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Alain Muneean, directeur de Terre de Paix
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Alain Muneean, directeur de Terre de Paix
Comment expliquer que la famille se porte aussi mal en 2005 ?
Plusieurs facteurs peuvent l?expliquer mais je dirai que la précarité a une influence directe sur la constitution de la famille. De plus en plus de personnes ne sont pas assez mûres pour entrer dans une relation et faire des enfants de nos jours. Mais elles le font. C?est apparent dans toutes les classes sociales mais en particulier chez les défavorisés. Et cette précarité a une influence directe sur la famille.
Les autorités en sont-elles conscientes ?
Par le biais d?indicateurs économiques, l?Etat le sait. Autrefois, quand un enfant échouait dans son cycle primaire, il pouvait se faire embaucher dans une usine ou dans l?industrie sucrière où l?on ne recherchait pas de compétences spécifiques. Aujourd?hui, ces deux pôles de l?économie ont été durement touchés et l?Etat se retrouve avec une masse de personnes sans compétences et sans maturité qui forment des familles. Cela l?a forcé à réagir, d?où la réforme éducative ou encore l?introduction du créole. Mais ces mesures sont insuffisantes.
Cette fragilisation des familles a-t-elle un impact direct sur l?ONG que vous dirigez ?
Oui, nous nous retrouvons avec davantage de demandes pour les places à remplir. Nous notons aussi que le profil des enfants demandeurs d?encadrement a changé. Il ne s?agit plus d?enfants venant de familles désunies mais d?enfants des rues. Si la Sécurité sociale les a dénombrés à 6 500, il faut multiplier ce chiffre par quatre pour avoir une estimation de la réalité.
Ces enfants ont développé un mode de vie qui leur est propre, de même que des comportements déviants. Par exemple, la majorité inhale de la colle. Ces enfants de rue posent une nouvelle problématique. On ne peut les admettre en grand nombre dans une institution car ils risquent de déstabiliser les enfants déjà resocialisés et mettre en péril toute la structure.
Que faire pour éviter que ce phénomène ne s?aggrave?
La Sécurité sociale a formé des travailleurs sociaux pour aller à la rencontre de ces enfants de rue. Mais je crois que le plus important est de mettre sur pied des maisons spéciales pour les accueillir. L?Etat a les moyens et les ONG ont les compétences. Un partenariat entre les deux, défini par un encadrement légal et des normes pour régir les ONG, seraient à mon sens approprié. D?autres problèmes se posent aussi. Par exemple, il y a un nombre grandissant de naissances d?enfants séropositifs mais aucune institution pour s?occuper de ceux qui seront rejetés. Ce sont autant de questions auxquelles l?Etat doit réfléchir et s?attaquer.
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