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AMEENAH SOREFAN Pour une approche psychiatrique pluridisciplinaire
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AMEENAH SOREFAN Pour une approche psychiatrique pluridisciplinaire
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Si Ameenah Sorefan consacre une bonne partie de son temps à ses patients, elle sait aussi en garder pour elle. Pour preuve, sa mise toujours soignée et son maquillage discret.
Chez elle, la médecine est d?abord une affaire de famille. Son père, le généraliste Ayoob Sorefan, exerce longtemps dans le secteur public avant de se mettre à son compte. Ameenah qui est, depuis toute petite, sensible à la différence chez les autres ? sa s?ur aînée est handicapée mentale ? est fascinée par le travail de son père.
Elle n?hésite pas à aller faire un brin de causette avec les patients qui font queue dans la cour familiale à Curepipe en attendant d?être reçus par son père.
Elle va jusqu?à se cacher dans sa voiture quand elle sait qu?il ira effectuer des consultations à domicile à la campagne. «Quand il me découvrait, je me faisais rabrouer mais c?était trop tard pour faire demi-tour. Pendant qu?il consultait, je bavardais avec les enfants. Je rentrais à la maison avec des fruits et des bonbons», raconte-t-elle.
Ameenah effectue sa scolarité primaire et secondaire aux établissements scolaires de Lorette de Curepipe et montre un sérieux penchant pour les sciences, en particulier la biologie. Son père n?est pas étonné quand elle dit qu?elle veut être médecin. Il en est même très fier. C?est à Londres en Grande-Bretagne, plus particulièrement au Norwood Technical College, qu?elle termine son cycle secondaire.
Elle fait ses études de médecine générale au Royal College of Surgeons de Dublin en Irlande. Après un an et demi d?expérience professionnelle en Grande- Bretagne, Ameenah songe dans un premier temps à rentrer à Maurice. Elle se pose finalement à Durban en Afrique du Sud. Là, elle travaille à mi-temps dans un cabinet médical pour femmes et enfants.
À son retour au pays, elle suit les traces de son père et rejoint le service public qui lui permet d?être en contact avec un grand nombre de patients et de toutes les catégories socioprofessionnelles.
Le travail au dispensaire provoque le déclic
C?est au dispensaire que se produira le déclic en faveur de sa spécialisation. En effet, Ameenah note que les patients la réclament toujours. «Beaucoup d?entre eux souffraient mais il s?agissait de douleurs psychosomatiques. J?ai réalisé que 70 % des gens que je consultais avaient surtout besoin d?être écoutés, consolés et conseillés. C?est là que j?ai réalisé qu?il fallait que je m?oriente vers la psychiatrie.» Elle obtient une bourse d?études du ministère de la Santé et effectue sa spécialisation à l?université Monash en Australie.
Si au cours de cette spécialisation, tous les aspects de la psychiatrie sont abordés, elle est plus attirée vers la psychologie des adolescents et des femmes. Et puis, l?Australie a une nouvelle approche en matière de soins psychiatriques. «L?Australie est un pays avant-gardiste en matière de psychiatrie commu- nautaire, c?est-à-dire que dans ce pays, on a compris les bienfaits de l?arrêt de l?internement systématique et de l?importance de la décentralisation des traitements en ambulatoire par des équipes pluridisciplinaires comprenant un psychiatre, un psychologue, des infirmiers, des assistantes sociales. Ces traitements se font dans la communauté.»
Ses mémoires de fin d?études ont trait aux facteurs de risques de la maladie mentale sur le développement de l?enfant et au traitement de la schizophrénie en milieu communautaire qui amène de meilleurs résultats qu?en centre d?enfermement.
Un plan stratégique partiellement appliqué
À son retour au pays en tant que psychiatre qualifiée, le ministère de la Santé l?envoie à l?hôpital Brown Séquard. C?est l?occasion pour elle de faire valoir les connaissances qu?elle a rapportées de l?Australie et le fait savoir à qui de droit. Le ministère la retire du service hospitalier et la mute à l?unité des maladies non transmissibles. Là, sa mission est de consulter les autres professionnels de la santé mentale afin d?élaborer et d?appliquer un plan stratégique sur la santé mentale. Ameenah met tout son c?ur à l?ouvrage.
