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Arbitres mauriciens outragés à Madagascar
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Arbitres mauriciens outragés à Madagascar
Le dimanche 16 novembre 1980 reste une triste date dans l?histoire du football indocéanique. Le Zaïre tient en échec, ce jour-là, le XI malgache qui joue pourtant chez lui, au stade Mahamasima, Antananarivo. Le match s?achève sur un score nul de un but à un. Les Malgaches scorent à la 26e minute et les visiteurs répliquent à 16 minutes de la fin. Ce score ne satisfait en rien le public malgache, officiels et journalistes compris. Ils accusent les trois arbitres mauriciens, à savoir Cyril Monty, Ramlochand Sohun et K. Teeluckdharry, d?être de parti-pris, d?avoir privé les locaux d?une victoire qu?ils estiment méritée, en refusant notamment deux buts malgaches pour cause de hors jeu, bref, d?avoir ainsi vengé le XI mauricien éliminé, précédemment par Madagascar, dans une phase préliminaire de qualification au Championnat du Monde de Football. L?attitude des officiels, de la presse, des douaniers et des autorités malgaches est tellement hostile à l?égard des arbitres mauriciens qu?ils estiment devoir écrire officiellement au ministre mauricien des Affaires étrangères, Sir Harold Walter, pour le mettre au courant des outrages subis par eux dans la capitale malgache.
Les trois arbitres mauriciens ont pourtant été choisis par la FIFA (Fédération Internationale des Associations de Football) pour diriger la rencontre, opposant les équipes nationales de Madagascar et du Zaïre et comptant pour la Coupe du Monde de Football. La rencontre se déroule devant 40 000 spectateurs, malgaches pour la plupart. Le commissaire du match, également désigné par la FIFA, est M... Matuvu de la Tanzanie. Avant le match, les Mauriciens n?ont pas à se plaindre de l?accueil que leur réservent les Malgaches. Il en sera autrement après le match, en raison notamment des deux buts malgaches refusés pour cause de hors-jeu. Tout change, en effet, après le match. Les arbitres mauriciens sont pratiquement séquestrés dans leur hôtel, exposés aux pires humiliations de la part des autorités malgaches dont des hauts officiels du ministère des Sports de la Grande île. Ils ne disposent d?aucune protection contre ?un public malgache rendu haineux et furieux par la propagande mensongère et diffamatoire du journal Madagascar Matin et de la radio malgache?.
Le pire est à venir. Le jour du retour à Maurice, le 19 novembre 1980, à l?aéroport, une ?horde de fonctionnaires, de policiers, de douaniers, attendent les arbitres mauriciens, usent de sévices, les fouillent de la tête aux pieds, multiplient les remarques désobligeantes et offensantes envers l?île Maurice, confisquent les journaux malgaches en leur possession, volent leurs chaussures de football, leurs cigarettes?. Le tout en présence de M. Rémy du ministère malgache des Sports. Ils s?estiment traités comme des brigands par ceux chargés de leur sécurité. Et tout cela parce qu?ils ont tenu de faire preuve d?un arbitrage sans peur, sans reproche et surtout sans faveur. Ils estiment l?île Maurice humiliée et outragée à travers leur personne. Ils en veulent pour preuve la presse malgache des 17 et 18 novembre 1980. Ils demandent au ministre Walter de réclamer une enquête de la part de l?ambassade malgache à Maurice et s?interrogent sur l?accueil réservé aux hommes d?affaires mauriciens à Madagascar.
Fort heureusement le public mauricien dispose de quelque chose de plus réjouissant pour digérer le souvenir désagréable du match de football opposant le Zaïre et Madagascar. Annonce est faite qu?Arnaud de Robillard, un ancien joueur de football au Dodo, sollicite et obtient son adhésion à l?équipe des Hindu Cadets, permettant ainsi à l?esprit sportif de transcender les barrières ethniques qui ont si longtemps empoisonné la pratique du football à Maurice. Les lecteurs de ces chroniques se souviennent qu?à la fin de mai 1980, le Dodo Club se retire du championnat de football de 1re Division pour susciter une réflexion sur la pratique du foot à Maurice. C?est l?aboutissement d?une succession de faits, de remarques désobligeantes, d?attitudes inacceptables, ayant permis au Stade George-V de devenir un chaudron dans lequel bouillonne une haine raciste pouvant à tout moment dégénérer. Il y a eu aussi ce match détestable survenant à quelques jours de la fête nationale en 1980. Un penalty infligé à une des équipes donne lieu à des incidents et à des dommages bien regrettables tant au Stade George-V que dans les rues de Curepipe et à la gare routière Ian-Palach. L?adhésion d?Arnaud de Robillard dans l?équipe des Hindu Cadets est perçue comme l?apparition d?un bel arc-en-ciel mettant fin à une averse qu?on pensait interminable. La direction des Cadets parlent de geste positif et d?acte de foi dans l?avenir. D?autres joueurs du Dodo demandent et obtiennent leur adhésion à une équipe non ?communale?, le Mahébourg United. Il s?agit de Marot, de Daruty et de Bathfield. Alain Gordon-Gentil écrit à Arnaud de Robillard pour lui dire que le mot ?mauricianisme? les unit désormais même s?ils ne se connaissent pas. Il le félicite de se ranger du côté des philosophes ?qui voient l?avenir de l?homme à travers l?auréole lumineuse de l?universalisme et du métissage?.
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