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Affaire Galana : agitation médiatique et indifférence populaire
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Affaire Galana : agitation médiatique et indifférence populaire
Les démêlés de la société Galana avec l?État malgache défrayent la chronique à Madagascar. Il ne se passe pas un jour sans que la presse n?en fasse un gros titre. Les communiqués sont fréquents. Les conférences de presse et les interviews se suivent. La Gazette de la Grande île, un quotidien proche de l?opposition, a même délégué à Maurice deux de ses journalistes. Ils ont surtout rapporté les réactions des milieux officiels mauriciens.
C?est ainsi que le ministre du Commerce, Prem Koonjoo, Gérard Hébrard du Central Electricity Board, le directeur de la State Trading Corporation ont fait la une du journal durant la semaine. Sailesh Kumar Dusowuth, notre ambassadeur à Madagascar a été interviewé par une chaîne de télévision à sa sortie du palais présidentiel après la présentation de ses lettres de créance au président Marc Ravalomanana.
Toutefois, le Malgache moyen suit tout ce tapage médiatique avec détachement. Même s?il a montré un intérêt au début de l?affaire, en raison de la façon de procéder peu orthodoxe du gouvernement.
Favoriser un nouveau groupe pétrolier en gestation
En effet, il y a quinze jours, le Premier ministre, Jacques Sylla, le ministre des Finances, Benjamin Andriampany Radavidson, et le ministre de l?Energie et des Mines, Jacques Rabarison, accompagnés du directeur de l?Office malgache des hydrocarbures (OMH), l?organisme d?État responsable du secteur pétrolier, ont effectué une descente des lieux au port de Toamasina à une heure du matin le 26 juillet.
Fort d?un rapport en leur possession, ils ont ordonné que le navire Halia en partance pour Maurice, avec dans ses cuves, 24 000 tonnes d?huile lourde, soit retenu. Ils ont réclamé le déchargement de la cargaison. Comme Galana refusait d?obtempérer, l?affaire a été référée au tribunal de Toamasina qui a donné gain de cause au gouvernement malgache.
Par la suite, les tractations se sont poursuivies en coulisses. Mais comme les choses stagnaient, quatre jours plus tard, le différend a été porté sur la place publique. Depuis, c?est le bras de fer répercuté quotidiennement dans les journaux écrits et parlés.
La communication de Galana est assurée par l?agence mauricienne Imagine, alors que le gouvernement malgache ne communique pas sur la question. Il le fait par personnes interposées qui défendent l?initiative ministérielle. Un groupe de sénateurs sans étiquette a tenu une conférence de presse pour dire que le gouvernement doit avoir de bonnes raisons pour sanctionner Galana. C?est ce que pense également une bonne partie de l?opinion malgache, même la manière de faire des ministres embarrasse.
Entre-temps, la cargaison a été déchargée du navire. Ce n?est que dix jours après que l?affaire n?ait été ébruitée que l?OMH a fait sortir un communiqué pour expliquer la conduite du gouvernement à l?égard de Galana. Il identifie plusieurs manquements de la part de cette société. Mais à vrai dire, aucun d?eux ne justifie l?action musclée de la nuit du 26 juillet.
L?organisme régulateur reproche à la société de polluer un canal, et de ne respecter ni ses engagements d?investissements, ni ses obligations relatives aux licences d?importation et d?exportation d?hydrocarbures. Il accuse aussi Galana de fausses déclarations concernant l?origine des produits pétroliers exportés, de non-respect des quantités prévisionnelles à exporter et des niveaux de stocks de sécurité. Curieusement, la question de non-rapatriement de devises évoquée au début de l?affaire n?est pas mentionnée dans le communiqué. Galana a immédiatement réfuté ces accusations dans un communiqué.
Les opposants au régime Ravalomanana estiment que ces arguments ne tiennent pas la route. Ils pensent plutôt à une vendetta et, tout bas, on parle d?une action pour favoriser un nouveau groupe pétrolier en gestation. « L?opinion n?est pas plus éclairée sur les raisons qui justifieraient toutes ces tracasseries qu?on fait subir à la société Galana », lance José Rakotomavo, ancien ministre du Commerce dans le précédent gouvernement.
Il faut savoir que Galana a racheté la raffinerie de Toamasina dans le cadre de la privatisation de la Solima, société nationale de pétrole dans les dernières années de présidence de Didier Ratsiraka. En politique avisé, José Rakotomavo ne se fait pas prier pour parler de « l?image ternie de Madagascar, de l?inquiétude des investisseurs et du tort fait à Maurice, un pays frère ».
Si la question des retombées diplomatiques embarrasse même les proches du régime, la mention répétée dans la presse du bras de fer entre le gouvernement et Galana commence à agacer. « C?est un contentieux entre une société malgache et le gouvernement. L?affaire a été référée à un tribunal qui s?est prononcé. Je ne vois pas pourquoi l?on devrait en faire tout un plat dans la presse », déclare Solofo Rasoarahona, dirigeant d?un cabinet juridique et responsable du Centre d?études diplomatiques et stratégiques (CEDES). Il estime que « le Malgache moyen a bien d?autres sujets de préoccupation d?ordre économique en ce moment ».
Les principaux interlocuteurs malgaches absents
C?est vrai. Les Malgaches suivent l?affaire Galana de loin. « Tant que cette affaire n?a pas une incidence directe sur le prix à la pompe du carburant, le consommateur malgache demeurera vaguement indifférent », note Nasolo-Valiavo Andriamihaja, juriste et observateur très écouté de la société malgache.
La remarque est juste. Même au plus haut niveau de l?État, on fait peu de cas des inquiétudes mauriciennes. Le président de la République et le ministre des Affaires étrangères sont partis à Athènes pour assister aux Jeux olympiques. Les parlementaires sont en vacances. Et la vie continue dans ce rythme « moura, moura », c'est-à-dire de nonchalance qui caractérise la Grande île.
Ivan Collendavelloo, l?avocat de Galana qui est arrivé à Antananarivo, vendredi, aurait eu des discussions mais les principaux interlocuteurs au niveau gouvernemental sont absents.
■Jérôme BOULLE (de Madagascar)
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