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Alain Romaine explore la religion populaire

22 février 2004, 20:00

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Alain Romaine a récemment lancé Religion Populaire et pastorale créole à l?île Maurice. Paru aux éditions Karthala, cet ouvrage de 155 pages traite explicitement de religion, l?image de la couverture renvoyant instantanément à un lieu de mémoire de la terre mauricienne qui ne peut passer inaperçu. Il s?agit du Morne, le nouteka mythique. Qui nous relie à toutes ces terres cousines, de même destinée, où se dresse un Morne.

Le symbolisme de la tache rouge évoque la souffrance vécue par une section de notre peuple. Et, tout particulièrement une période innommable, dont on rêverait qu?elle n?eût jamais existé. Cette plage d?Histoire Noire qu?on nomme Esclavage. Aujourd?hui reconnue par les efforts de l?Unesco et de Doudou Dienne, comme Crime contre l?Humanité. A l?heure même où l?actuel Directeur de cette instance, Koïchiro Matsuura, séjourne dans l?île, et survole en pèlerinage ce lieu, pour le proposer comme Patrimoine mondial de l?Humanité. Lieu où les esclaves marrons s?abritaient pour ne pas être repris par les Maîtres. D?où ils se jetèrent à l?eau, par méprise, de peur d?être à nouveau enchaînés. Ils sont les pierres-fondement d?une mémoire reconstituée de leurs terres arrachées. De ce qui pouvait leur rester de mémoire après l?endurance de ce traitement inique !

?Les Créoles dont il est question dans cet ouvrage sont les parents pauvres?, lit-on en 4e de couverture, d?une île Maurice dont la prospérité actuelle étonne plus d?un observateur. Lointains descendants d?esclaves arrachés aux côtes orientales africaines, ils mènent une existence difficile.? Ils jurent par Dieu ?Tou dan la mé Bondié? Mais pratiquent à la fois une ?religion populaire? qui ne réjouit pas toujours les autorités ecclésiastiques, selon Alain Romaine. Il s?agit en somme de ?prendre au sérieux l?expression religieuse des Créoles comme une dimension inhérente à leur mentalité et leur conception de vie?, dans les mots mêmes de l?auteur.

Sans entrer dans les considérations purement religieuses de cette apologie de la pratique religieuse populaire par le catéchète et théologien mauricien, le lecteur se verra en présence d?une mine d?informations, mises pour la première fois en exergue. Elles apportent un nouvel éclairage sur la vie de ces défavorisés, et sur leur lutte au long de l?histoire, et celle quotidienne. Pour seul exemple, s?il le fallait, les pages 40-41. Elles partent d??un préalable

incontesté : le mal existe? , répertorié par 500 récits, signifiant, en raccourci, qu?il y a toujours ?kikenn ape fer mesanste?. ?L?on peut suivre les rites pratiqués pour conjurer le mal. Ce qui implique des spécialistes dans des domaines divers, connaisseurs aux pouvoirs sacrés, reconnus comme capables d?évoquer les esprits ? Cette pratique étant ?une manière de se protéger?.

Avec ce livre, on est en présence d?une recherche rigoureuse, tant pour la reconnaissance d?un groupe dans son entité, de l?homme, que pour sortir Dieu ?du tombeau où on l?enferme?, pour parodier un auteur dont le nom nous échappe.

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