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Albion dévoile la mer 1

28 novembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Mal connaître la mer peut s'avérer très dangereux. Le 25 avril dernier, une touriste allemande l'a appris à ses dépens après avoir été piquée par un poisson-pierre (laffe laboue). La douleur est lancinante. Un pêcheur offre de l?aider. Il veut ouvrir la plaie avec un couteau et sucer le sang en plaçant un garrot en amont de la piqûre. Effrayée par cette méthode artisanale, la touriste préfère l?hôpital. Erreur fatale. Elle meurt avant d?y arriver, le venin ayant atteint son c?ur.

Comme cette touriste, la majorité des Mauriciens, des îliens, fait preuve d?une méconnaissance totale de la mer et en ont peur. Ce week-end, ils auront l'occasion d'apprendre, lors des journées portes ouvertes du centre de recherches d'Albion. Les visiteurs pourront utiliser gratuitement des bateaux à fond de verre. Un scientifique sera à bord pour leur expliquer l?écosystème marin et sa fragilité. Ils pourront toucher, attraper et manipuler des organismes marins, tel le concombre de mer (banbara) que certains sortent du lagon, en s?aidant souvent d?un bâton, et laissent mourir sur le sable. Ils ignorent sans doute qu'ils servent en quelque sorte d?aspirateur et nettoient le lagon des déchets végétaux notamment.

On espère que de cette manière les Mauriciens apprendront à connaître l?importance des ces organismes, y compris celle des oursins, qu?on détruit aveuglément. Cette méconnaissance n?est pas seulement dangereuse pour ces gens, mais également pour la mer qu?on est en train de tuer en la prenant pour une poubelle. Dhaneshwar Goorah, Principal Fisheries Officer et responsable du centre d?Albion est inquiet de la situation. C'est aussi le cas du ministre de la pêche, Sylvio Michel.

Notre lagon et le pays doivent en fait une fière chandelle à ce centre où travaillent une cinquantaine de scientifiques. Sans leur action, commencée en 1982, il n?y aurait plus de poisson « la Perle » , plus de gueules pavées, plus de crevettes de mer et une bonne partie de notre récif corallien aurait disparu depuis longtemps. Le centre élève depuis des années en bassin des gueules pavées et autres crevettes pour les relâcher ensuite dans le lagon.

«En raison du phénomène de surpêche, des poissons comme le gueule pavé disparaissent de nos lagons. De même pour les crevettes qu?on trouvait en grande quantité sur la côte est, de Quatre-S?urs à Mahébourg. On a annulé les 2 000 permis de pêche pour ces crevettes et on est en train de repeupler la région», explique Dhaneshwar Goorah.

Le public pourra d'ailleurs voir les bassins d?éclosion ce week-end et apprécier le travail entrepris pour préserver le récif corallien, pour le régénérer dans les régions où il a été victime de pollution. Il rencontrera les scientifiques qui plongent pour injecter de l?acide dans les étoiles de mer qui détruisent les coraux, notamment dans la région de l?île-aux-Cerfs. Ce sera aussi l'occasion de s'informer sur les nombreuses espèces de poissons toxiques et sur les mesures à prendre en cas de piqûres par les laffes et autres méduses.

Le Centre de recherches en deux mots

Le Centre de recherches d?Albion a un budget de fonctionnement d?environ Rs 20 millions avec un effectif de 120 personnes, dont 56 scientifiques. Il produit les juvéniles du camaron Rosenbergi pour les petits éleveurs et ses recherches portent non seulement sur nos lagons, mais également sur la pêche hauturière.

C?est ce centre qui a permis d'éviter la disparition du poisson «la Perle» du banc de Saya de Malha et de St-Brandon en imposant un quota de pêche et des restrictions sur la taille des prises. Il est aussi responsable des dispositifs de concentration de poisson (DCP) placés en haute mer afin d?encourager les pêcheurs à prendre des poissons pélagiques hors de nos lagons qui s?appauvrissent d?année en année.

Les techniciens forment les pêcheurs pour qu'ils utilisent ce dispositif et leur apprennent à naviguer à la boussole, chose que les pêcheurs des lagons ne connaissent pas. Ainsi, sur 2 200 pêcheurs du pays, plus de 600 pêchent maintenant auprès des DCP et leurs prises sont trois fois supérieures à celles des pêcheurs du lagon.

Le centre contrôle la pêche hauturière, notamment sur les bancs et suit de près l?état de santé de nos récifs et de la qualité de l?eau dans les lagons des plages publiques et des hôtels. Il est aussi responsables du balisage du lagon pour les baigneurs : les bouées jaunes indiquent que la zone est sans danger alors que le rouge et noir indique que la zone est dangereuse. Ce sont enfin les chercheurs du centre qui ont indiqué que le lagon de Pointe-aux-Sables à Baie-du-Tombeau est impropre à la baignade en raison de la pollution.

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