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Aménageons et avançons
Le débat sur le budget 2006-2007 tire à sa fin. Il convient maintenant de faire une lecture clinique des appréciations et critiques pour en tirer tous les enseignements. Après les premières réactions, globalement positives, les critiques ont fusé, les réserves émises, la résistance s’est développée et risque de s’intensifier. Vivement donc un retour à la sérénité pour construire…
Ici même dans ces colonnes, nous avons parlé de la nécessité de « partager le fardeau » de la transition, de la responsabilité historique, dans l’actuelle conjoncture, du secteur privé qui est appelé à assumer pleinement sa responsabilité sociale et citoyenne, et nous avons prié pour que Rama Sithanen arrive à trouver l’alchimie « économico-sociale » dont le pays a besoin, et pour que les partenaires sociaux fassent preuve de responsabilité et de discernement dans leurs appréciations du budget. Nous évoquions aussi le risque que le budget ne plaise à personne dans un pays miné par des corporatismes ayant perdu le sens de l’intérêt général et du bien commun.
Comme il fallait s’y attendre, les partis et courants politiques de l’opposition parlementaire et extraparlementaire n’ont fait aucun cadeau au gouvernement. Ils ont exprimé des critiques virulentes teintées d’une forte dose de démagogie et de populisme. L’opposition parlementaire rendait ainsi à l’Alliance sociale la monnaie de sa pièce. Comme dirait l’autre : « Baté randé pa fer dimal. » Les partis d’opposition vont tout tenter pour se refaire une santé en surfant sur toutes les frustrations, légitimes ou non, provoquées par le budget. La nature, le ton et l’argumentaire de ces partis montrent clairement que non seulement ils ne peuvent sortir de la confusion entre cycle politico-électoral et cycle de développement, mais qu’ils veulent l’entretenir.
Le budget 2006-2007 a le mérite d’être celui de la rupture avec cette confusion qui a contribué au blocage de la société mauricienne durant les quinze dernières années. Et c’est aussi pour cela qu’il dérange ceux qui se sont vautrés dans le confort paresseux, ceux qui se sont réfugiés dans leurs bulles virtuelles. Le réalisme du budget 2006-2007 perturbe ceux qui veulent toujours plus, sans pour autant se donner les moyens de leurs aspirations. Il était grand temps qu’on arrête de croire dans l’idéologie du miracle comme solution aux problèmes auxquels se trouvent confronté le pays depuis plus d’une décennie.
Cela dit, il faut se garder de pratiquer l’amalgame et de ranger toutes les critiques et réserves émises sur le budget sur le compte de la démagogie, de l’irresponsabilité, des intérêts égoïstes, voire de visées opportunistes. Il y a définitivement certains manquements et anomalies réels qu’il convient de reconnaître et non pas de balayer d’un revers de la main en disant simplement qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Venons-en maintenant à trois critiques émises : R. Sithanen a voulu aller trop vite et a été trop brusque dans son approche ; le budget a été concocté dans une tour d’ivoire, donc est coupé des réalités du pays ; et de nombreuses mesures annoncées sont floues quant aux modalités de leur mise en œuvre concrète.
C’est dans l’application réussie de la réforme que R. Sithanen et le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam vont faire la démonstration de la justesse de l’option choisie – ampleur et profondeur de la réforme –, du bien-fondé de leur démarche et du « workability » des initiatives et mesures proposées. À l’Assemblée nationale cette semaine, R. Sithanen n’a pu cacher son irritation face à certains critiques. Il a été ainsi question de son « arrogance ». Il est impérieux qu’il prenne rapidement du recul et garde son sang-froid car il devra préserver son énergie pour tout le travail d’explication et de pédagogie du budget auprès de la population afin de ne pas gonfler les rangs de la résistance, et pour la mise en œuvre de la réforme. Il est dans l’intérêt de la réforme proposée qu’il procède à des aménagements sur certains points, comme il a déjà commencé d’ailleurs. Ce n’est pas une question de perdre des points ou de faire marche arrière, mais de garder le cap sur l’essentiel, et sur lequel il ne faut rien céder. Pour réussir, il est capital de s’assurer de la capacité institutionnelle pour conduire le changement et de trouver les moyens pour surmonter l’obstacle culturel afin que se développe un nouveau « mindset » approprié.
Il a montré qu’il est parmi les rares Mauriciens à avoir une vision globale d’un projet de société moderne pour le pays, et à posséder la maîtrise technique nécessaire pour trouver des solutions à une sortie de crise. Il lui faut maintenant faire preuve d’autres qualités, dont une réelle capacité d’écoute, un sens du vrai dialogue et l’art de piloter le changement proposé. On ne change rien par décret. Que toute l’énergie soit concentrée sur le concret des problèmes et le concret des solutions. Il y a obligation de résultats… et le temps presse.
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