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Archipel des Chagos : décrets royaux et désaccords locaux

25 juin 2004, 20:00

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Les ondes de choc provoquées par les deux décrets du Royaume-Uni du 10 juin interdisant l?accès de l?archipel des Chagos à tous ceux qui ne possèdent pas un permis en bonne et due forme ne finissent pas de bouleverser la communauté chagossienne de Maurice.

Que les deux organisations représentatives des îlois ? le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) et le Comité Social des Chagossiens (CSC) ? n?arrivent pas à s?entendre n?a rien de nouveau.

Un seul point les réunit : il faut internationaliser le problème et sensibiliser le monde au calvaire des Chagossiens depuis leur expulsion de l?archipel en 1971. Pour le reste, chaque clan a conçu sa propre stratégie de combat face à un régime britannique honni qualifié de « colonialiste ».

Le GRC a profité de l?adoption, en 2002, du British Overseas Territories Act ? qui donne aux Chagossiens le droit d?acquérir la citoyenneté britannique ? pour soumettre ses doléances devant la Haute Cour de Londres. Pour tenter de contrer l?objection des autorités britanniques à un possible retour des îlois dans l?archipel, le GRC soutient qu?il faut combattre le feu par le feu. Pour ces Chagossiens ? qui se considèrent citoyens britanniques ? toute décision des autorités devrait être contestée en cour : devant la Haute Cour britannique ou la Cour européenne des Droits de l?homme. Le CSC ? qui considère les Chagossiens comme citoyens mauriciens ? maintient, lui, que seules des négociations au niveau gouvernemental mèneraient à une issue favorable.

Alors que le GRC se dit outré par l?expulsion de l?archipel en raison du non-respect des droits humains ? à titre de citoyens britanniques ? le CSC brandit l?argument de l?atteinte à la souveraineté mauricienne sur ces îles. Le CSC rejette farouchement l?utilisation de cette nationalité britannique pour faire avancer la cause. Son président, Ferdinand Mandarin, est catégorique : «Passport britanik pa couver nou bann revandikasions.»

Olivier Bancoult, président du GRC, se veut plus actif dans le combat pour la restitution de l?archipel des Chagos. Il a promis de porter la lutte sur le devant de la scène internationale. Outre d?avoir expédié des lettres à divers chefs d?Etat et personnalités de premier rang, dont le secrétaire général de l?Organisation des Nations unies, Kofi Annan, il participera, du 19 au 23 juillet, à une conférence sur les Droits de l?homme à Genève. Il gagnera ensuite la capitale britannique pour une autre rencontre. Olivier Bancoult a également fait appel devant la Haute Cour de Londres de la décision du gouvernement britannique d?empêcher le retour des Chagossiens dans les îles.

Sur le plan local, le GRC manifestera devant le haut-commissariat britannique. «Nou na pa pou less zot trankil. Ler pou nou pren aksion», a lancé Olivier Bancoult lors d?un point de presse où il a exhorté les Mauriciens à soutenir les Chagossiens dans leur «combat».

Le CSC explique pour sa part qu?il ne sert à rien d?emprunter la voie juridique si le Royaume-Uni rejette d?emblée les décisions des juges. Selon Me Hervé Lassémillante, conseil légal du comité, c?est le gouvernement mauricien qui détient la clé du problème. «Le droit au retour des Chagossiens passe par la souveraineté de Maurice. Quel que soit le gouvernement, c?est une affaire nationale.» Me Lassémillante a donc suggéré la tenue d?une table ronde pour permettre à toutes les parties de s?exprimer.

Sur la question de compensations, la position des deux clans est identique. Tous affirment que les £650 000 versées en 1971 et les £4 millions obtenues en 1982 pour reloger les îlois à Maurice sont loin d?être suffisantes. «Li pa couver nou miser», déplore Ferdinand Mandarin. Le GRC également fera appel de la décision du gouvernement d?Anthony Blair de rejeter leur demande de compensations additionnelles.

A la suite de la décision de la Haute Cour, le gouvernement britannique a commandé un rapport sur la viabilité d?un retour vers les îles Chagos. Conclusion du rapport : le repeuplement de l?archipel serait économiquement et écologiquement non viable. «Si un repeuplement à court terme paraît viable, les coûts de maintenance à long terme des habitations seront prohibitifs. Le problème principal que rencontreraient les nouveaux occupants serait les inondations. Celles-ci menaceraient non seulement les infrastructures mais aussi les sources en eau potable et la production agricole. La vie des habitants serait mise en danger?» Décidément, le réchauffement climatique a bon dos, qui permet de justifier l?injustifiable?

Sur la question de Diego Garcia, si les Chagossiens acceptent plus ou moins le fait que la principale île de l?archipel, convertie en base aéronavale américaine, ne leur sera probablement jamais rendue, ils s?élèvent tous contre les décrets qui leur interdisent l?accès aux 64 autres îles inoccupées des Chagos.

Une fois de plus, les Britanniques ont trouvé une excuse pragmatique, comme l?a affirmé Bill Rammell, sous-secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères et du Commonwealth, dans son allocution du 15 juin. «L?introduction d?un contrôle strict de l?immigration sur la totalité de ce territoire est nécessaire pour maintenir l?utilisation effective de l?archipel à des fins défensives», dit-il.

Outre les coûts prohibitifs du repeuplement de l?archipel des Chagos, le terrorisme international et le réchauffement de la planète seraient donc les motifs «valables» justifiant l?éloignement des Chagossiens de leurs îles natales. Certes, le bail de l?île de Diego Garcia aux Américains arrive à expiration en 2016, mais il est probable qu?il sera reconduit par les autorités britanniques. Le chemin est encore long avant le retour des Chagossiens dans leurs îles.

<B>La lutte continue</B>

Le 30 juin,, le Premier ministre Paul Bérenger présidera une réunion ministérielle avec le «Solicitor General» pour définir sa ligne d?action par rapport à l?archipel et le problème des îlois. Le 10 juillet, il s?entretiendra à Londres avec le D. McKinnon, secrétaire général du Commonwealth, du sort des Chagossiens.

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