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Ananda Devi : l’écrivain schizophrène potentie
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Ananda Devi : l’écrivain schizophrène potentie
Qu’est-ce qui se cache sous le cosmétique des mots ? Maquillage ( pas toujours réussi) du Moi. Préoccupation d’ordre psychanalytique, mais pas que… L’inconscient poétique a besoin de parler un langage clair. Celui d’Ananda Devi est un ruissellement de mots. Qui se fait fleuve, généreusement.
Elle s’est tenue (demi-nue un instant) devant le miroir poli de ce qui échappe à la conscience. Son seul vêtement : La Vie de Joséphin le Fou, paru chez Gallimard dans la collection Continent Noir en 2003.
C’était la semaine dernière lors du colloque organisé par l’Association analyse freudienne de France en collaboration avec la Société des professionnels en psychologie de l’île Maurice. Une réunion de linguistes, d’écrivains, de psychanalystes qui avait pour thème, L’inconscient et les langues.
<B>“Se créer à travers les mots”</B>
À la tribune, Ananda Devi n’a pas eu peur des mots qui tuent. Tout en articulant clairement : “Je ne suis pas psychanalyste. J’ai été, très brièvement, linguiste.” Elle a emprunté à ces jargons pour dire sa “conviction que l’écrivain présente sans le savoir les symptômes de la schizophrénie. Sa seule chance est que sa schizophrénie s’exprime par le biais de l’écrit plutôt que par des actes.”
à nous, face à face, l’auteur dira : “Il me faut m’identifier au personnage. Le narrateur “Je ” me permet d’y entrer. J’y ai plus de liberté, moins de constructions rationnelles.”Et d’insister sur l’importance du premier jet. Pulsion proche de l’instinct où elle peut “(se) créer à travers les mots”. Des termes simples mais denses pour tracer les contours de sa psyché d’écrivain.
“Je fais de moi ce que je veux, quelque chose de mieux, en tout cas de plus fort, de plus brûlant, que je livre à la page (…) Hors de l’acte d’écrire, je ne suis plus rien.”
Plus qu’un aveu, un cri. Une souffrance. De celles qui se portent longtemps avant d’être exhalées rapidement. L’auteur ne cache rien de la longue cogitation de La Vie de Joséphin le Fou. Trente ans à le raturer, trois jours pour l’exprimer. Une manière de travailler que nous retrouvons dans les bribes de son nouveau roman, qu’elle veut bien livrer. C’est en janvier 2006 que sortira Eve de ses décombres chez Gallimard. “On comprend le titre en lisant le roman”, dit-elle avant même que nous ayons eu le temps de demander le comment du pourquoi.
Allez, pas de langue de bois. Surtout pas à un congrès de psychanalystes. à force d’insister, nous avons saisi que “Eve est la petite sœur de la Paule de Rue de la poudrière,” roman sorti en 1989. “Eve est une victime qui résiste davantage. C’est un roman construit à partir d’une série de voix, celles de quatre personnages qui racontent l’histoire.”
Ananda Devi accepte volontiers d’aborder l’une des facettes marquantes de son existence d’écrivain. Comme nous, vous vous êtes sans doute fait la réflexion : Comment est-ce qu’une personne à l’apparence aussi sereine qu’Ananda Devi peut-elle écrire des romans aussi noirs, aussi intensément immergés dans les vicissitudes humaines ? “On m’a souvent dit que mes romans ne collent pas à ma personne. Je n’ai pas d’explication. Je ne suis que le passeur de l’écriture.”
Plume-pont qui assume, avec une pointe de défi, le fait de ne pas écrire dans sa langue maternelle. “Je suis fatiguée de ce besoin de m’en disculper en permanence, comme d’un crime”,a-t-elle tonné à la tribune du colloque. “ Les questions des journalistes ou des critiques à ce propos m’importent peu. Je sais que mes yeux évitent ce miroir-là. J’ouvre la bouche et je sais que ma véritable langue, c’est le silence.” à janvier pour le rompre.
ADAPTATION CINÉMATOGRAPHIQUE
<B>“La cathédrale”, une nouvelle prière à l’édifice</B>
■ Ananda Devi et son époux Harrikrisna Anenden ont profité de leur séjour chez nous pour mettre en boîte des images pour “La Cathédrale’”. Il s’agit de l’une des nouvelles d’Ananda Devi, adaptée à l’écran par son conjoint. Le tournage a eu lieu en juillet de cette année.“Nous sommes à l’étape du montage. Il est venu tourner des plans-séquences sans les personnages. Nous avons surtout besoin de nouvelles images de Port-Louis qui ne soient pas parasitées par le bruit,” nous a expliqué Ananda Devi. “La Cathédrale”, une des nouvelles d’Ananda Devi est extraite du recueil de nouvelles, “Solstice”, paru en 1977. Le travail d’adaptation a commencé, il y a environ cinq ans. Il s’agit de retranscrire à l’écran une journée dans la vie de Lina, une jeune fille, à Port-Louis.
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