Les recommandations du groupe consulté portent notamment sur la mise en place d?unités avec des équipes pluridisciplinaires dans différentes régions de l?île pour des traitements en ambulatoire et la formation adéquate aux infirmières et aux assistantes sociales pour qu?elles aillent soutenir les familles ayant un malade mental à domicile. «Une famille qui a, par exemple, un schizophrène à la maison ne sait pas toujours comment gérer le malade ou comment lui donner ses médicaments. Il y a toute une éducation à faire et ces consignes doivent être délivrées par un personnel formé.»
C?est aussi à cette époque-là qu?elle siège sur le panel des experts de santé mentale pour l?Organisation mondiale de la santé et aide à la préparation de la Mental Health Strategy for Africa 2000-2010. Ameenah a aussi l?occasion de mettre ses connaissances en matière de prévention du suicide en pratique et forme des infirmiers et des médecins sur le sujet.
Pour elle, la déception est cependant au rendez-vous car le plan stratégique qu?elle a coordonné pour Maurice avec les autres professionnels de santé mentale n?est que partiellement appliqué, alternance de régime oblige. «Des infirmières en psychiatrie ont reçu une formation, de même que les médecins communautaires. Les travailleurs sociaux ont aussi été formés, notamment sur les soins aux toxicomanes. Mais l?application du plan a été lente et très partielle. C?est malheureux.»
Ameenah qui n?a pas sa langue dans sa poche, ne comprend pas pourquoi quand un gouvernement change, le nouveau régime fait du balai partout, remisant le bon comme le mauvais mis en place par ses prédécesseurs. «Je considère qu?il faut dépolitiser tous les secteurs à Maurice et embaucher des professionnels engagés. On ne peut continuer à opérer au petit bonheur. Il faut cesser de faire des liens entre les professionnels qui ont accepté un emploi du pouvoir en place. Autrement on n?arrivera à rien de bon dans ce pays.»
Ameenah retrouve ses chers patients dans le service hospitalier jusqu?à ce que le bureau régional de l?OMS lui demande de venir à la United Nations Economic Commission d?Afrique et à l?Union africaine pour un réexamen de la situation de la violence dans les 53 pays d?Afrique. Ameenah s?envole pour l?Éthiopie et fait la navette entre Addis Abeba et le Congo Brazzaville où se trouve le bureau régional de l?OMS. Elle reste absente du pays pendant huit mois.
L?exercice vient révéler que la violence, qu?elle soit domestique ou communautaire, est toujours aussi importante que celle qui prévaut lors de conflits armés. «La violence des conflits armés est visible aux informations mais celle qui est intra-familiale et communautaire est souvent cachée, quand elle ne fait pas partie des traditions. Dans certaines tribus, il est normal de battre sa femme.»
Mais comment lutter contre ces mentalités solidement ancrées ? Ameenah estime que la solution passe par la sensibilisation et l?éducation à tous les niveaux. «On ne peut se contenter de dire que la violence est le problème de tel ou tel ministère. Il en va de même pour tous les problèmes sociaux. À la fin de la journée, cela devient un problème de santé publique. Par conséquent, il faut sensibiliser les chefs d?états, les religieux, les parents, les forces vives, les organisations non gouvernementales, toute la communauté. L?OMS estime que c?est aux professionnels de santé de prendre les devants de cette sensibilisation et d??uvrer en amont au lieu de se contenter de traiter les malades en aval.»
Depuis son retour, Ameenah a repris son poste de psychiatre à l?hôpital et exerce avec la même fougue qu?à ses débuts. Mais s?étant concentrée sur l?élaboration de politiques et de stratégies durant ces dernières années, c?est dans cette direction qu?elle souhaiterait s?orienter. Du moins si l?occasion lui en est fournie. à bon entendeur?
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