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Ambal Jeanne responsable de l?abri de SOS Femmes
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Ambal Jeanne responsable de l?abri de SOS Femmes
<B>Depuis l?assassinat de Sandhya Bappoo, il semblerait que la violence domestique ait pris une ampleur épidémique. Qu?en pensez-vous? </B>
Je ne le crois pas. Deux choses ont changé. D?une part, la femme d?aujourd?hui sait qu?elle n?est pas obligée de subir la violence domestique. De l?autre, l?homme réalise que la femme échappe à son contrôle et il passe à l?acte. Cela ne fait que souligner le déséquilibre qui existe depuis toujours dans la relation homme-femme à Maurice.
<B>Ne recevez-vous pas davantage de demandes d?admission au sein de votre abri ? </B>
C?est un roulement perpétuel. Hier (NdlR: jeudi), quatre femmes ont quitté l?abri et sept autres sont arrivées. Nous les gardons jusqu?à ce qu?elles parviennent à se retourner et reprendre le cours de leur existence. La majorité regagne toutefois le domicile conjugal et se fait battre à nouveau. Une de nos internes en est à son huitième séjour chez nous. La première fois, c?était en 1995. Mais nous n?y pouvons rien. La décision leur appartient. Nous sommes là pour les aider à se relever.
<B>Estimez-vous que le « Protection from Domestic Violence Act » protège suffisamment les victimes? </B>
Oui. Par contre, les magistrats mériteraient de bénéficier d?une formation qui soit gender-based, surtout dans le cas de femmes battues vivant avec leurs beaux-parents. Il arrive fréquemment que ces derniers prennent fait et cause pour leur fils contre leur belle-fille alors qu?ils savent que c?est le premier cité qui se montre violent. Ils témoignent donc en sa faveur. De ce fait, le Protection Order qui aurait dû protéger la femme victime est émis contre elle. Dans de tels cas, les magistrats devraient être plus vigilants avant d?émettre l?ordre. De plus, les hommes qui violent un Protection Order auraient dû être pénalisés comme le stipule la loi. A ma connaissance, aucun de ceux l?ayant fait n?a été pénalisé jusqu?ici. Le Protection Order devient ainsi une farce.
<B>Que faire pour mettre un terme à la violence domestique ? </B>
Il faut un changement de mentalité. Pour cela, une campagne de sensibilisation doit être menée dans toutes les écoles, y compris les maternelles. Ladite campagne serait basée sur la redéfinition de la relation entre homme et femme et reposerait sur le respect de l?autre. Avec les enfants, il faut évidemment le faire par le biais de jeux.
<B> Vous ne mentionnez que les jeunes. Estimez-vous qu?il est trop tard pour les adultes? </B>
C?est extrêmement difficile de rééduquer un adulte. S?il veut y arriver, il doit admettre qu?il a un problème et avoir la volonté de changer.
<B>N?est-ce pas décourageant de voir presque toutes vos internes retourner chez leur conjoint violent ? </B>
Toute lutte est difficile, surtout celle visant à modifier la société en profondeur. Mais j?estime qu?en tant que femme et mère de deux filles, je dois m?impliquer pour améliorer la société. Même si mon action ne constitue qu?une goutte d?eau dans l?océan.
<B>Propos recueillis par Marie-Annick Savripène</B>
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