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Arrêtés, torturés : les moines birmans témoignent

13 octobre 2007, 20:00

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Parqué pendant six jours dans un hangar surchauffé avec mille au-tres moines, un jeune bonze birman de 18 ans décrit, à l?Agence France Presse, les conditions inhumaines de son arrestation et de son emprisonnement par la junte, survenus ces dernières semaines. « Nous avons été battus, plusieurs fois, à coups de poing et de pied ou avec des bâtons. Puis nous avons été répartis en groupes de dix et interrogés un par un. Ils voulaient savoir si nous avions participé aux manifestations et qui était le meneur dans notre monastère », confie le moine, sous couvert d?anonymat.

Un matin, les soldats sont arrivés à son monastère, expliquant aux bonzes qu?ils allaient les emmener prendre une collation offerte par l?armée. Parfois les militaires ne s?embarrassent pas de tels prétextes. « L?armée s?est conduite comme si elle attaquait un camp terroriste », raconte un civil, sur Democratic Voice of Burma, un site d?opposition basé en Norvège, qui a assisté à une scène similaire dans un autre monastère de la capitale. D?après ce témoin, tout le monde a été arrêté, même les civils qui s?étaient réfugiés dans le lieu de culte, y compris « les femmes avec leurs bambins ».

Une fois rassemblés, les moines sont enfermés dans des bâtiments surchauffés, sans fenêtre ni toilettes. Ils sont obligés de se dévêtir, puis battus à plusieurs reprises. « Nous avons été forcés de nous agenouiller, la tête vers le sol, comme des prisonniers, poursuit le jeune bonze interrogé par l?AFP. Nous sommes restés deux jours comme cela, avant qu?on nous déshabille. »

À la fin des interrogatoires, les moines sont enfermés par groupes de soixante, obligés de s?agenouiller et de faire leurs besoins à même le sol. Autour de lui, le jeune religieux reconnaît des membres d?autres monastères, sévèrement battus par les soldats auxquels ils ont tenté de résister. « Certains étaient grièvement blessés, les paupières fermées à la suite de coups répétés. D?autres étaient blessés à la tête et aux bras. Certains avaient même des fractures ouvertes », a assuré le moine.

État de santé inquiétant

L?état de santé des personnes incarcérées inquiète particulièrement l?association d?aide aux prisonniers politiques. « De nombreux détenus, qui ont subi des blessures durant les manifestations, n?ont pas reçu de soins médicaux », déplore l?association. « Les moines n?ont pas suffisamment de nourriture et d?eau, et sont maintenus dans des salles combles, où la transmission de maladies menace », prévient l?organisme.

Selon le jeune moine, des soldats bouddhistes ont avoué avoir eu honte du traitement infligé aux religieux. « Des soldats bouddhistes sont venus s?excuser et implorer notre pardon. Ils nous ont dit que s?ils nous traitaient de la sorte, c?est parce qu?ils en avaient reçu l?ordre de leurs officiers. » « Des moines ont alors prédit aux soldats qu?ils iraient en enfer, et certains militaires ont commencé à pleurer, car ils savaient que c?était vrai », commente-t-il.

Les bonzes ont ensuite été répartis en plusieurs groupes : dans un premier, ceux soupçonnés d?avoir participé aux manifestations, dans un autre ceux accusés d?avoir mené les manifestations et enfin dans un dernier ceux soupçonnés de les avoir soutenues. Le jeune moine a finalement été libéré en compagnie d?autres bonzes de son monastère, après avoir assuré aux militaires qu?il n?avait jamais manifesté.

Les associations sont toutefois pessimistes sur l?évolution des événements. Pour Democratic Voice of Burma, les mo-nastères vont certainement se repeupler, mais comme le craignent les populations locales, « avec des moines qui soutiennent le gouvernement ».

@ 2 007 Le Monde-AFP- (Distribué par The New York Times Syndicate)

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