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Aristide acculé sur le terrain et dans la négociation
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Aristide acculé sur le terrain et dans la négociation
LES REBELLES et l?opposition politique en Haïti ont accentué leur pression sur le président Jean-Bertrand Aristide mardi, les premiers par la prise d?une nouvelle ville du nord du pays, Port-de-Paix, et la seconde par son refus du plan de paix international.
Les dirigeants de l?opposition ont fait savoir qu?ils rejetaient le plan de partage du pouvoir accepté samedi par Aristide.
Les propositions des médiateurs américain, français, canadien, de l?Organisation des Etats américains et de la Communauté des Caraïbes (Caricom) sont destinées à trouver une solution politique au soulèvement armé contre le président qui a éclaté début février. Ce plan prévoit la constitution d?un nouveau gouvernement mais le maintien d?Aristide au pouvoir.
?La réponse reste la même. Notre position (à savoir qu?Aristide doit partir) n?a pas changé?, a dit un porte-parole de l?opposition, Paul Denis.
Les Etats-Unis, qui avaient accepté d?accorder une journée supplémentaire de réflexion aux opposants, n?ont toutefois pas perdu espoir de parvenir à une solution politique à ce conflit qui a déjà provoqué la mort d?une soixantaine de personnes.
Entretien Powell-Villepin
?Nous sommes toujours en discussions et nous travaillons toujours avec les parties à Haïti pour obtenir l?acceptation du plan?, a déclaré un responsable du département d?Etat sous le sceau de l?anonymat.
Le secrétaire d?Etat Colin Powell s?est entretenu avec le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, pour soutenir sa dernière initiative de médiation, a ajouté ce responsable.
Le chef de la diplomatie française va rencontrer séparément cette semaine à Paris des représentants du gouvernement et de l?opposition haïtiens.
A Ottawa, le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, a indiqué à l?issue d?une conversation téléphonique avec Powell que l?opposition allait transmettre dans la nuit une lettre au secrétaire d?Etat américain.
Tout en disant souhaiter une ?solution pacifique et durable? à la crise haïtienne, Jacques Chirac a pour sa part déclaré mardi que la France n?excluait pas de participer à une force civile de paix à Haïti.
Rien ne dit cependant que les rebelles, qui constituent la véritable menace pour la présidence, déposeront les armes si l?opposition accepte finalement le plan de sortie de crise, ce qui est d?ailleurs improbable.
Les rebelles ont pris le contrôle de Port Haïtien, la deuxième ville du pays et sont souvent très bien accueillis par les populations locales, qui accusent Aristide d?être corrompu.
Les dirigeants de l?insurrection affirment ne rencontrer pour seule opposition que les machettes de rares gangs locaux favorables au président.
Aristide a plusieurs fois appelé à ce qu?une force internationale vienne appuyer sa police, dont les 4 000 membres ont été régulièrement dépassés lors des affrontements avec les insurgés. Haïti ne dispose pas de forces armées.
La population de Port-au-Prince a érigé mardi des barricades sur les routes conduisant à la capitale haïtienne après que les rebelles eurent annoncé qu?ils marcheraient sur la ville dans les prochains jours.
?Exode massif?
Ces derniers contrôlant la moitié du pays, ce sont toutes les routes du nord de la capitale qui sont désormais bloquées ici par des bus garés de travers, là par des réfrigérateurs et autres objets lourds.
Le président haïtien a estimé que les violences risquaient d?entraîner un exode massif d?Haïtiens vers les Etats-Unis.
?Il se pourrait que davantage d?Haïtiens fuient en bateau vers la Floride?, a déclaré Aristide lors d?une conférence de presse, tentant vraisemblablement de sensibiliser les Etats-Unis, que des dizaines de milliers d?Haïtiens avaient tenté de rejoindre dans les années 1990 pour échapper aux violences politiques.
Port-de-Paix, tombée mardi aux mains des rebelles, est une ville de 100 000 habitants connue pour avoir souvent été le point de départ des Haïtiens fuyant vers la Floride.
Les Etats-Unis, qui avaient aidé en 1994 Aristide à reprendre le pouvoir après un coup d?Etat, se sont montrés plus réticents cette année, disant rechercher une solution politique.
La garde-côte de Floride n?a pas à ce stade fait état d?une recrudescence de bateaux haïtiens tentant de rejoindre les côtes américaines. Plus d?une centaine de Haïtiens ont en revanche gagné par mer la Jamaïque.
Jim LONEY et Alistair SCRUTTON
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