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Appétit
La panoplie de pratiques politiques du leader du MSM, Pravind Jugnauth, vient de s?enrichir. Toutefois, si les premières avaient impressionné, la toute dernière déçoit. Il s?agit de la distribution de briani après les réunions politiques.
Après avoir redonné aux négociations tripartites leurs lettres de noblesse et su se forger une image d?homme de c?ur grâce aux positions sociales qu?il a adoptées dans son budget, Pravind Jugnauth se fait le complice d?un procédé odieux en démocratie : offrir à boire et à manger pour appâter la foule. Cette pratique a été inaugurée à Nouvelle France vendredi dernier et se poursuivra, semble-t-il, jusqu?à la fin de la série de réunions qui a été programmée par le parti du soleil.
Certes, la campagne enclenchée par le MSM a une grande importance pour ses dirigeants même si les élections ne sont pas proches. Ce parti veut capitaliser sur les acquis d?un budget qui a obtenu un soutien populaire. De plus, il veut faire la démonstration de ses assises populaires avant de négocier les termes d?un accord électoral avec son partenaire, le MMM. Mais, ces enjeux ne peuvent justifier le recours à une si honteuse man?uvre. Un parti ne peut prendre le risque de ternir notre démocratie tout simplement parce qu?il veut exhiber ses muscles.
En renouant avec la pathologie du manger-boire électoral, qui faisait partie du folklore d?une autre époque, le MSM s?expose à l?accusation de corruption électorale. En outre, l?usage abusif de moyens financiers rappelle la puissance de l?argent et le manque de respect pour la dignité de l?électeur.
Le parti de Pravind Jugnauth dispose pourtant d?arguments solides pour gonfler sa machine politique avant d?aller à la table des négociations. Le leader est perçu comme un homme neuf, capable de mener à bien les réformes dont le pays a besoin, et possédant le flair nécessaire pour comprendre les attentes de l?électorat.
Il est vrai que dans un passé récent certains politiciens ont bâti leur carrière sur le briani gratuit. Mais la distribution des cadeaux était circonscrite à une région spécifique et n?était pas le fait de la direction de leur parti. La seule occasion où les partis nationaux convient leurs partisans à un ?briani party? demeure les congrès annuels.
Il est impérieux que la classe politique ne cède pas à des habitudes qui entachent l?intégrité du processus électoral. Il y a eu des dérives sérieuses lors des élections partielles organisées sous l?ancien régime et quelques exemples d?électoralisme flagrant à Rivière du Rempart en décembre dernier mais on ne peut dire qu?à Maurice l?achat des consciences est érigé en mode de campagne électorale. Il pourrait le devenir si les atteintes actuelles ne sont pas contrôlées.
L?incapacité de nos dirigeants à adopter un ?Fiscal Responsibilities Act? devrait aussi nous interpeller. Cela fait des années que la question est évoquée mais elle reste sans suite. Une telle loi aurait rendu illégale la distribution de largesses à la veille des élections en dilapidant les ressources publiques. L?interdiction de soudoyer les électeurs doit être inscrite de manière plus claire dans nos lois.
Dans un pays qui se veut moderne, un ?bakchich? donné à l?électeur, aussi minime soit-il, est contraire à la saine expression du jeu démocratique. Un simple briani peut ouvrir l?appétit de ceux qui n?ont aucun scrupule pour soutirer d?autres avantages.
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