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Anomalies
C?est l?histoire d?une île qui aime cultiver les paradoxes. Puritaine par excellence, elle feint et c?est aussi inscrit dans les lois que les Mauriciens n?ont pas le droit de regarder des films pornographiques. Ce n?est pas notre propos de pontifier si c?est une bonne chose ou non. Croyant que chaque individu responsable connaît les limites de sa liberté, nous préférerions faire confiance à la sagesse des Mauriciens. Par contre, il devient de plus en plus difficile de comprendre la logique sur laquelle les autorités se fondent pour sévir ici et là.
Les faits sont simples. Un individu a été arrêté parce que l?hôtel où il travaille diffuserait, à la demande des clients, des films à caractère pornographique. Sans doute, la police a pleinement ses raisons d?avoir pris ces dispositions dans un hôtel où les clients ne passeraient que quelques heures dans les chambres qu?ils louent. Sans doute aucun, tous les citoyens sont soumis à la même loi. Mais il importe également de rappeler que la pornographie a toujours existé au sein de la société mauricienne comme partout ailleurs.
Dans les années 1970 et 1980, les salles de cinéma inséraient des séquences pornographiques durant la projection des films érotiques. Certaines salles, bénéficiant d?un traitement privilégié, proposaient des films entièrement hard. Les gens se cachaient pour s?y rendre. La société conservatrice se voilait les yeux, préférant protéger son angélisme de façade. Cela dura jusqu?à ce que Harish Boodhoo, après les élections de 1982, lance sa croisade contre la pornographie. Une initiative qui lui valut même le titre de ?ministre porno?.
La société qui légifère et les prescripteurs de l?histoire devaient ensuite se soumettre à la logique d?une société où les m?urs se libéralisaient à une vitesse vertigineuse. L?arrivée de l?internet et des chaînes satellitaires livrait chaque individu à leur libre arbitre par rapport à la pornographie. Entre-temps, les sermonnaires se réfugiaient derrière les tabous. Ce sont ces tabous qu?il importe d?interroger aujourd?hui. La société mauricienne n?est pas condamnée à la duplicité.
A un moment où le taux de criminalité et de violence ne cesse de grimper, il faut opérer un diagnostic rationnel. Des parents jusqu?aux autorités, il revient à tout le monde de comprendre que ce que nous appelons dysfonctionnements de la société moderne n?est, en fait, que les résultantes et les conséquences d?une manière de vivre différente.
Nous ne nous pouvons plus nous permettre de faire semblant que la pornographie n?existe pas. Les récents cas de clips pornographiques nous ramènent d?ailleurs à une dure réalité. On fera tout ce qu?on veut pour verrouiller la société qu?on ne parviendra jamais à ?éradiquer? la pornographie de cette société. Alors, on prétend que nos enfants et nos adultes ne sont pas des abonnés à l?obscénité sexuelle. Que nous ne succombons pas aux travers d?une société aux m?urs libérales.
Tout un corpus de croyances fait qu?on s?étonne à chaque fois qu?on entend parler d?histoires d?inceste et autres déviances sociales. Il ne s?agit pas, certes, de libéraliser tout ce qui est dangereusement tendancieux. Mais seulement de se comporter en société adulte. Une société qui serait capable de dompter ses démons. Ce ne sera pas le cas aussi longtemps qu?on feindra que nous n?avons pas de démons.
L?île Maurice est engagée dans un programme de réformes économiques. Parallèlement, on plaide pour un changement de mentalité. Mais dès qu?il est question de valeurs et de morale, nous nous signalons par des blocages infranchissables.
Lorsque nous refusons le monde dans lequel nous vivons, nous nous privons de moyens d?apprivoiser ce monde, devenant ainsi plus vulnérables à ses imperfections et à sa perversité.
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