Publicité
Africom : quand les Américains débarquent?
Par
Partager cet article
Africom : quand les Américains débarquent?
C?est par une visioconférence que le projet US Africa Command ? nom de code : Africom ? a été récemment présenté aux Mauriciens, dans les locaux de l?ambassade des États-Unis à Port-Louis. C?est Mary Carlin Yates, commandant adjoint pour les activités civilo-militaires de l?Africom, qui s?est chargée de communiquer, par écran interposé, quelques informations sur le mode de fonctionnement de cette unité aux responsables du ministère des Affaires étrangères, dont le ministre Madun Dulloo, aux responsables de police et des gardes-côtes, et à quelques membres de la société civile.
Opérationnel depuis la fin de l?année dernière, mais encore basée en Europe, l?Africom a pour but de diriger toutes les opérations militaires américaines en Afrique et dans la zone océan Indien. L?implantation de son quartier général se discute actuellement à travers une multitude d?échanges bilatéraux.
C?est en février 2007 que le président George W. Bush a annoncé sa décision de créer l?Africom, imaginé par l?ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. Selon le président Bush, cette nouvelle unité va renforcer les liens entre les États-Unis et l?Afrique en insufflant un dynamisme pour garantir la paix, la stabilité et le progrès dans les domaines de la santé, l?éducation et la croissance économique.
Placé sous le commandement du général William E. Ward, l?Africom, selon ce dernier, «will enable the United States to have a more effective and integrated approach than the current arrangement of dividing Africa between different regional commands.»
Jusqu?ici pour «gérer» l?Afrique, les Américains ont dû recouper des informations émanant de trois différents commandements militaires. Et cela de l?Europe au Pacifique.
Sentiments mitigés</B>
La structure de commandement militaire américaine comprend six commandements régionaux, avec l?Africom et l?Eucom (Europe) : Centcom (Moyen-Orient et Asie centrale), Pacom (région de l?océan pacifique), Northcom (Amérique du Nord) et Southcom (Amérique du Sud). Quant à la Combined Joint Task Force pour la Corne de l?Afrique, basée au Djibouti, elle se doit surtout de gérer des missions de maintien de paix en Somalie, au Yémen, au Darfour et dans la majeure partie de l?Afrique de l?Est jusqu?en Tanzanie. Son rôle, avec la mise en place de l?Africom, n?a pas encore été défini.
Ce que les autorités américaines veulent, à travers l?Africom, c?est surtout souligner l?importance stratégique de l?Afrique et d?afficher leur présence, ou plutôt de combler un vide qui profite à d?autres. «Nous voulons une action concertée avec les Africains afin d?arriver à une meilleure collaboration, pas uniquement militaire», explique Mary Carlin Yates. Pour sa part, le Général Ward ne cache pas son optimisme : «I will reinforce the excellent work currently done on the continent and the strong relationships already established.»
La visioconférence s?insère donc dans une campagne d?explication des États-Unis. Le message essentiel étant de souligner que l?objectif de l?Africom n?est pas de faire la guerre, mais d??uvrer de concert avec les partenaires africains «pour les aider». Il s?agit aussi de faire bien ressortir que l?unité va «établir les conditions nécessaires pour un emploi plus efficace de l?aide humanitaire et au développement ainsi que d?aider les États africains à lutter contre le terrorisme».
Selon les Américains, l?Africom mettra également l?accent sur l?action civique et sur l?aide à la sécurisation des frontières et des voies maritimes et sur l?intervention en cas de catastrophes naturelles.
Toutefois une certaine méfiance entoure le projet Africom. S?il n?a pas suscité de réactions hostiles a Maurice ? nos policiers sont eux contents des possibilités de formation a l?étranger que peut receler l?Africom ? en revanche, plusieurs pays de la zone, dont ceux de la Communauté pour le développement de l?Afrique australe (SADC), élèvent la voix pour faire savoir qu?ils s?opposent à ce projet. Mary Carlin Yates, a du reste reconnu l?existence de «mixed feelings» parmi les pays africains.
Certaines craintes exprimées jusqu?ici sont liées aux motifs non avoués de l?Africom, selon lesquels les États-Unis chercheraient à avoir des bases pour contrecarrer le terrorisme en Afrique, s?opposer à l?influence économique grandissante de la Chine sur ce continent et exercer un contrôle sur les gisements pétroliers africains.
Selon la BBC, le Maroc, l?Algérie et la Libye auraient refusé de répondre favorablement à la demande américaine de baser le centre de commandement sur leur sol. Le Nigeria, qui mène la fronde anti-américaine, a alerté la SADC et l?Union africaine : «C?est à l?Afrique d?assurer sa sécurité, pas à d?autres !»
Les Américains reconnaissent que l?Afrique est devenue un continent stratégique. Quant au pétrole, il s?agit pour eux d?en garantir et de protéger le libre accès dans le monde entier. «Notre but est d?aider les pays africains à être plus indépendants en termes de sécurité, avec ou sans pétrole. Notre aide n?est pas conditionnée», se défendent-ils.
En revanche, ils ne veulent pas faire d?amalgame entre l?Africom et la base militaire de Diego Garcia, au c?ur de l?océan Indien, dont la souveraineté et revendiquée par Maurice. «ça n?a rien à voir. Pour le dossier de Diego Garcia, les discussions se poursuivent entre la Grande-Bretagne et Maurice», explique tranquillement l?ambassadeur US à Maurice, Cesar Cabrera.
Il convient de noter qu?en matière de lutte contre le terrorisme et de la surveillance des eaux maritimes contre certaines pratiques illicites (pêche illégale, déversement d?hydrocarbures, trafic d?armes et de stupéfiants), certains pays de la zone, dont Maurice, ne sont pas contre le fait de recevoir un coup de main des États-Unis que ce soit à travers l?Africom ou un autre organisme.
Madun Dulloo relève que nos gardes-côtes ont beaucoup à bénéficier de l?expertise américaine dans le domaine maritime. En Afrique, le Liberia est pour l?Africom et se propose même d?abriter son quartier général.
Mais il est clair qu?à ce stade, les positions des uns et des autres sont encore floues. D?où la nécessité de poursuivre la campagne d?explication, de discuter de tous les avantages et inconvénients d?une présence militaire accrue sur le continent et dans la zone avant que l?Africom ne quitte l?Europe pour s?installer définitivement en Afrique....
PROFIL
William E. Ward, patron de l?Africom</B>
■ Titulaire d?une maîtrise en sciences politiques de l?université d?Etat de Pennsylvanie et d?une licence en sciences politiques de l?Université de Morgan State, le général William E. Ward est le patron de l?Africom. Il compte 36 ans d?expérience militaire notamment en Corée, Egypte, Somalie, Bosnie, Israël, Allemagne, outre un grand nombre de postes aux Etats Unis, comprenant l?Alaska et Hawaii. Il a également participé aux opérations de stabilisation à Sarajevo, en Bosnie, et à l?opération «Restore Hope» en Somalie, au début des années 1990.
Il a été, plus récemment, en 2005, coordinateur de la sécurité américaine pour Israël et l?Autorité palestinienne puis, depuis mai 2006, numéro deux du «US European Command», avec autorité sur les forces américaines présentes dans 92 pays. Ses deux adjoints sont l?amiral Robert T. Moeller, commandant adjoint pour les opérations militaires et l?ambassadeur Mary Carlin Yates.
Publicité
Publicité
Les plus récents