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Appel à la raison
Quelle est la plus grande qualité d?un leader ? Inspirons-nous de l?actualité immédiate. Le président Sarkozy a été fustigé pendant toute la semaine par les médias, surpris par un goût du luxe contraire à ses discours de campagne. Ségolène Royal ne se présentera pas aux législatives, conformément au principe qu?elle a défendu durant la présidentielle. Cette qualité, c?est bien la cohérence. Agir selon ce qu?on prêche fait l?étoffe des leaders. Ramgoolam, lui, badine avec son image.
Le Premier ministre croit à l?économie de marché. Il a convaincu le pays que ce modèle de réforme est la voie de la survie. Il implique que nous changions de mentalité, que l?on arrête de dépendre de l?État, que l?on s?ouvre aux investisseurs, à la concurrence, que l?on fasse des sacrifices. Du gouvernement, cela implique qu?il privatise les entreprises publiques, aide à la restructuration des entreprises afin qu?elles deviennent compétitives dans le nouveau marché, et encourage l?investissement. Logiquement, dans ce modèle de salut, il devrait accorder au privé plus d?importance encore. Or, il met des bâtons dans les roues des producteurs sucriers et des plus gros entrepreneurs du pays, IBL et Rogers.
La population a pris toute la mesure de cette incohérence cette semaine dans les discours exaspérés du secteur privé. Jamais encore le secteur privé n?avait osé dire ainsi ses quatre vérités à son partenaire, allant jusqu?à rappeler au gouvernement qu?il n?est là que pour un temps. Le « Joint Economic Council » nous avait habitués à plus de retenue. Jacques de Navacelle, libre de parler certes parce qu?étranger, s?autorise surtout cette critique parce que la situation économique du pays s?en ressent. Le FMI, dans une inquiète mise en garde, lui a donné raison en portant la même analyse. Comment le secteur privé, détenteur de capital, peut-il risquer d?investir dans un tel climat ? Comment peut-il convaincre des investisseurs étrangers à entrer en partenariat avec lui ?
Cette incohérence du gouvernement est le résultat d?intérêts politiques et communautaires envahissants. Il y a quelque chose d?absurde à poser ainsi les actions gouvernementales du jour dans la perspective d?un lointain scrutin. Mais c?est ce langage que l?on parle au cabinet. L?économie ne s?est pas « dépolitisée », comme le souhaitait l?opinion en début de mandat. Soucieuse de soigner son image auprès de son électorat traditionnel, une certaine aile du gouvernement prétexte la nécessaire correction des imperfections de l?économie de marché et continue d?« intervenir là où il ne devrait pas ».
Ce ras-le-bol amplifié par cette mise en garde, Ramgoolam n?a pas le droit de l?ignorer. S?il choisit de poursuivre la politique anti-secteur privé, s?il choisit de donner légitimité à cette aile du gouvernement qui, face à un apparent progrès du MMM, insistera à coup sûr pour des actions auxquelles son électorat traditionnel sera sensible, il dégoûtera et les investisseurs, et Sithanen. Pour de bon cette fois. Sans le pilote de la réforme, sans argent dans les caisses, l?économie ira alors à vau-l?eau. Et Ramgoolam aussi. En 2010, les électeurs voteront peut-être comme ils l?ont fait en 2005, contre Bérenger et ce qu?il représente. Mais pour un leader sans crédibilité, ce n?est pas sûr.
Ramgoolam peut choisir une autre voie. Il peut choisir de voir qu?un Mauricien sur deux ne se sent proche d?aucun parti (Sofres). C?est énorme. La population attend donc toujours de voir avant de juger. Elle n?est toujours pas convaincue que l?alternative se tient, que « l?autre réforme » que vend le MMM existe. Ramgoolam peut faire le pari de séduire cette masse, la majorité, la grande, sans rien sacrifier de ses atouts. Il peut déci-der qu?à ces électeurs-là, il vendra non un merveilleux bilan, mais le redressement, l?effort, un Premier ministre qui impose la discipline, le service aux intérêts du pays, des valeurs auxquelles ils peuvent être réceptifs. Charismatique, honnête et cohérent, il peut se présenter comme un véritable leader. Il a un peu plus de chances de passer.
Le gouvernement est à la croisée des chemins. Le pays aussi. Entre la voie politique et la voie économique, Ramgoolam doit prendre la voie de la raison.
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