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Appels de détresse

16 octobre 2004, 20:00

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Bradley Félicité, 3 ans, est d?humeur espiègle ce vendredi soir. Il saisit un crayon des mains de sa petite s?ur Mégane, sans se soucier des pleurs que son geste provoque. Des chamailleries d?enfants innocents qui ignorent tout de l?angoisse qui tenaille leur mère, Marie-Nadège Abdool, depuis midi ce vendredi.

Enceinte de six mois, elle attend fébrilement des nouvelles de son concubin, Antonio Félicité, pêcheur pour le compte de Noor Fishing Ltd. Avec ses deux compagnons de pêche, Victor Boulaye, 23 ans, et Jocelyn Genave, 37 ans, il est porté disparu depuis jeudi soir. Ils pêchaient sur les bancs de Nazareth, à 35 milles nautiques au nord-est de l?îlot Raphaël. « Pa fasil... Zot dir nou pran couraz, pran pasyans. Mais nou-mem kone dan ki soufrans nou ete », lâche-t-elle. Les trois pêcheurs étaient partis en campagne de pêche depuis sept jours lorsque le malheur est venu frapper à leur porte.

La nouvelle apprise par la radio

L?attente est également insupportable pour Marguerite Francis, la compagne de Victor Boulaye venue partager sa détresse avec Marie-Nadège. Au chômage depuis plusieurs semaines, Victor était heureux d?avoir décroché un boulot pour subvenir aux besoins de sa famille, récemment agrandie avec l?arrivée de Jason, âgé de 5 mois.

L?atmosphère est aussi empreinte de tristesse à Baie-du-Tombeau, où habite Jocelyn Genave. Son épouse Jocelyne fait le va-et-vient entre le salon bondé de monde et le téléphone dans le couloir. Elle ne peut contenir ses émotions et déballe tout ce qu?elle a sur le c?ur.

« Seki pli dir, se sa mank de kominikasyon la. Pou nou li pa fasil pou tann enn nouvel koum sa lor radio. Personn dan compagnie de pêche pa fine pens pou appel nou pou dir nou ki ena, ki pena. Zot dir zot pa kone kot nou reste », tempête-t-elle. Ses proches ne font pas confiance aux méthodes de recherche utilisée. « Nous voulons y participer pour nous assurer qu?elles sont effectuées convenablement. »

Mais les mots du Premier ministre, Paul Bérenger, devraient les rassurer. Il a affirmé hier que tous les moyens sont mobilisés pour retrouver les disparus : Le Dornier et les éléments de la National Coast Guard (NCG) sont toujours à leur recherche. Le Vigilant a été dépêché sur les lieux pour leur prêter main-forte hier. « Depuis mon retour je suis en constante liaison avec le commissaire de police et la NCG.» Samioullah Lauthan, le ministre de la Sécurité sociale a, lui, exprimé sa solidarité aux familles en détresse.

Cette disparition, affirme Auréla Edouard de l?Association des femmes de gens de mer, remet en question la sécurité des pêcheurs des bancs. « Zot pa bien ekipe. Mo mari dir gagn enn kalité radio ki pa tanne bien à enn certain distance. »

Un proche d?Antonio Félicité abonde dans le même sens. « Dan port bann ekipman sekurite ok, me lor lamer se enn lot zistoir. Bann fise de detres pa kone sipa li expire? » Les femmes déplorent également l?absence de contact avec leurs maris lorsqu?ils partent en campagne de pêche pendant 45 jours. « Kan zot ale nou pass enn martyr», lâche Marguerite Francis.

Et c?est aussi l?occasion de pointer du doigt des conditions de travail des pêcheurs. « Le salaire dépend de la quantité des poissons pêchés. Si les pêcheurs ne rentrent pas à l?heure c?est parce qu?ils n?en ont pas attrapé suffisamment. Ainsi ils sont davantage exposés aux dangers de la mer», explique Jeannette Genave, la mère de Jocelyn.

Au siège de la Noor Shipping Ltd, Raouf Noordally, le directeur, garde l?espoir de retrouver ses trois employés. C?est la première fois en 14 ans d?existence que la compagnie fait face à cette situation. « Nous faisons tout notre possible pour les retrouver. A mon avis il y a des chances qu?ils soient sains et saufs, d?autant plus que leur pirogue est insubmersible. » Par ailleurs, ce sont des pêcheurs expérimentés qui connaissent les lieux, et qui ont le savoir-faire nécessaire, dit-il. « Mais, le plus important dans ces moments-là c?est de garder le moral et d?avoir foi en Dieu. »

Contrôle rigoureux des équipements

Le manque de communication avec la famille s?explique par le fait que les pêcheurs ne donnent pas leur adresse exacte, ni leur numéro de téléphone, affirme-t-il. Il rejette en bloc les allégations en ce qui concerne l?absence ou la défectuosité d?équipements de sécurité. Les pêcheurs, dit-il, ont des gilets de sauvetage, des fusées de détresse, une voile, des rames, un miroir ainsi qu?un gallon d?eau chacun. « Si des radios ne fonctionnent pas, c?est parce que certains n?en prennent pas suffisamment soin. De plus, il est impensable de quitter le port avec des fusées de détresse expirées. Chaque année un surveyor du ministère de la pêche vérifie pièce par pièce nos équipements. » Equipements non conformes signifient pas d?autorisation pour quitter le port.

En attendant, trois familles vivent dans l?angoisse et souhaitent qu?on entende leur appel de détresse?

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