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?Agents Secrets?

3 juin 2004, 20:00

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Les films d?espionnage ?réalistes? ont toujours eu moins de poursuites, de cascades et de combats que les thrillers d?espionnage, mais leur aspect humain a toujours été assez passionnant pour que le cinéma s?y intéresse. Avec quelques réussites, ça et là, souvent pour des films adaptés de romans : The Ipcress File (de Sydney J. Furie, 1965) et Funeral in Berlin (de Guy Hamilton, 1967), d?après des romans de Len Deighton, sont les plus connus. Mais il faudrait surtout mentionner La Lettre du Kremlin (de John Huston, 1968, d?après un roman de Noel Behn), un échelon au dessus. Curieusement, les films adaptés de grands romanciers n?ont pas été des réussites : The Looking Glass War (de Frank R. Pierson, 1970, d?après John Le Carré) et même The Secret Agent (de Christopher Hampton, 1996), pourtant d?après un roman de Joseph Conrad. C?est que toutes ces histoires évoquent des univers sordides dans lesquels tout n?est que manipulation et faux semblants avec des traîtres, des naïfs, des salauds, etc. et que, pour faire passer tout cela au cinéma, il faut d?excellents acteurs au mieux de leur forme, il faut savoir les filmer et il faut aussi savoir raconter avec des images. Il se pourrait aussi que tout cela ne passe pas très bien au cinéma.

On peut dire, en tout cas, que le film d?espionnage ?réaliste? n?a que très rarement réussi au cinéma français, généralement trop bavard pour le genre. Les Patriotes (d?Éric Rochant, 1997) étant le seul exemple d?un succès, en date probablement de toute son existence.

Agents Secrets, de Frédéric Schoendorffer, se veut dans cette même veine tout en faisant quelques concessions au cinéma de divertissement. Ainsi, le début du film peut être vu comme un heureux compromis entre les deux genres qui ne sont pas forcément à l?opposé. On voit Charles Berling, débarquant d?un ferry dans une ville du sud de l?Espagne, se faire aussitôt prendre en filature par des messieurs à la mine tellement patibulaire qu?on devine tout de suite qu?il s?agit de mafieux russes. L?acteur n?a aucun nom dans ce film puisqu?il ne vit pas très longtemps : la filature se transforme en poursuite en voiture et Berling se fait rattraper puis tuer sur une route déserte.

Jusque-là, rien à dire. Sinon que tout est mis en scène sans effets tape à l??il, ni dialogue inutile : rien que de la tension grâce à une réalisation nerveuse et efficace, comme dans les films de Jean-Pierre Melville, autrefois. C?est après que les choses, non pas ?se gâtent?, mais disons qu?elles s?abîment sérieusement. Après que le cadavre du pauvre Berling, expédié aux locaux de la DGSE en France, a été fouillé et qu?une puce informatique a été découverte cachée à l?intérieur (cette partie non plus, n?est pas mal faite). Après tout cela, donc, lorsque le colonel Grasset (André Dussollier), sinistre à souhait, réunit ses hommes pour leur parler de la mission.

Il est vrai que pour l?appréciation d?un film, les enjeux d?une intrigue doivent être expliqués le plus clairement possible (surtout lorsqu?il s?agit d?un film destiné au plus grand nombre). Il est vrai aussi que ça et là existent des gens qui ne sont pas très au courant de certains petits problèmes (guerres civiles et autres complications, telles que économie en ruines, famine, massacres...) que connaissent quelques pays africains. Ainsi, lorsque le colonel explique le contexte de la mission aux agents, projection vidéo à l?appui, il faut comprendre que ce sont les scénaristes qui l?expliquent au public. On le sait à la façon dont le film s?attarde sur les images de la vidéo à certains moments. Seulement, lorsque le colonel parle des ?rebelles en Angola qui ont repris du poil de la bête?, est-il nécessaire que le film nous montre, à travers ces images vidéo, des images de guerre et de réfugiés dans un pays africain ? C?est à croire qu?il y aurait des gens quelque part ne sachant pas à quoi ressemblent les africains et que les agents de la DGSE dans ce film, eux, ne le savent pas.

<B>Trafic de diamants</B>

Cette lacune étant à même de les empêcher de mener à bien leur mission, qui sera de couler dans le port de Casablanca un cargo appartenant à un homme d?affaires russe, un certain Lipovsky (Serge Avedikian). Ce dernier, comme beaucoup de ses compatriotes montrés au cinéma ces jours-ci, est loin d?être un honnête citoyen. Il trempe dans le trafic de diamants. Et, c?est alors qu?on voit apparaître sur l?écran un beau collier de diamants ornant le cou d?une dame, parce qu?il faut bien que les agents (et donc les spectateurs) sachent à quoi ressemblent des diamants, c?est pour leur édification.

L?histoire n?est pas sans rappeler celle du ?Rainbow Warrior?. Et à propos d?agents, l?équipe d?attaque est composée de deux nageurs de combat (Ludovic Schoendorffer et Sergio Peris Mencheta), mais elle est surtout menée par Vincent Cassel et Monica Bellucci. En tenant compte du fait que ce film d?espionnage français se veut réaliste et que, dans la réalité, une des caractéristiques de tout agent secret serait (on le suppose) la capacité de se fondre dans une foule, le choix de ce couple le plus ?glamour? du cinéma français tient plus de la bévue que d?une réelle concession au divertissement. Qui pourrait ne pas remarquer Vincent Cassel (une des gueules du cinéma français) et Monica Bellucci ? surtout Monica ? dans une foule ? De fait, la crédibilité du film en prend un sérieux coup. Cela malgré le fait que Monica Bellucci joue sans maquillage et que, d?une manière générale, les comédiens remplissent parfaitement leurs rôles, interprétant des techniciens qui accomplissent leur mission sans états d?âme, exécutant des ordres qui impliquent d?avoir à droguer des enfants ou à tuer des civils innocents. Sous cet angle, on peut considérer que la prise de conscience de Monica Belluci vient tout gâcher, au moins parce que cet aspect des motivations individuelles, une fois évoquée, n?est pas explorée plus en profondeur.

Finalement, l?aspect purement humain qui aurait donné un réel intérêt à ce film est laissé de côté : on n?a pas de véritable portrait d?individus peuplant cet univers glauque. Dans sa deuxième partie, Agents Secrets nous montre bien des arrangements peu honorables conclus par un gouvernement d?un pays se voulant un état de droit, au nom d?une obscure raison d?état, mais nous n?apprenons là rien de nouveau.

Tout cela ne veut pour autant dire que ce film de Frédéric Schoendorffer soit sans qualités. Il y a, dans la deuxième partie, quelques bonnes scènes d?action avec poursuites, suspense et combats. Il y a même du drame aussi. C?est dire que l?aspect cinéma de divertissement est celui du film qui est le mieux réussi. Ce qui est quand même un constat d?échec pour un film dont la démarche se voulait avant tout réaliste. Certes, Agents Secrets se laisse regarder, mais pour peu que l?on ait une quelconque raison de revoir ce film d?ici une dizaine d?années, on verra qu?il n?est pas si différent des films d?action moyens que pondait le cinéma français durant les années 1970.

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