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Amédée Maingard, une trempe exceptionnelle
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Amédée Maingard, une trempe exceptionnelle
A l?angle de l?immeuble Rogers, rue John-Kennedy, Port-Louis, et du couloir conduisant au passage souterrain menant au front de mer du Caudan, il nous attend, sous son visage de bronze, nous témoignant son amitié par un sourire des plus fraternels. Curieusement, ce buste d?Amédée Maingard de la Ville ès-Offrans le rend plus abordable lui dont on connaissait, dont on regrettait même, la trop grande discrétion. Cette statue, cet hommage semi-public, dit cependant tout le bien que nous pouvons penser de lui, toute la reconnaissance que nous devons avoir pour celui qui, avec Sir Harry Tirvengadum, avec Robert Rivalland, avec Gérard Tyack, avec le personnel de Rogers-Aviation, avec Seewoosagur Ramgoolam, l?incontournable allié au sein de l?hôtel du Gouvernement, a créé de toutes pièces notre compagnie nationale d?aviation, qui a permis non seulement son décollage mais la progression fulgurante et constante d?Air Mauritius, lui permettant aujourd?hui d?occuper une des premières places parmi les compagnies aériennes africaines, alors qu?Air Afrique n?est plus en dépit du soutien qu?Air France lui a longtemps accordé. Mais Air Mauritius n?est qu?un des aspects de la vie particulièrement riche et bien remplie d?Amédée Maingard qui nous quitte, il y a 25 ans, en cette mi-janvier 1981.
Il meurt à l?âge de seulement 62 ans. C?est alors qu?on se souvient que ce grand homme d?une trop grande discrétion est détenteur de la Légion d?Honneur, de la Croix de Guerre, de la Distinguished Service Order, des insignes des Commandants de l?Empire Britannique (CBE) et de la Médaille de l?Aéronautique française. Ses réalisations sont à l?image de sa personnalité. Exceptionnelles. Il lègue aux siens comme à l?île Maurice une carrière, une vie, un modèle d?une richesse hors du commun.
Ses réalisations professionnelles ne doivent jamais nous faire oublier ses hauts faits militaires ni l?héroïsme dont il fait preuve pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Dès le début des hostilités, il se porte volontaire auprès de l?armée anglaise. L?excellent soldat qu?il devient instantanément, sa parfaite maîtrise de l?anglais et du français, le désignent rapidement pour les missions secrètes les plus risquées, les plus délicates, en territoires occupés par l?armée du sinistre Adolf Hitler. Il est parachuté en France à partir de 1942, avec pour mission l?établissement de réseaux de résistance. Il opère en pleine clandestinité pendant toute la durée de la guerre 1939-45, prenant à tout bout de champ des risques insensés. Il est ainsi le seul survivant d?un réseau de résistance de la région de Poitiers.
A la fin de la guerre, il quitte l?armée, range ses nombreuses décorations, toutes gagnées au péril de sa vie. Rares sont ceux qui l?entendront, par la suite, rappeler le souvenir de ses hauts faits et des risques encourus par lui. Silence, discrétion mais aussi un sentiment de pudeur qui l?honore.
L?ambassadeur de France, Raphaël Léonard Touze, originaire de la région poitevine, ne respectera pas, heureusement pour nous, cette discrétion innée. Il saura, à plusieurs reprises, nous rappeler que sa région natale considère Amédée Maingard de la Ville ès-Offrans comme son sauveur. Le Cernéen de Jean Pierre Lenoir rappelle, que lors d?un dîner à la résidence de l?ambassadeur de France, un visiteur de marque, venu de l?Hexagone, fit savoir à l?assistance qu?il aurait été heureux de rencontrer un certain Sam, d?origine mauricienne qui s?est battu en France au sein de la Résistance et dont les glorieux et nombreux hauts faits laissent un souvenir indélébile sur les habitants de sa région natale. Personne parmi les convives ne peut lui décliner l?identité de ce fameux Sam. A la fin du repas, c?est le plus discrètement possible qu?Amédée Maingard fait savoir à l?auguste visiteur qu?il est le Sam dont il a fait état au cours du repas.
De retour à Maurice, Amédée ainsi que son frère, René, seront les chevilles ouvrières de notre aviation civile mais aussi de notre industrie touristique et hôtelière. Ils créent rapidement les Mauritius Hotels et ouvrent les portes, en 1952, du Park Hôtel à Curepipe. Ce premier établissement hôtelier, digne de ce nom, compte une vingtaine de lits. Trois décennies plus tard, les New Mauritius Hotels en comptent un millier. Au Park Hôtel, succède deux ans plus tard le Morne Plage, ne comprenant, au départ, que des rondavelles. L?hôtel du Chaland ouvre ses portes en 1960. C?est notre premier hôtel balnéaire, digne de ce nom encore qu?il fait plutôt rustique et campement par rapport à l?actuel Shandrani. En 1967, le Morne Brabant remplace le Morne Plage. Suivent, en 1972, l?hôtel Trou aux Biches et, en 1975, le Pierre-Desmarais qui obtient la franchise de la célèbre chaîne Le Méridien et sera plus connu sous ce nom.
Amédée Maingard est aussi de ceux qui créent le MTTB en 1953. Grâce à lui, de nombreuses compagnies aériennes étrangères consentent à ajouter la destination Maurice à leur réseau. C?est du moins le cas pour Air France, Qantas, BOAC, S.A.A. La création d?Air Mauritius couronnera une carrière exemplaire. Notre île Maurice lui doit beaucoup.
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