Publicité

Alizée, victime d?une infection diagnostiquée trop tard

25 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Marie-Annick SAVRIPÈNE

La venue au monde d?un enfant désiré constitue un bonheur immense pour ses parents. C?était le cas pour Jean-Marc Ah Foo et sa compagne Pamela qui se faisaient une joie de donner une petite s?ur à leur fils d?un an et demi. Mais peu de temps après la naissance, le bébé présente des signes d?une infection virale qui, diagnostiquée avec du retard, a entraîné des lésions cérébrales irréversibles mais dont on ignore encore la gravité. Récit d?un drame qui aurait pu être évité par la vigilance?

Jean-Marc Ah Foo, professionnel de l?hôtellerie, s?apprêtait hier à quitter l?établissement de soins où lui, son épouse et la petite Alizée, deux mois, ont passé les 21 derniers jours. «Pamela est plus forte que moi. Il m?arrive de craquer parfois», confie cet homme de 42 ans qui était ravi à l?idée d?avoir cette fois une fille.

La grossesse de Pamela se déroule sans anicroche. «Les photos d?échographie montrent un bébé parfait. C?est aussi le cas à sa naissance, le 25 septembre dernier, dans un centre de soins privé.» Le nourrisson pèse 3,2 kilos et est en parfaite santé. Trois jours après, la mère et son bébé sont autorisés à rentrer à la maison.

Peu de temps après, le bébé, qu?ils nomment Alizée, présente les signes d?une jaunisse. Comme celle-ci a l?air de durer, les parents emmènent l?enfant chez son pédiatre. Celui-ci recommande une admission au centre de soins où Pamela a accouché pour un traitement de photothérapie de deux jours au cours desquels le bébé serait placé en couveuse. Ses parents se plient à cette recommandation.

Nourrie à la seringue

Le 2 octobre, la petite famille regagne son domicile. Mais le lendemain, le bébé présente de petites rougeurs sur le nez. Ses parents ne s?en inquiètent pas outre mesure. Le 4 octobre pourtant, les rougeurs ont cédé la place à des petits boutons purulents sur la joue, le front, sous le nez. Alizée est agitée, salive beaucoup et boit peu.

Jean-Marc et Pamela obtiennent un rendez-vous avec le pédiatre le lendemain. Le praticien diagnostique une infection cutanée et prescrit deux médicaments, l?un destiné à arrêter l?importante sécrétion salivaire et l?autre, une crème à appliquer après avoir ouvert les boutons.

Pendant cinq jours, les parents appliquent ces remèdes à leur bébé. Si les boutons s?assèchent, Alizée continue à saliver et à s?alimenter à peine. Fous d?inquiétude, Jean-Marc et Pamela consultent un autre pédiatre qui les réfère à un dermatologue et leur demande de revenir vers lui ensuite.

Le dermatologue diagnostique une varicelle et donne un traitement approprié. Lorsque les parents d?Alizée retournent vers le deuxième pédiatre, celui-ci fait état d?une «infection assez grave» et réclame l?admission en urgence d?Alizée dans un autre centre de soins privé.

Les nombreux examens réalisés indiquent que le bébé a contracté une infection virale qui s?est incrustée dans son cerveau. Le pédiatre et un neurologue suivent Alizée pendant dix jours et les médicaments prodigués sous perfusion calment ses crises.

«Le cerveau est très abîmé»

Durant la dernière semaine d?octobre, les parents sont autorisés à regagner leur domicile avec le bébé. Peu de temps après, Pamela fait une complication post-accouchement et doit être admise dans un centre de soins. C?est toute la famille qui s?y retrouve. À leur sortie, les parents notent qu?Alizée ne s?alimente plus. Ils sont alors obligés de la nourrir à la seringue.

Retour vers le centre de soins privé où Alizée est remise sous traitement. Le pédiatre réclame un CT Scan du cerveau du bébé. L?examen révèle bon nombre de lésions imputables au virus de l?herpès simplex ou HSE1 qui a occasionné une encéphalite herpétique chez le bébé. Une Imagerie à résonance magnétique confirme ce diagnostic.

«Les médecins ne peuvent quantifier les dégâts mais le cerveau est très abîmé. Alizée aura probablement des problèmes moteurs. Déjà elle n?arrive pas à téter et qu?elle doit être nourrie par sonde naso-gastrique. Lorsqu?elle est éveillée, elle a de petites crises, des écarts de température et pleure nerveusement. Je n?ose même pas penser à ce qu?elle deviendra», déclare son père, atterré.

Jean-Marc et Pamela ignorent comment Alizée a pu contracter ce virus. Ce qui est sûr, c?est que le bébé a dû être touché par une personne contaminée à l?herpès simplex. Ils comptent se rendre à la Réunion dans les prochains jours pour consulter un neuro-pédiatre et voir les autres possibilités de traitement. «Nous continuerons le traitement avec beaucoup d?amour pour notre enfant?»

L?herpès en bref

N?importe quel virus peut occasionner une encéphalite virale et attaquer le cerveau. L?ampleur du mal dépendra de la gravité de l?infection et de la localisation du virus dans le cerveau. Au cas où le virus affecterait peu le cerveau, les signes cliniques peuvent être minimes : petits troubles de la coordination ou du comportement, une faiblesse généralisée dans les membres ou une légère somnolence. Au cas où le virus serait plus virulent, le cerveau sera sévèrement atteint et les signes cliniques peuvent alors être plus importants, évoluant vers un état comateux, des crises d?épilepsie et laisser comme séquelles un retard psychomoteur avec retard mental et des troubles de la motricité.

Il y a deux types d?herpes. Celui connu comme Herpès Zoster se retrouve dans la varicelle. Dans de rares cas, il cause des encéphalites. Ce virus peut rester des années dans l?organisme et lorsque le sujet est surmené ou immunodéprimé, il peut ressortir sous forme de zona. L?herpès simplex peut être banal et apparaître comme un bouton de fièvre au bord des lèvres ou sur les parties génitales. Dans la majorité des cas, l?herpès simplex est bénin. Si un des deux parents d?un bébé est infecté à l?herpès simplex, le bébé peut contracter le virus. Et comme un bébé a un système immunitaire très faible, il ne pourra lutter contre le mal.

La seule façon d?empêcher la contamination est de se laver les mains avant de manipuler un bébé. Le personnel médical et paramédical doit, lui, veiller à ne pas passer d?un enfant à un autre sans se laver au préalable les mains. Les personnes présentant un bouton de fièvre ou ayant déjà contracté une encéphalite virale dans le passé, doivent éviter d?être en contact avec des bébés. Bref, il faut une hygiène de vie au quotidien.

Publicité