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Alerte aux médicaments de contrebande
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Alerte aux médicaments de contrebande
Selon une enquête réalisée par l?Organisation mondiale de la santé (OMS) entre janvier 1999 et 2000, 40 % des faux médicaments circuleraient principalement en Afrique et en Asie, où les autorités de contrôle manquent souvent de moyens pour débusquer les produits frauduleux, mais aussi dans les pays développés.
Selon la Food and Drug Administration, aux États-Unis, le commerce illégal de faux médicaments engendrerait désormais un chiffre d?affaires annuel de 32 milliards de dollars (27,5 milliards d?euros).
Il y a d?abord eu, en 1998, la saisie par les douanes françaises d?une petite quantité de médicaments contrefaits. Puis la découverte, l?année suivante à l?aéroport d?Orly, de 2 016 faux stéthoscopes et autres tensiomètres destinés à être écoulés sur le marché français.
Et, plus récemment, des rumeurs persistantes évoquant un trafic de faux comprimés de Viagra commandés via Internet et livrés de l?étranger par La Poste. Autant de signes laissant craindre que la contrebande de produits frauduleux, jadis cantonnée aux pays en voie de développement, n?arrive peu à peu aux portes de l?Europe.
?Pour l?instant, il semble que le phénomène reste encore très marginal en France, explique Guil-laume de Durat, adjoint au secrétaire général du Leem, syndicat regroupant les industriels du médicament. Mais l?élargissement prochain de l?Europe risque de poser le problème de la qualité des produits commercialisés, avec d?autant plus d?acuité que ceux-ci pourront être librement reconditionnés. Dès lors, il deviendra en effet difficile de tracer les médicaments éventuellement frauduleux à travers le continent.?
L?an dernier aux États-Unis, le laboratoire GlaxoSmithKline a été mis en alerte par la découverte de flacons censés contenir des comprimés employés dans le traitement d?infections par le virus du sida, qui renfermaient en fait une tout autre molécule.
Les substances les plus récentes et les plus coûteuses ? hormones, stéroïdes ou antihistaminiques, notamment ? sont, dans les pays riches, les plus volontiers contrefaites. L?OMS assure ainsi que Viagra, pourtant disponible sur simple prescription médicale, ?est aujourd?hui le médicament le plus largement contrefait?.
Un faux vaccin provoque 2 500 décès
Les conséquences sanitaires de cette contrebande demeurent, dans les pays riches, sans commune mesure avec celles recensées en Afrique ou en Asie, où les faux médicaments représenteraient jusqu?à 25 % des substances administrées. En 1995 au Niger, on estime par exemple que l?inoculation de 50 000 doses d?un vaccin frauduleux contre la méningite offert par un autre pays a provoqué 2 500 décès. La même année, un sirop censé être à base de paracétamol et contenant en fait un composé chimique toxique, le diéthylène de glycol, aurait provoqué 89 morts à Haïti.
La contrefaçon de médicaments utilisés pour combattre des maladies mortelles comme le paludisme ou le sida semble particulièrement fréquente. Récemment, une étude a ainsi montré que 40% des produits censés être à base d?artémisinine ? la dernière molécule encore vraiment efficace contre les parasites les plus résistants de la malaria ? ne contiennent, tels qu?ils sont commercialisés dans les pays en voie de développement, aucun ingrédient actif. Ce qui les rend totalement inopérant.
?Notre expérience nous enseigne que ces contrefaçons sont généralement le fruit de petites unités de production, dissimulées dans l?arrière-cour des maisons ou à l?abri de petits laboratoires, explique-t-on à l?OMS. Ce qui complique beaucoup la lutte contre cette dangereuse contrebande.? Quelques pays toutefois, multiplient les efforts : la Chine assure ainsi avoir fermé des dernières années pas moins de 1 300 unités de production illégales, et fait disparaître ainsi l?équivalent de 57 millions de dollars de faux médicaments (49 millions d?euros).
Mais beaucoup reste à faire et c?est d?ailleurs sur l?Asie que l?OMS entend, après l?Afrique, porter désormais ses principaux efforts. Du Vietnam à la Thaïlande en passant par le Myanmar, 26 % en moyenne des échantillons d?antituberculeux collectés de façon aléatoire ne satisferaient pas aux tests d?efficacité et d?innocuité pratiqués par les pouvoirs publics. En 2001, on estime que le Cambodge comptait plus de 2 800 marchands clandestins de médicaments, pour un millier de produits interdits.
Cyrille Louis
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