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Affaires de famille

25 novembre 2004, 00:00

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Un des thèmes dominants de l?actualité est la violence conjugale puisqu?aujourd?hui démarre la campagne intitulée ?16 jours d?actions contre la violence?. Les blasés ne manqueront pas d?exprimer leur ras-le-bol d?une campagne pourtant internationalement reconnue, et d?attribuer tout le battage qui sera fait autour à un phénomène de mode. Ils se trompent lourdement.

Tout d?abord, toute forme de violence attaquant les fondements même de la cellule familiale constitue une menace pour la société et mérite donc que l?on s?y attarde avec sérieux. Et même au-delà de 16 jours d?action. Ensuite, malgré l?absence de statistiques globales sur l?ampleur de la violence domestique à Maurice, les chiffres que l?on peut glaner ça et là auprès des services gouvernementaux font voir que la violence conjugale est indéniablement en hausse.

D?après les statistiques compilées par les Family Support Bureaux du ministère de la Femme, un an après la promulgation du Protection from Domestic Violence Act de 1997, 1265 plaintes de violence conjugale ont été recensées, dont 54 émanant d?hommes. En l?an 2003, elles étaient 1647 personnes, dont 106 hommes, à s?être déclarées victimes. Ce qui constitue une augmentation de 30% en six ans. Ajouté à cela, entre janvier et août dernier, il y a eu en moyenne cinq cas de violence conjugale rapportés par jour. Et c?est certes sans compter ceux qui sont tus. Il ne faut également pas oublier que plusieurs femmes victimes de violence y ont laissé leur vie cette année. Ces constats sont effarants.

Aujourd?hui les victimes de violence conjugale ont une législation pour elles, le Protection from Domestic Violence Act. Mais l?on déplore que les magistrats sont encore réticents à faire servir des Occupation ou Tenancy Orders, injonctions intimant au conjoint violent de rester à l?écart du domicile conjugal pendant un certain temps.

Les avocats qui se sont intéressés au problème attribuent cette réticence à notre société patriarcale, influençant nos attitudes et pratiques et au sein de laquelle les magistrats ne font guère exception. Même dans leur inconscient, ils considèrent que la maison appartient de facto à l?homme. Ce à quoi l?avocate Rada Gungaloo, présidente de SOS Femmes, faisait peut-être allusion hier dans nos colonnes quand elle parlait de ?raisons évidentes?.

Toujours est-il qu?il faut se garder des généralités et ne pas conclure que tous les magistrats sont machistes. Ce serait leur faire un procès injuste. Cette hésitation de leur part est peut-être attribuable à un manque de sensibilisation au ?gender? et aux questions de violence domestique. L?ex-juge Dhiraj Seetulsingh, président de la Commission des droits de l?homme, le pense et l?a récemment publiquement exprimé au cours d?un séminaire de la Media Watch Organisation. De ce fait, l?initiative du ministère de la Femme d?organiser une rencontre avec magistrats et avocats sur la question est tout à fait louable.

Il faut aussi dire, à leur décharge, que les magistrats n?ont pas le temps de s?arrêter à toutes les subtilités liées aux cas de violence domestique. Surtout quand lesdits cas sont débattus à la fin d?une journée où ils ont dû juger une multitude de délits.

Il faudrait, cela a été archidit et répété jusqu?à la nausée, instituer une Family Court, qui traiterait de toutes les affaires de famille. Souhaitons qu?au cours de la prochaine rentrée parlementaire, le ministre de la Justice trouve enfin le temps de présenter un projet de loi en ce sens et fasse ainsi mentir l?adage populaire voulant faire croire que l?espoir fait vivre? les imbéciles.

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