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Ah, les coquettes !
La tête calée contre un oreiller sur son lit, tante Amélie, 88 ans, a les yeux fixés au plafond. Tout à coup, elle saute de joie et s?accroche à l?épaule de sa nièce, Maryse Edouard, qui est venue lui rendre visite au couvent du Bon-Secours, à Rose-Belle.
Lise Belloguet, l?autre nièce, attend discrètement son tour avant de se manifester : ?Bonjour, tante Emilie !? Emilie reconnaît tout de suite sa voix : ?Mo ti kone qui to pou vini sa semaine-la pou coupe nou seve?.
Elle essuie, discrètement, une larme de joie.
Dans ce couvent, il n?y a pas que tante Emilie qui attend impatiemment l?arrivée de Lise. Il y a aussi une bonne vingtaine de pensionnaires. Et cela depuis que Lise, coiffeuse de profession, vient de Cap-Malheureux, une fois par mois, pour leur couper les cheveux .
?C?est ma façon à moi de contribuer à rendre heureuses ces personnes qui ont besoin d?un peu d?affection et d?amour pour oublier leur solitude.?
<B>Une bouffée d?air frais</B>
Thérèse, Edmée, Marie-Thérese et Rama s?approchent de Lise pour la taquiner dès qu?elle donne le premier coup de ciseaux dans la blanche chevelure d?une septuagénaire. On comprend tout de suite que la présence de la coiffeuse est pour elles une bouffée d?air frais.
?Mo tia kontan qui ou kup mo seve carre?, conseille gentiment Tante Mée, pendant que Lise passe un dernier coup de peigne dans la chevelure de Lina. Très contente de sa nouvelle coupe, celle-ci ne finit pas de remercier Lise. La coiffeuse fait le trajet de Cap-Malheureux à Rose-Belle, une fois par mois, pour rendre service à ces dames. ?Il est vrai que nous avons besoin d?argent pour mener une vie décente. Mais lorsqu?on voit les tragédies qui se jouent quotidiennement à travers le monde, je crois qu?il est de notre devoir d?apporter un peu de réconfort à ceux qui en ont besoin?, dit- elle.
Annièce Louise travaille comme femme de ménage dans ce couvent depuis 18 ans. Elle a été témoin, comme sa collègue Padmini, des changements qui se sont opérés dans la vie de certaines pensionnaires depuis qu?elles sont venues s?installer dans ce couvent.?La disparition subite de l?une d?entre elles ne nous laisse jamais indifférentes.On s?attache?, confie Annièce avant d?inviter Thérèse, une pensionnaire, à aller prendre sa tasse de thé, de peur qu?elle refroidisse.
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