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Archéologue entre deux eaux

22 octobre 2004, 20:00

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Discrétion et patience. Ibrahim Metwalli, archéologue sous-marin, évolue dans un monde fait de silences qui ne laisse de place que pour un regard scientifique et passionné.

Fine barbe et casquette Made in Mauritius vissée sur la tête, il est un homme calme, posé, pédagogue. Il préfère regarder en arrière, observer les vestiges d?un passé qu?il cherche à interpréter, à décrire, en fouillant sagement les épaves de navires engloutis sous les flots.

Diplômé en archéologie de la faculté des Arts d?Alexandrie, Ibrahim Metwalli a commencé sa carrière au sein du Conseil Suprême des Antiquités. Dès la création du département de recherches archéologiques sous-marines, toujours sous l?égide du Conseil Suprême, Ibrahim s?est orienté dans cette voie et s?est spécialisé dans les travaux de cartographie et base de données des sites sous-marins.

Il a notamment travaillé sous les ordres de Jean-Yves Emprese et Frank Boudiou sur les sites du Pharos et de l?Eastern Harbour, dans le port d?Alexandrie, avant de participer à des missions de formation à l?étranger.

Invité pour expertise par la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), Ibrahim Metwalli s?est rendu sur différents sites archéologiques marins mauriciens, en compagnie de l?équipe de Yann Von Arnim, président du MMCS. Principalement sur l?épave du Sirius, où son rôle est de «montrer aux scientifiques locaux la technique de fouille sous-marine».

Pour parler de son travail, il utilise les symboliques, les jeux de mots. Compare un site de fouilles à un «lieu du crime», où il enquête, relève le moindre indice, avant de dévoiler un mystère, tel policier de l?Histoire. Il n?en rit pas forcément car il paraît réservé de nature.

Loin de l?image d?un Indiana Jones en bouteilles, la comparaison le fait sourire et lever les yeux, Ibrahim se décrirait plutôt comme un simple scientifique à la recherche du temps perdu, figé, entre deux eaux. Il s?explique. «C?est comme si nous pénétrions dans une capsule, dans un monde où le temps s?est arrêté. Comme à Pompéi par exemple. Mon travail en tant qu?archéologue est de ressentir les choses, d?interpréter, de reconstruire la vie telle qu?elle s?est arrêtée, de découvrir comment vivaient les gens à ce moment-là ».

Il est également loin du chercheur de trésors. Il n?est pas un pirate et s?emporte soudain lorsque l?on aborde le sujet.

Ce qu?il découvre dans la mer est précieux. «Tous ces trésors sous l?eau, comme sur la terre, ce sont des morceaux inestimables de notre histoire, de la mémoire collective. On ne peut pas en faire commerce», s?indigne-t-il, avant de rappeler que des pilleurs ont déjà beaucoup sévi, notamment dans les années 60, sur le Sirius par exemple.

Le Sirius «est un site historique d?une grande importance et d?une grande richesse archéologique». Pierres, structure du navire, pistolets, canons, objets divers, bref, tout ce qui se trouve au fond, voilà ce qui fait son bonheur.

«Et tout ce qui se trouve en dessous, ajoute-t-il, tout ce qui peut permettre une meilleure compréhension de la vie de l?époque». Tout est bon à prendre, avec délicatesse.

Plus important, tout est bon à étudier et dans le domaine encore vierge de l?archéologie, terrestre ou sous-marine, de Maurice, les possibilités sont nombreuses. «La volonté est là. Maurice n?est pas un si petit pays et a près de 500 ans d?histoire marine. Il y a énormément à faire», reconnaît Ibrahim Metwalli, «les scientifiques auront du travail pour de nombreuses années».

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