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Air Mauritius veut exploiter Agaléga et St-Brandon

4 octobre 2006, 00:00

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Les doléances des Amis d’Agaléga accaparent à juste titre notre actualité de 2006. Ils se font volontiers les porte-parole des Agaléens pour témoigner toute leur frustration d’être considérés comme des citoyens de deuxième ordre ou encore des oubliés du développement économique. Nous n’avons pas oublié non plus le refus des autorités gouvernementales d’allouer quelques arpents à la firme IBL qui veut construire, sur Agaléga, quelques chalets rustiques pour accommoder les passagers d’une éventuelle liaison aérienne, entre Plaisance et Agaléga, liaison assurée par son avion Catovair. Elle aurait permis à la population agaléenne de se rendre à Maurice plus facilement, plus rapidement et plus fréquemment.

Le refus essuyé par IBL pourrait être d’autant plus vexatoire et même inique que, dans certains milieux, il est de plus en plus question que le gouvernement travailliste accorde, à des promoteurs sud-africains, les autorisations requises pour construire, toujours à Agaléga, un vaste établissement hôtelier, devant occuper une superficie infiniment plus grande que celle réclamée par IBL.

Ce projet sud-africain comporte aussi l’inconvénient majeur de permettre à des étrangers d’exercer une influence prépondérante dans l’administration d’une île lointaine, pourtant pièce maîtresse dans l’établissement de la zone économique exclusive de Maurice. Ceux, qui appréhendent cette occupation d’Agaléga par des étrangers, se souviennent plus particulièrement d’une tentative sud-africaine de coup d’Etat et de renversement du pouvoir aux Seychelles. Des mercenaires, entre autres, sud-africains s’étaient fait passer pour de simples joueurs de rugby du pays honni de l’apartheid. Il fallut tout le flair et la perspicacité d’une simple douanière seychelloise pour découvrir des armes sous les kilos de bonbons et autres friandises, devant être distribués aux enfants seychellois.

Ceux, qui ont suivi attentivement les développements du projet avorté d’IBL d’aménager un modeste établissement hôtelier à Agaléga, seront peut-être intéressés de savoir qu’en septembre-octobre 1981, Air Mauritius suivait de près ce projet de relier par avion non seulement Agaléga mais encore Saint-Brandon.

Des techniciens du Directorate of Overseas Survey, MM. Peter Stanizenko et Harry Green, ainsi que M. Max Derblay, du ministère des Terres se rendent ainsi à Agaléga et à Saint-Brandon. Ils supervisent l’installation d’appareils de mesures. Il s’agit de Doppler Fixings qui permettent d’enregistrer des données par satellite. Cette équipe doit également se rendre à Rodrigues.

Une piste d’atterrissage en herbe existe déjà à Agaléga. Elle est l’œuvre d’un administrateur seychellois, ayant déjà réussi à relier par avion Agaléga, non pas avec Maurice, mais avec Mahé, l’île principale de l’archipel des Seychelles.

A Saint-Brandon, les techniciens locaux et étrangers, pour ne pas dire anglais, ont identifié deux sites pour l’aménagement d’une éventuelle piste d’atterrissage. Le premier se trouve sur l’île, appelée Puits à eau, située non loin de l’île principale de Raphaël. L’alternative serait l’île aux Cocos située à l’extrémité sud de l’archipel.

Air Mauritius étudie entre-temps les caractéristiques des divers types d’avion, susceptibles de se prêter à une éventuelle desserte Plaisance-Agaléga ou Saint-Brandon. Le Twin Otter en service, en 1981, entre Plaisance et Rodrigues, pourrait assurer la liaison avec Saint-Brandon. Il faudra un autre avion pour desservir Agaléga. Il faudrait un avion de 30 à 40 places contre seulement 18 pour le Twin Otter. De plus et pour respecter les règles de sécurité, Air Mauritius doit réduire ces 18 places à une douzaine pour permettre au Twin Otter de prendre, à Plaisance, suffisamment de carburant pour permettre à cet avion de rentrer sain et sauf à Plaisance s’il n’a pu atterrir à Plaine Corail, pour une raison ou une autre.

Ce problème de carburant pèse lourd dans la rentabilité de la liaison aérienne Plaisance-Plaine Corail. Il doit être transporté par bateau à Port Mathurin et de là et par route et par camion-citerne jusqu’à Plaine Corail.

Une étude confirme à Air Mauritius la rentabilité du projet de relier Agaléga et Saint-Brandon à Plaisance par avion. Il faudrait toutefois respecter coûte que coûte l’environnement, la flore et la faune indigènes de ces deux îles. La ligne Plaisance-Saint-Brandon pourrait même être rentabilisée grâce à l’acheminement à Maurice, une ou deux fois par semaine, du poisson pêché dans les îles Cargados Carajos.

L’intérêt porté par Air Mauritius signifie dans une certaine mesure qu’on pourrait avoir perdu un quart de siècle en tergiversations et en autres valses-hésitations. Le problème c’est que, entre-temps, la population agaléenne a connu un développement humain et culturel significatif. Elle est de moins, en moins disposée à vivre en marge des progrès technologiques à notre disposition. La marginalisation, sinon l’exclusion dont ils s’affirment être les victimes, incitent le Père Jean Marie Labour, vicaire général du diocèse du Port Louis, de dire et de répéter que les autorités gouvernementales mauriciennes font avec nos frères et sœurs agaléens ce que des militaires anglais et étasuniens ont si tristement imposé à nos frères et sœurs chagossiens. Il n’y a donc pas de quoi pavoiser.

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