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Alliance sociale : les raisons des désaccords...

13 septembre 2003, 20:00

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Après la trêve, le séisme, avait prédit Navin Ramgoolam. Mauvais sismologue ou effet boomerang. A bien voir, les secousses sont dans les rangs de l?opposition, au c?ur même de l?Alliance sociale.

Aujourd?hui, Ramgoolam joue au réconciliateur et plaide : « Pas créé dissension entre nous. »

Personne ne nous le confirmera, au contraire, plusieurs démentiront ce fait : l?Alliance sociale va mal. Sinon comment interpréter ces paroles du chef du regroupement des partis de l?opposition : « Pas question de se tirailler entre nous. Nos adversaires sont Bérenger et Jugnauth.»

Comment aussi comprendre la décision, somme toute inattendue, de Harish Boodhoo de « geler ses activités politiques pour le moment», alors que tout le monde attend ses révélations « fracassantes » qu?il nous avait promises avant la trêve, révélations qui avaient bénéficié d?une bande-annonce choc, signée Navin Ramgoolam.

Le « dossier explosif » ramené de Londres a eu l?effet d?une bombe au sein des travaillistes, surtout après les fuites relatives aux anciens ministres travaillistes qui seraient impliqués dans des cas de malversation.

Dès lors, cela a donné lieu à toutes sortes d?interprétations. Certains au PTr ont vite conclu que Boodhoo devient de moins en moins virulent envers Bérenger et pointe son épée davantage contre les travaillistes.

« Mon combat est contre la fraude et la corruption. Il doit être dissocié de la politique purement partisane. Si certains au Parti travailliste sont vexés, je n?y peux rien... Je ne veux pas être à l?origine d?un quelconque conflit au sein des travaillistes», fait ressortir Harish Boodhoo, qui, à plusieurs reprises, insiste sur la relation de franche camaraderie qui l?unit à Navin Ramgoolam. Il a émis hier après-midi un communiqué, à la suite de la conférence de presse du PTr, au cours de laquelle le leader a déclaré qu?il a demandé des explications à Boodhoo à la suite de certaines déclarations parues dans l?express de mardi.

Pourtant jeudi tout semblait être de nouveau « calme ». A Stanley, au domicile de Rama Valayden, Ramgoolam et Boodhoo ont eu un long tête-à-tête.

Calmer et attaquer

Les trois dirigeants sont tombés d?accord qu?il faut oublier les dissensions et cibler davantage les hommes au pouvoir. Une autre rencontre, « pour dialoguer », était prévue vendredi soir, lors de la célébration du quatrième anniversaire de l?hebdomadaire que dirige Harish Boodhoo, Sunday Vani.

Rama Valayden, l?un des dirigeants, se montrait rassurant : l?Alliance sociale a toute sa raison d?être, plus que jamais. « Le danger se précise. Bérenger sera bientôt Premier ministre. Ce sera l?installation d?une dictature qu?il nous faut continuer à dénoncer, encore plus fort. »

« Mo pas envie touye l?Alliance Sociale. C?est moi ki fine crée li, na pas blié. Mais certains anciens ministres ine faire tout pou saborde l?Alliance. Zotte fine boycotte mo banne meetings ek mo banne l?affiches fine même déchiré. Mo fine dire Ramgoolam ki zotte représentent ene danger pou li ek so parti...», explique Harish Boodhoo.

Le principal désaccord est la tenue du meeting de dénonciations initialement prévu pour le 14 septembre. Une source indique qu?il a été demandé à Harish Boodhoo d?amender son dossier, c?est-à-dire de gommer les noms des travaillistes et d?y ajouter celui de Paul Bérenger. Les proches de Boodhoo réfutent cela : il sera intransigeant sur les preuves qu?il possède, personne ne sera épargné. En revanche, faute de preuves, il ne peut égratigner le futur Premier ministre.

« Alors que Bérenger devient Premier ministre, voilà que Boodhoo attaque des travaillistes », s?indigne un rouge, ancien député.

