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Il y a une semaine, Dravin Ramsamy, 32 ans, s?est retrouvé dans les 50 premiers dans la catégorie Idea Competition au GoldenDrum, un des grands festivals publicitaires annuels?. Cette compétition qui a eu lieu en Slovénie a accueilli plus de 3 000 entrées de participants, toutes catégories confondues. Venant de 42 pays. Sa performance est remarquable car les autres qualifiés dans cette catégorie sont des représentants de grosses agences de publicité, et non des individuels.
Une seule raison a convaincu ce jeune homme discret d?être dans nos pages ; dire aux jeunes qui débutent dans la publicité à Maurice qu?ils ont peut être aussi du potentiel. Même s?ils n?arrivent pas à en être convaincu à Maurice.
Retour en arrière. En 1996, il part étudier les beaux-arts en Afrique du Sud. Après son diplôme, il se tourne cette fois vers la publicité. Il tente sa chance à l?AAA School de Cape Town, une des plus grandes écoles de publicité de l?Afrique du Sud. Les critères d?admission sont rudes. Il y est admis. Pourquoi la publicité ? ?Il n?y a rien de mieux. C?est vaste. Ca englobe la musique, les beaux-arts, bref tous les métiers artistiques?, raconte-t-il, les yeux soudain lumineux.
Alors, des regrets d?avoir étudié les beaux-arts d?abord au lieu de se lancer directement dans la pub ? ?Non. Au contraire, cela m?a rendu plus créatif. Du reste, les meilleurs créatifs du monde publicitaire ne viennent pas de la publicité justement. Ils ont été écrivains, journalistes? Et puis, j?ai fait l?école de publicité uniquement pour connaître les bases.?
La créativité, est-elle innée? ?Pas forcément. Il n?y a rien d?exceptionnel, n?importe qui peut la développer. Il faut travailler dessus. Se brainstorm tout seul. Il faut être une éponge, absorber tout ce qui est autour de nous.? Et c?est quoi être créatif en publicité ? ?Ce n?est pas copier ce qui se fait à l?extérieur. Il faut être très terre à terre. Quand on feuillette des magazines de publicité, il faut le faire juste pour voir la tendance, avoir des idées, mais pas les piquer !?
Et son idée d?une bonne publicité ? ?Elle doit être simple et compréhensible. Il faut sonder les préférences des gens d?abord. En publicité, on n?impose pas.?
Et la polémique autour de la publicité de Benetton qui montrait une femme et un homme dans une position lascive. On se souvient que, quelques jours après son apparition sur les panneaux d?affichage, elle avait été recouverte. Qu?en pense Dravin? ?J?ai l?impression que la pub était destinée aux magazines féminins et non pas pour être placardée dans les rues? Il ne faut pas provoquer pour l?envie de provoquer. On peut choquer tout en respectant. Il faut du respect pour le consommateur. Si quelque chose ne marche pas, on change. Il n?y a que des idiots qui s?en tiennent à leurs idées?.
Et quid des pubs avec des femmes dénudées. ?C?est la voie la plus facile. J?appelle ça du créatif paresseux.?
Place à son regard sur la publicité mauricienne. Les points positifs d?abord. Il fronce les sourcils. Réfléchit. Grimace. ?Je ne sais pas. Je n?en ai pas vus encore.? Pour ce qui est des points négatifs, il est soudain plus loquace. ?C?est trop eurocentrique. (NdlR : centré sur l?Europe?.) Ça ne reflète pas la société mauricienne. Qui plus est, il y a trop d?éléments. Il y a un mélange de typographies??
?Il ne faut pas provoquer pour l?envie de provoquer. On peut choquer tout en respectant. Il faut du respect pour le consommateur. Si quelque chose ne marche pas, on change...?
Aujourd?hui, Dravin est directeur artistique en free-lance. Free-lance. Il tient à le préciser. C?est qu?il a galéré le jeune homme. Non pas qu?il ait tardé à se trouver du travail une fois rentré à Maurice. Bien au contraire. Mais son expérience avec les agences de publicité mauriciennes lui a laissé un goût amer dans la bouche. ?Ce n?est pas parce qu?on vous paie qu?on achète votre âme : Je présente mes idées. Le client approuve, mais mon directeur la rejette. Dites-moi comment je peux travailler comme ça. Je ne suis pas rebelle mais qu?on me laisse faire mon métier. A cause de cet ego démesuré de certains publicitaires mauriciens, les vrais créatifs quittent Maurice.?
En tant que freelance, est-ce facile de décrocher des contrats ? ?C?est vrai que ce n?est pas très facile. Il y a beaucoup de gens ici qui préfèrent partir vers les grosses boîtes. Alors que les freelance ont beaucoup plus de temps à leur consacrer.?
Pour en revenir au GoldenDrum, certains membres du jury l?étaient aussi au Festival de Cannes de la pub. ?Si ces personnes-là comprennent ce que je fais, les Mauriciens font tout pour me casser le moral, eh bien, je préfère travailler avec les étrangers.?
Ambitieux, Dravin vise maintenant Cannes. ?Ça peut faire sourire quelques uns? ça va faire sourire les imbéciles.? Dravin, lui, a confiance. ?Je crois en mes idées?, dit ce jeune homme ?super timide dans la vie, mais expansif quand je parle de publicité.?
GoldenDrum, Cannes... Est-ce pour prouver aux autres qu?il vaut quelque chose ? ?C?est pour le prouver à moi-même d?abord. Je ne vis pas que pour gagner des prix. Mais, c?est vrai que je suis fatigué d?être traité par dessous la jambe. Moi, je sais ce que je dois faire pour être meilleur. Ce que quelques Mauriciens pensaient de mon travail, je n?en ai rien à cirer.? C?est vrai : pas nécessaire de sourire quand on voit la volonté du jeune homme. Du reste, deux de ses amis de classe en Afrique du Sud ont déjà gagné à Cannes. Et s?il devenait le troisième ?
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