Publicité
Alex Bhujoharry : un autre centenaire non célébré
Par
Partager cet article
Alex Bhujoharry : un autre centenaire non célébré
En août/septembre derniers, cette chronique signalait l?hommage rendu par L?Aurore, le magazine de la Mission catholique chinoise, à deux quasi-centenaires, à l?occasion de leur décès. Il s?agissait du Dr Maxime Shun Shin, décédé le 13 avril 2006, à seulement six mois de son centième anniversaire, le 28 novembre dernier, et de M. Yeung Sik Yuen, décédé au début de mai dernier, à l?âge de 98 ans car il voit le jour, en 1908, à Meixian, dans la province chinoise de Guangdong. A la suite de la parution des articles qui leur sont consacrés, un lecteur signala que nul journal ne faisait mention, cette année, du centième anniversaire de la naissance d?Alex Bhujoharry et de Mgr Jacques Giraud. La Vie Catholique a depuis réparé l?oubli, concernant ce dernier (voir sa livraison du 6 octobre 2006). Le rappel des élections municipales et de la visite de la princesse Margaret, en septembre 1956, et la publication intermittente de cette chronique historique n?ont pas permis de parler plus tôt du pédagogue hors pair que demeure Alex Bhujoharry dans la mémoire vive de ses dizaines de milliers d?anciens élèves, dont nombreux sont ceux appelés, aujourd?hui encore, à occuper les plus hautes et plus délicates fonctions professionnelles.
Nous ne savons d?où notre correspondant tient son information qu?Alex Bhujoharry voit le jour en 1906 car son biographe attitré, le Dr Jean Georges Prosper, indique la date du 17 janvier 1905 et même le lieu de sa naissance, une ?maison à étage, de type romain?, à la rue de Chartres. C?est d?ailleurs cet opuscule qui nous sert de référence pour essayer de réparer cet énième oubli impardonnable : l?absence de toute commémoration, en 2005 comme en 2006, du centième anniversaire de la naissance de Julius Alex Bhujoharry.
Alex Bhujoharry est aussi répétiteur, aux Vacoas, chez un propriétaire de chevaux de selle. Il en profite pour faire de l?équitation. Tout va pour le mieux jusqu?à ce qu?une chute lui vaut un séjour à l?hôpital et une infirmité.
Son père, Jean Arthur Bhujoharry, est éducateur comme lui. Il est un intellectuel versatile, un fin linguiste, à l?aise en anglais, en français, en sanscrit, en hindi, en tamoul, en télégou. Il fait partie de l?encadrement supérieur des Douanes. Il est ensuite attaché au consulat anglais à la Réunion et remplace, à plusieurs reprises, le consul. Ses talents de polyglotte le désignent d?office comme interprète de la Cour Suprême. Il prend sa retraite prématurée pour prendre charge de l?école primaire de la Soonee Surtee. En 1924, il fonde le collège Bhujoharry. Son fils Alex va alors sur ses 20 ans.
Jean Arthur Bhujoharry épouse, pendant les années de transition entre XIXe et XXe siècles, Marie Emilienne Caillaud, de souche française, car sa mère, Françoise Maréchal, est née à La Rochelle. Le couple Bhujoharry-Caillaud a plusieurs enfants dont l?aîné, Louis Octave, le 5e, Alex, et la benjamine, Jeanne Wilhelmine, la future épouse de M. Bru.
Alex Bhujoharry grandit à Curepipe. Il fait ses études primaires à domicile. Il a 14 ans quand éclate la pandémie de grippe espagnole, devant faire autant de victimes que la Guerre 1914-18. Le collège Royal de Curepipe est alors transformé en hôpital et son bibliothécaire, Octave Bhujoharry, est affecté au service hospitalier.
Il fait ses études secondaires au collège Lamalétie, à Curepipe et passe avec succès ses examens de Junior Cambridge. La venue à Maurice, en 1920, des acrobates de la troupe Cotterel, le détourne de ses études, au grand dam de son paternel. Il ne jure plus que par trapèze, anneaux, barres parallèles, exercices de souplesse et d?équilibre.
