Publicité
Annaelle et Sophie, deux bêtes de scène
Par
Partager cet article
Annaelle et Sophie, deux bêtes de scène
Vous décrire Miselaine Soobraydoo, celle par qui tout commence, celle qui présente la pièce « Tablo » mardi soir au théâtre de Port-Louis et qui y joue un rôle de prostituée? Mais tout a été dit sur elle, cette femme que rien ne rebute, qui a su faire du théâtre son métier, qui fonce sur la scène comme dans la vie. On pourrait peut-être vous en dire plus sur Didier Anthony, le nonchalant, qui prend la vie comme elle vient, trop concentré dans son rôle de clochard.
Pas la peine de s?arrêter sur Yannick Guylène et sa bouille espiègle, il a répondu aux absents abonnés le soir où nous sommes allés voir la répétition. Et oui, le « macro » de la pièce était souffrant. Il y a les deux Yousuf (Manjoo) et Yousoof (Elahee). L?un est, dans la pièce, un passant au moral trop cartésien à notre goût et l?autre joue un homme d?affaires trop « gopia » pour reprendre les mots de Miselaine. Qui reste-t-il alors ?
« Je la déteste, ce n?est qu?une hypocrite mais elle se prend pour qui ? C?est vrai que je ne suis qu?une prostituée mais je le fais par nécessité », martèle Sophie Jeanneton.
« Je ne suis pas du même rang social, je ne peux pas me mélanger, je dois garder mon rang », avance Annaelle Groeme qui lui crache dessus au sens figuré comme au sens propre.
Voilà nous avons trouvé nos « portraits ». Ce sont ces deux-là qui nous ont interpellées, cette guerre déclarée entre ces deux personnages au tempérament vif. Pas de langue de bois, elles ne se cachent pas leur mépris. Il ne manque que le crêpage de chignons, mais ce n?est pas prévu dans la pièce.
En fait, ces deux boules d?énergie s?approchent à peine l?une de l?autre sur scène parce qu?elles ne se sentent pas, parce qu?elles n?appartiennent pas au même monde. Et pourtant dans la vie réelle, c?est tout autre chose. Ce sont deux bonnes amies qui ne jurent que par les planches et qui accordent à la troupe Komiko, un insatiable dévouement. Qui sont-elles quand elles ne se la jouent pas ?
Annaelle rêve depuis qu?elle est au collège d?être une diva. « J?ai toujours dit à ma mère que je voulais être sous les feux des projecteurs. » Elle rêve de célébrité, pas de celle où l?on a la grosse tête mais celle où l?on est reconnue pour ses talents.
Et du talent, elle en a. On l?a vue dans différentes publicités. C?est la femme impatiente qui balance son pilote par dessus bord parce qu?il est trop lent et qu?elle fonctionne à l?ADSL. Elle a même tourné à la Réunion et ce, sous la féru de Karavann Productions, la boîte de pub de Miselaine.
Komiko, sa deuxième famille
« Cette aventure a commencé il y a quatre ans quand j?ai suivi mon cousin à un casting que Miselaine organisait pour une pub. Il y a quelques mois, j?ai voulu aller plus loin, Miselaine m?a proposé un job et un rôle dans une pièce. » Annaelle Groeme prépare actuellement un BSC en Public Administration à l?université de Maurice. Le contact avec les autres est son dada. Après le collège, elle a rejoint un hôtel où elle assure un poste de relations publiques, ensuite elle devient attachée commerciale chez Radio One. « Mais je sentais que ce n?était pas ce que je voulais », confie Annaelle.
Aujourd?hui, elle est comblée entre ses cours et Komiko. Celle qui jouait dans des sketchs au collège et qui participait dans les concerts de l?école joue désormais dans la cour des grands. Dans « Komiko folies », elle était un travesti qui se présentait au concours de Miss Mauritius. Dans « Tablo », elle est la bourgeoise condescendante envers son frère devenu SDF. Dans la réalité, c?est une jeune femme sensible aux larmes faciles.
Quant à Sophie Jeanneton, elle cultive pour le théâtre une relation épidermique. « Ce n?est pas seulement le fait de jouer, de me mettre dans la peau de quelqu?un d?autre. Il m?arrive quelque chose de bizarre quand j?entre dans une salle de théâtre, je ne suis plus la même. »
Elle connaît Miselaine Soobraydoo depuis le collège. À l?époque, elle était élève et Miselaine, enseignante. Elle jouait dans les pièces que montait cette dernière au grand dam de ses parents qui lui faisaient remarquer qu?ils ne l?envoyaient pas à l?école pour faire du théâtre. Sophie rejoint quand même Miss agency, la première compagnie de Miselaine et y travaille comme secrétaire. Elle trouve ensuite un autre job dans un hôtel où elle fait de l?animation.
En attendant, Komiko prend de l?ampleur. « Devant moi, mes parents font semblant de ne pas s?intéresser à Komiko et aux pièces qui passent à la télé. Ils savaient que mon c?ur était resté au théâtre », raconte Sophie. Peine perdue, cette dernière regagne la compagnie et la troupe de Miselaine en 2004 et multiplie les rôles.
Sophie a la réputation d?être une grande gueule qui n?a pas peur de dire aux gens leurs quatre vérités. Au fond, c?est aussi une grande sentimentale qui aime la musique douce.
Elle est très attachée à l?entourage de Komiko et de Karavann Productions, c?est sa deuxième famille. Il paraît aussi qu?elle est très douée aux fourneaux, ses collègues adorent les plats qu?elle leur cuisine à l?heure du déjeuner.
Si dans la pièce Sophie se prostitue pour pouvoir survivre, dans la réalité elle n?a pas l?air d?être une jeune femme en manque d?argent, elle adore le shopping et ne porte que des vêtements griffés. Ce qui se passe sur scène, ce n?est vraiment que du bluff. Que cela ne vous empêche pas d?aller voir « Tablo » mardi à 20 heures, au théâtre de Port-Louis.
Publicité
Publicité
Les plus récents