000. Les parents d?Ashnee frémissent. Les moyens font cruellement défaut. Shyam, le père, qui est chauffeur dans une entreprise qui affrête des autobus individuels, subvient aux besoins de la famille, tandis que son épouse doit s?occuper de leur autre petite fille, Daminee, âgée de quatre ans.

Le médecin essaie alors de les orienter vers le ministère de la Santé qui dispose de fonds d?aide pour les opérations à l?étranger. Ils parviennent à obtenir Rs 200 000, mais cela ne suffit pas. C?est alors que le couple sollicite l?aide de leurs proches pour des emprunts. Shyam contacte aussi son patron qui lui octroie un prêt de Rs 100 000. Il arrive à réunir la somme, mais après maints sacrifices.

Seewooranee se rend en Inde avec sa fille le 17 mai dernier. Mais à son arrivée, on lui apprend qu?Ashnee doit subir encore des radiographies avant d?être opérée. C?est alors que le médecin l?informe qu?il faut que l?adolescente subisse deux interventions : une à la colonne vertébrale, et l?autre pour des complications provoquées par sa déformation dans les reins. Il fallait aussi payer Rs 100 000 de plus.

Affolée, Seewooranee tâche de leur faire entendre raison, disant qu?elle n?a pas les fonds nécessaires mais les médecins ne bronchent pas. Ces derniers lui demandent de contacter sa famille pour essayer de trouver l?argent. « C?était le dernier espoir pour Ashnee. J?ai dû contracter d?autres dettes. Mo pann guete narien, lavi mo tifi ki ti pli importan », déclare Shyam.

<B>Une autre épreuve</B>

Ainsi, Ashnee a pu être opérée. La déformation de l?os a été corrigée, et un ajustement a été effectué au niveau des reins, non sans séquelles. Aujour-d?hui, l?adolescente a un décalage au niveau de ses pieds de quelques centimètres, et elle devra porter des chaussures orthopédiques. Bien qu?elle soit heureuse d?être chez elle, Ashnee doit encore mener une nouvelle bataille : réapprendre à vivre et à braver la douleur.

Les tablettes de pilules anti-douleurs n?y changent rien. Les fioles de vitamines non plus. Le plus dur pour elle, c?est d?avoir dû renoncer à l?école depuis sa maladie. Férue de lecture, passionnée par les langues anglaise et française, elle rêve d?être Lecturer ou comptable un jour. Mais elle ne sait pas si elle parviendra à le réaliser plus tard après ce calvaire. Après la joie de retrouver leur enfant et de l?avoir sauvée, Shyam et Seewooranee sont confrontés à une autre épreuve. Il leur faut désormais rembourser toutes les dettes !

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