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Allons à l?hôtel !
<B>Par Nazim ESOOF</B>
On n?est pas à un stade de foisonnement d?hôtels. Il serait encore plus farfelu de dire que les hôtels poussent comme des champignons, quoi qu?il soit aussi vrai que les demandes pour ériger des hôtels de luxe abondent. Cependant, déjà, les hôtels existant et ceux qui ouvriront prochainement leurs édifices souffrent d?un sérieux problème de main-d??uvre. D?où les craintes exprimées relatives à la formation, à la surenchère des salaires, au débauchage des compétences ou encore à l?attrait qu?exercent les centres d?appels? Bref, il devient de plus en plus difficile de trouver du personnel formé et de le retenir dans le secteur hôtelier.
C?est l?une des menaces qui pèsent sur ce secteur aujourd?hui. Il se retrouve confronté aux mêmes défis auxquels on n?a répondu que trop tard dans les secteurs manufacturier et du bâtiment. Soit une rareté et une cherté de la main-d??uvre locale qui les a incités à recourir à des travailleurs étrangers. Certes, on n?en est encore pas là, encore moins serait-on dans le même paradigme. Mais il n?empêche que les Mauriciens ont démontré une grande propension à déserter ces secteurs qui ne répondent plus à leurs aspirations. C?est ce qui pousse souvent à la critique ayant trait à la tendance à une oisiveté certaine de la part de certains chômeurs. C?est ce qui devrait également interpeller notre créativité afin que nous puissions définir des programmes et des plans de travail qui attirent les jeunes et les moins jeunes vers les secteurs porteurs qui ont besoin d?une certaine main-d??uvre non-qualifiée.
Non-qualifiée peut-être, mais indispensable sûrement. En effet, l?hôtellerie mauricienne peut difficilement se passer de ces qualités et ces atouts qui caractérisent son personnel. Les touristes en partance le confirment. L?un des cachets majeurs de Maurice, c?est l?accueil et le service du personnel hôtelier. Une main-d??uvre étrangère ne pourrait aucunement garantir cette spécificité qui est l?un des traits distinctifs de l?identité mauricienne.
Les enjeux sont, à ce titre, conséquents. Il s?agit désormais de structurer la formation et de proposer des offres d?emplois qui ne s?appuient pas sur le seul critère du salaire. Le monde contemporain du travail repose sur un ensemble de propositions qui permet au futur salarié de faire des choix. Les entreprises modernes savent que la vie du salarié ne se limite pas à son seul espace de travail. On le sait, le Travail va vers le Capital, et rarement l?inverse. Il existe toutefois des formules d?intéressement et de participation qui rendent compte d?une stratégie qui ne s?arrête pas au seul salaire de fin de mois et qui peuvent devenir des moyens pour développer le sens de l?appartenance du salarié à l?entreprise. Des initiatives ont déjà été prises en ce sens. Davantage d?inventivité ne ferait du mal à personne.
Cela dit, les efforts doivent être partagés. Maurice n?est pas une île qui peut se permettre des excès. Les Mauriciens n?ont pas toujours le choix. L?abondance d?emplois de niveau intermédiaire et à des échelons inférieurs, au sein d?un secteur donné, consacre automatiquement des niveaux de salaires peu élevés. Mais c?est ce qui permet aussi à un certain nombre de jeunes et de chômeurs de trouver des débouchés qui n?existeraient pas autrement. C?est faire le choix de refuser le chômage, d?intégrer l?univers du travail et de se lancer éventuellement dans l?aventure de la formation. Ce réflexe n?est pas néanmoins naturel. Il faut souvent informer et sensibiliser les gens. Et cela commence très tôt. A l?école déjà. Mais notre école, elle, fait toujours un autre choix. Celui d?un bachotage radical.
La solution au problème de main-d??uvre au sein de l?hôtellerie ne se trouve pas dans l?importation de travailleurs étrangers. C?est une solution facile qui compromettrait le label mauricien, surtout à un moment où on parle du «brand» mauricien. On est aujourd?hui au début d?un problème. Lorsqu?on parle des économies et des Etats qui gagnent, on se rapporte surtout à leur capacité d?anticipation. Ce sont ceux qui trouvent des réponses aux problématiques de demain qui survivent et se distinguent. Pour les autres, c?est une éternelle course de rattrapage. L?hôtellerie mauricienne a trop d?ambitions, de perspectives et de promesses à tenir pour ainsi hypothéquer son avenir.
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