Son besoin d?indépendance et d?autonomie, le pousse à chercher un emploi malgré son jeune âge. La pharmacie Mauguéret l?embauche. Il passe aisément les premiers examens d?élève en pharmacie. Ses condisciples se nomment Samuel Barbé, Cartwright, Duchesne, d?Espagnac. Il prend goût à l?art de « médicamenter ». Il est le préféré du patron mais se fait quand même virer pour refus de dénoncer un collègue, ayant un fort penchant pour la dive bouteille, et que le patron accuse d?avoir vidé, à lui tout seul, un tonneau de vin, dans la cave de la pharmacie. Mauguéret maugrée mais doit le laisser partir.
Qu?à cela ne tienne, il sera marin pour devenir, plus tard, amiral. Il obtient un emploi de mousse à bord du Gwydyr Castle, voilier à quatre mâts. Six mois après, il abandonne la carrière de marin. Il ne peut supporter plus longtemps l?exploitation des mousses par les matelots et les officiers.
Il revient à ses études et émerveille son entourage par ses progrès rapides en anglais, grec et latin. Il accepte parallèlement des tâches de répétiteur, notamment chez les Toorawa qui habitent, alors, en face du jardin botanique de Curepipe. Il est aussi répétiteur, aux Vacoas, chez un propriétaire de chevaux de selle. Il en profite pour faire de l?équitation. Tout va pour le mieux jusqu?à ce qu?une chute lui vaut un séjour à l?hôpital et une infirmité, mettant fin prématurément à sa carrière sportive, pour le moins turbulente.
En 1924, son père crée le Collège Bhujoharry et s?installe au Port Louis. Il fait partie du corps professoral du nouveau collège, tout en travaillant comme répétiteur. Un de ses élèves est le futur Dr Moossa Ibrahim Rajah. Le succès aidant, le Collège Bhujoharry quitte la rue Condé pour l?angle des rues Rémy-Ollier et de La Corderie. En 1926, il compte 300 élèves, dont André Leong Son, futur greffier de la Cour suprême. Les locaux deviennent trop exigus. Il s?installe à l?angle des rues Suffren et de l?Eglise. Ses élèves raflent les prix aux examens organisés par le département de l?Instruction Publique. Parmi ses élèves les plus brillants, figurent Harilal Ramchordas Vaghjee et France Empeigne. Alex Bhujoharry collectionne également les succès scolaires et seule sa faiblesse en mathématiques l?empêche de décrocher son Inter. B.A. en anglais, français et latin.
1928... Nouveau changement de locaux. Le Collège Bhujoharry s?installe à l?angle des rues de l?Eglise et d?Estaing. En 1930, la School du Collège Royal ouvre ses portes à la rue Edith-Cavell, sans toutefois lui porter préjudice. Mais en décembre 1930, l?atmosphère familiale se détériore chez les Bhujoharry. Alex quitte son père et crée le collège Saint-Louis avec Jérôme Arékion, Victor Picard et les Lutchman. Il s?installe à l?angle des rues Suffren et l?Eglise, à l?arrière du vieux Luna Park. Le collège du fils se remplit mais en vidant celui de son père. Il songe toujours au B.A. Hons. M. Lalouette, le surintendant des écoles, le félicite d?être le premier Mauricien reçu en anglais au niveau de l?Inter. B.A. Il lui conseille de se faire aider en mathématiques par Edgar Hermans, futur Accountant General.
L?adversité le frappe à nouveau en 1931, sous la forme d?une attaque d?ostéoarthrite. Il assiste impuissant au pillage de son collège Saint-Louis. Les créanciers l?assaillent. Il doit leur abandonner l?épave de son établissement scolaire. Il doit tout recommencer à zéro.
(à suivre)
Publicité
Publicité
Les plus récents