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Ainsi va l?île Maurice...
Ils ne viennent pas d?une communauté, mais de toutes. Les « exploités ». Utilisés par les autres. Leur place est menacée, ils le proclament. À l?approche des élections, on assistera de surcroît à une véritable inflation des revendications à caractère sectaire. C?est toujours un moyen de faire entendre sa voix, surtout dans une logique de marchandage. C?est d?ailleurs la principale arme de ces mouvements de revendication : la surenchère. Et parce qu?on a voulu d?un gâteau, personne ne trouve que sa part est satisfaisante. Et parce qu?on a voulu d?une unité dans la diversité, chacun voit prioritairement ce qui fait sa différence au lieu d??uvrer en faveur de l?unicité de la nation.
Encore faut-il qu?on puisse penser en termes de nation. Il existe aujourd?hui trop d?artisans d?angoisses collectives pour rendre possible cette idée de nation. Une idée qui nous manque. Une grande idée de nation que devraient nous proposer nos dirigeants. En sont-ils capables ? Quand on érige l?argent en mal, il est facile de faire miroiter les valeurs de la race. C?est parce qu?on n?est pas hindou, musulman ou catholique? qu?on n?a pas obtenu tel ou tel poste. C?est parce que le décideur a voulu favoriser l?un de ses co-religionnaires qu?on a été pénalisé? Vieilles rengaines. Vaines amertumes. Oui, de tels cas d?injustices existent. Non, ils ne sont pas l?ultime explication de nos carences et faiblesses. Oui enfin, c?est un réflexe qui sert les intérêts des politiques et de quelques pseudo-leaders socioculturels.
Ainsi va cette île Maurice qui a liquidé de ses champs de réflexion les questions de classe, de catégorie sociale pour imposer une quête de l?identité qui se joue sur l?ethnie. Cela n?a pas toujours été le cas. Les années pré et post-indépendance ont témoigné de cette soif d?identification à une nation où seule la stratification socio-économique servait de balise. Rapidement, les enjeux de pouvoir politique ont pris le dessus. Rapidement une certaine intelligentsia s?est laissée diluer dans ces enjeux. Trop rapidement la société civile s?est infantilisée.
La rationalisation économique des années suivantes aurait dû entraîner une plus grande rationalité dans les rapports sociaux. Mais tel n?a pas été le cas. Ici et là, les conservateurs et les guerriers épiques de la supériorité de race ont travaillé pour ramener la question raciale au centre de toutes les questions nationales. Désormais plane un sentiment d?insécurité et de méfiance. Pour ceux qui se contentent de peu, il n?y a pas de problème. L?unité de façade et l?éclat de la vitrine suffisent à garantir l?harmonie. Pour ceux qui osent dire les choses autrement, ils deviennent rapidement des alarmistes jouant aux oiseaux de mauvais augure. Pourtant, rien ne prévoyait un éclatement social après la mort du chanteur Kaya.
De la même manière, on ne verrait pas le mal que pourrait causer un argumentaire politique qui ne s?appuie que sur les seules références ethniques. L?attrait du pouvoir est trop grand. D?ailleurs, on ne se gêne pas de pousser la logique à l?extrême. De l?ethnie, on passe à la caste. De la caste aux sous-castes. Il ne faut pas croire que seuls se laissent prendre à ce piège les paysans. On retrouve les plus nantis et les plus cultivés incapables de rompre avec ces théories d?appartenance abêtissantes.
Ainsi va l?île Maurice. Tous des mal-aimés. Tous exploités. Marginalisés. Des gens qui se font mal parce qu?en brandissant les certitudes ethniques, ils finissent par ne plus savoir ce qu?ils sont réellement. Mieux vaut en fin de compte être dans le vide de l?ethnie que dans l?aventure de l?identité.
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