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Apprivoiser la maladie pour une meilleure réinsertion
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Apprivoiser la maladie pour une meilleure réinsertion
Le centre d?accueil de Friends in Hope, à Goburdhun Lane, Bonne-Terre, Vacoas, ressemble aux autres maisons des environs. Mais contrairement aux autres familles, ceux qui y vivent ne sont liés que par les liens du c?ur.
?Vous n?imaginez pas la souffrance d?un schizophrène ?, dit Prakash, ex-mécanicien et adhérent à Friends in Hope. Sa santé mentale commence à se dégrader en 1995 après un dépit amoureux. ?Lorsque la crise éclate, nous sommes incapables de fonctionner normalement. Nous tournons en rond et sommes incompris par notre entourage.? Il ne regrette pas d?être venu à Friends in Hope en 2001 sur la recommandation de son psychologue. ?A l?hôpital, nous n?avons que des médicaments. Ici, j?ai appris à connaître ma maladie et ses symptômes, et à la gérer. Grâce au programme de réinsertion, j?ai recommencé à sortir. J?ai même un nouvel emploi. Il me tarde de reprendre la route, au propre comme au figuré.?
Pierre abonde dans le même sens. Détenteur d?un certificat de Form VI, il aurait pu faire des études universitaires si ses symptômes de maniaco dépressif ne l?avaient pas repris. ?Je suis malade depuis l?enfance. J?ai consulté nombre de médecins et de psychiatres. J?ai pris des tonnes de médicaments. Mais j?ai rechuté car dès que j?allais mieux, mes parents stoppaient les comprimés.? Cela fait six mois que Pierre a découvert Friends in Hope. Outre le fait d?avoir pu cerner sa maladie, il s?y est aussi fait de vrais amis. ?Ici, c?est un peu comme une famille et j?ai un sentiment de bien-être que je n?ai pas connu depuis longtemps.?
A quelques variantes près, les 18 autres adhérents de Friends in Hope auraient les mêmes propos. Pour eux, l?association est une bouée de sauvetage.
Les bases de Friends in Hope sont jetées en 1997 par des parents de schizophrènes, de maniacodépressifs et d?enfants souffrant de troubles mentaux. Pour s?être rendus à l?étranger, ils réalisent que le traitement ne s?arrête pas aux médicaments et qu?il y a tout un suivi qui fait défaut à Maurice. Ils se réunissent donc en groupe de soutien. Au fil de leurs réunions, ils décident d?ouvrir un centre d?accueil apte à délivrer un programme de réinsertion sociale aux personnes souffrant de troubles mentaux graves mais dont la santé s?est stabilisée. Jocy St Mart, 27 ans dans le domaine de la psychiatrie, est recrutée comme directrice du centre et responsable de la réhabilitation. Harry, 34 ans d?expérience auprès des malades mentaux à l?étranger, vient l?épauler. Friends in Hope ouvre ses portes le 15 juin 2000 à Bonne-Terre.
Les deux sont rejoints par Chris, un autre responsable de la réhabilitation, et Martine, secrétaire. Le centre tourne aussi avec l?apport de bénévoles tels qu?Esmée, Vishal, psychologue volontaire, Georgina Ragaven, consultante en fitness qui enseigne l?aérobic hebdomadairement, Martine Neveu et Mary Cundasamy, qui initient les adhérents au dessin et à l?artisanat. La psychologue clinicienne, Chantal D?Allonnes, vient deux fois la semaine encadrer les adhérents et leurs parents. L?association est actuellement présidée par Joyce Marie-Jeanne. Au cours du premier entretien, Jocy St Mart évalue l?adhérent pour connaître la nature et le degré de son trouble mental. S?il est stable, il est accepté et le programme de réhabilitation peut commencer. ?Ce programme comprend des sessions de thérapie en groupe et en individuel, des cours de gestion de stress et de théâtre. On fait des sorties pour qu?ils soient autonomes. Ce programme est adapté à chaque cas. Nos adhérents sont guidés. Nous voulons les ramener à leurs réalités, c?est-à-dire celle dans laquelle ils étaient avant la crise.?
Sur la quarantaine d?adhérents qui ont fréquenté Friends in Hope jusqu?ici, huit ont trouvé du travail. D?autres sont partis et beaucoup sont restés. ?Pour ceux-là, la réhabilitation sera plus longue. Et puis, c?est difficile même pour ceux qui veulent s?en tirer. Il y a encore trop de stigmates associés aux troubles mentaux à Maurice. Dès qu?on entend Friends in Hope, on pense à des fous. Rien n?est plus faux. Nos adhérents sont sous contrôle et peuvent travailler. Pas au même rythme qu?une personne en pleine santé mais suffisamment pour bien faire. Il suffit de leur donner la chance?, affirme Jocy St Mart.
Les dépenses de l?association sont élevées. Elle perçoit certes une allocation annuelle du gouvernement mais cet argent fond au bout d?un mois d?opération. Friends in Hope survit alors grâce à ses levées de fonds dont sa quête publique en juillet, son dîner de charité annuel, son bring-and-buy qui aura lieu le 29 novembre et son appel au parrainage par des entreprises et des particuliers, chiffré à Rs 3 600 par an par adhérent. Mais n?importe qui peut devenir membre en versant une quotité annuelle de Rs 300 l?an.
Le v?u le plus cher de la présidente et des membres de Friends in Hope est de recueillir suffisamment d?argent dans un futur proche pour disposer d?un atelier capable de délivrer une formation professionnelle à leurs adhérents. Pour que ces derniers puissent tenter de retrouver leur dignité?
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