« Mais il n?y a pas que des travaillistes. Il y a des membres du gouvernement aussi. Je n?ai jamais été sélectif dans mes dénonciations », réplique Harish Boodhoo.

Un autre désaccord est d?ordre structurel. Le PTr a des instances qui fonctionnent depuis longtemps, alors que l?Alliance sociale est un regroupement ponctuel qui ne compte qu?une année d?existence.

Une décision prise par Boodhoo ou une déclaration faite n?est pas entérinée par le BP travailliste. Ce qui provoque immanquablement des conflits : « Nous avons notre système de travail qui n?est pas toujours compatible avec les méthodes Boodhoo. »

Impossible de réconcilier tout le monde

Une guerre larvée qui a duré tout au long de la trêve oppose Boodhoo aux « réfractaires » rouges. Un ancien ministre travailliste confie qu?en fait Ramgoolam est lui-même tiraillé entre Boodhoo et ses hommes. « C?est impossible qu?il arrive à réconcilier tout le monde. Il ne veut ni perdre ses hommes ni le soutien du tandem Valayden-Boodhoo, surtout à l?approche de la partielle du n° 7.»

Une autre rouge indique que chacun fait son lobby auprès du leader: « Les anti-Boodhoo veulent se débarrasser de lui et avancent que celui-ci a trop tendance à crier au loup, qu?il n?est pas crédible et qu?il ternit l?image du PTr... » Il observe que l?homme de Belle-Terre, en vieux loup politique, « envoie, lui, un signal à ceux-ci en clamant à maintes reprises sa profonde amitié et son respect pour Navin Ramgoolam, à qui il répète qu?il faut nettoyer son parti des brebis galeuses, assoiffées de pouvoir...»

D?ailleurs Boodhoo lui-même dit: « Même si j?ai décidé de geler mes activités politiques, toutes mes ressources seront à la disposition de Ramgoolam. Valayden, Dulloo et Duval sont des dirigeants valables. Ils aideront Ramgoolam pour affronter le MSM-MMM. »

La décision de Boodhoo a pris de court certains travaillistes. Pour eux, la menace se précise : Ramgoolam leur préférera-t-il à l?homme de Belle-Terre? L?Alliance sociale est-elle plus forte que le PTr ? La suite du séisme s?annonce intéressante...

Le dossier demeure mystérieux

« Je ne veux rien dire à ce stade. Il n?y aura pas de meeting public pour le moment.» Harish Boodhoo répète cette phrase à tous les journalistes qui l?interrogent sur son fameux dossier, ramené de Londres. Pourtant la bande-annonce avait promis des révélations fracassantes dans le courant de la semaine écoulée.

Tout ce que Boodhoo laisse échapper, c?est que ce dossier a été compilé après une série d?entretiens dans la capitale britannique. « J?ai rencontré Teeren Appasamy de même que des proches des personnalités politiques. Certains, dégoûtés par l?attitude de leurs proches, ont choisi de tout déballer... »

Si au départ, Boodhoo nous avait déclaré qu?il n?irait ni à la police ni à l?Icac, « préférant le tribunal populaire », force est de constater qu?il a changé d?avis cette semaine. Mercredi, il a rencontré le commissaire de police de même que des enquêteurs de l?Icac. Il a demandé un rendez-vous avec Navin Beekharry au retour de ce dernier au pays. « Il se pourrait que des anciens ministres soient interrogés dans pas longtemps » Valayden explique que les procédures seront suivies : « Les autorités feront leur travail, de même que le public sera informé. »

La « hit-list » comprendrait plus d?une quinzaine de politiques, dont des anciens ministres travaillistes, des actuels ministres et députés. Paul Bérenger, la cible prioritaire de l?opposition, n?y figure pas.

A défaut d?être rendu public, le dossier alimente toutes sortes de rumeurs dans le paysage politique. Des propos hautement diffamatoires... A moins que Boodhoo consente à lever le voile et arrive à fournir les preuves nécessaires. Attendons voir le dégel.

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