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Allergies : un homme informé en vaut deux

14 janvier 2004, 20:00

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DEPUIS que Sarojini B., jeune consommatrice de Curepipe, a découvert, après de nombreux examens médicaux, qu?elle était allergique aux arachides, elle prend un soin particulier à choisir ses produits alimentaires, surtout les biscuits et confiseries. Ce qui agace quelque peu son époux qui ne voit aucune différence entre les nombreux emballages et qui ne comprend pas cette perte de temps au supermarché. Mais Sarojini est bien placée pour savoir que la meilleure protection, pour une personne allergique, c?est de s?informer et de toujours vérifier la composition des aliments.

Si Sarojini affectionne les biscuits provenant des pays européens, sa tâche sera quelque peu facilitée à partir de novembre 2004. A cette date, en effet, les fabricants européens auront pour obligation de mentionner les composants allergènes sur les étiquettes de leurs produits alimentaires, même s?ils ne sont présents qu?à très faible dose. Cela fait suite à la directive 13/2000/CE, adoptée en juillet et promulguée en novembre de l?année dernière par le Parlement européen.

Cette décision, il convient de le souligner, résulte d?une longue lutte des associations, particulièrement françaises, militant pour la prévention des allergies. Leur grand combat a été pour un étiquetage informatif, compréhensible et honnête des produits alimentaires. Car, pour éviter une allergie alimentaire, le seul traitement efficace est de se garder de consommer l?allergène ? cela est l?évidence même. Mais encore faut-il être informé de sa présence dans un aliment. D?où la nécessité d?une information claire et précise sur la composition des produits? assortie d?une vigilance permanente de la part du consommateur.

Or, à ce jour, l?étiquetage en matière de composition est des plus flous. Il est ainsi possible de désigner certains produits par leur catégorie, le fabricant pouvant se contenter, par exemple, d?indiquer ?huile végétale? sans avoir à préciser l?origine spécifique de celle-ci (arachide, palme, soja). Prenons tel paquet de gaufrettes fourrées enrobées de chocolat fin : la liste des ingrédients débute par la mention ?chocolat 40 %?. Soit. Mais l?on ne dit pas comment ce chocolat est fabriqué, s?il contient du lait, responsable d?allergie chez de nombreuses personnes?

?La règle des 25 %?

Sur un autre emballage, la composition du chocolat est bien détaillée (sucre, beurre de cacao, pâte de cacao, poudre de lait écrémée, matière grasse de lait, lactosérum en poudre, émulsifiant : lécithine). Voilà qui est mieux, mais l?on ne saura pas si cette lécithine est à base de soja ou d?oeufs, autres allergènes notoires?

Autre lacune :l?absence d?étiquetage des supports d?additifs ou d?arômes. Ce sont, il est vrai, des ingrédients présents en très faible quantité mais il a été prouvé qu?une dose infime peut suffire à déclencher une réaction allergique.

Et que dire, enfin, de la mention ?peut contenir...?, ?traces possibles de...? ou encore, ?présence éventuelle de?? Cet étiquetage dit préventif a pour but de traquer les allergènes ?fortuits?. Par exemple, si des biscuits aux noisettes et des biscuits au beurre sont fabriqués sur la même ligne de production, les seconds peuvent éventuellement contenir des traces de noisettes. Mais la formulation reste floue pour le consommateur. Du moins jusqu?à fin novembre 2004, date à laquelle il sera informé de la composition complète des aliments. Par ailleurs, la ?règle des 25 %? ? selon laquelle il n?est pas obligatoire de mentionner dans l?étiquetage les produits entrant dans la composition d?un ingrédient composé qui représente moins de 25 % du produit alimentaire fini ? sera abolie. Il sera fait obligation aux fabricants d?indiquer tout ingrédient présent dans au moins 2 % du produit fini.

Le Parlement européen a fixé une liste de douze ingrédients susceptibles de provoquer des allergies ou des intolérances : céréales contenant du gluten, crustacés, arachide, soja, oeufs, lait et produits laitiers (y compris lactose) poissons, fruits à coque, (amande, noisette, noix...), graines de sésame, sulfites, cèleri, moutarde. La présence de ces ingrédients ou de leurs dérivés devra être indiquée dans l?étiquetage avec une référence claire à leur origine (exemple : ?lécithine de soja?). La présence de ces allergènes devra être signalée, même lorsqu?ils sont introduits comme ingrédient d?arôme ou support d?additif.

Voilà qui tranquillisera les consommateurs de produits alimentaires européens. Pour ce qui est des produits alimentaires mauriciens, il faudra encore attendre. Les allergènes embusqués ont encore de beaux jours devant eux...

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Pourquoi y a-t-il plus d?allergies alimentaires ?

  • D?après un médecin épidémiologiste de l?Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), ?la progression des allergies s?explique d?abord par des modifications du comportement social?. L?allaitement maternel a été délaissé. Or, son effet protecteur pour éviter le développement des allergies a été démontré même si certains auteurs continuent à le contester. Ensuite, la diversification de l?alimentation des enfants a été trop précoce. Enfin, l?aseptisation croissante de notre environnement pourrait avoir provoqué une modification de notre profil immunitaire. Cette théorie ?hygiéniste? reste cependant très discutée.

Il y a ensuite un volet économique. L?internationalisation a introduit dans notre alimentation des produits nouveaux comme le kiwi ou le sésame. Par ailleurs, la consommation d?aliments issus de l?industrie agroalimentaire est de plus en plus fréquente. Il s?agit de produits complexes qui exposent le consommateur à des allergènes ?masqués? : des ingrédients protéiques (blanc d?oeuf, poudre de lait, caséine, farine de lupin?), ou des allergènes qui proviennent de contaminations au moment des récoltes, du stockage ou de la fabrication. (Source : ?60 millions de consommateurs?).

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