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Affaire Deelchand : un morbide tableau de chasse

10 juin 2004, 20:00

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AGRESSIONS

? Rekha Mohur, ?scalpée?

Rekha Mohur ne vit plus à Maurice. Victime d?une violente agression, elle a préféré s?établir à l?étranger. Après s?être fait soigner en Afrique du Sud, elle a fait ses bagages pour la Zambie.

Sa ?mauvaise influence? sur l?épouse de l?avoué Yogesh Bissessur lui aura coûté son scalp. L?avoué a confié ses problèmes conjugaux au notaire Vinay Deelchand, qui aurait, selon les allégations d?Antoine Chetty, donné des instructions pour agresser Rekha Mohur, supposée être responsable de l?échec du couple.

Les termes du contrat sont clairs : pour Rs 150 000, Antoine Chetty et un dénommé Mario Douce doivent s?en prendre à la femme à Vacoas. Et pour prouver que l?agression a bien eu lieu, il leur faut ramener le scalp de Rekha Mohur. Le point de rendez-vous : à côté du Gymkhana Club, à Vacoas. Le plan aurait été dressé dans l?étude du notaire allègue Chetty.

La teneur de l?interrogatoire de Yogesh Bissessur est accablante pour Vinay Deelchand. Il maintient que ces instructions ont bien été données à Chetty. Le notaire, allègue-t-il, estimait que les ?briser mariaz ? méritaient une correction. Les réserves de l?avoué n?y feront rien.

? Parvez Damree tué par overdose

Parvez Damree est arrêté pour possession de drogue en novembre 1994. A sa sortie de prison six mois plus tard, il est trouvé inconscient à la route Nicolay, à Port-Louis. Avant d?être admis à l?hôpital Jeetoo, il rend l?âme.

L?autopsie attribue son décès à une ?overdose? d?héroïne. Mais neuf ans après, c?est une autre version de la même histoire qui est portée au public. Parvez Damree ne s?est pas injecté lui-même la dose mortelle?

Au moment de son arrestation en novembre 1994, Parvez Damree balance le nom de Vinay Deelchand. Il allègue que le notaire, son fournisseur, est un trafiquant de drogue. Alors qu?il se trouve en prison, il reçoit, selon Antoine Chetty, une offre du notaire : Rs 75 000 pour se rétracter. Son silence vaut plus, il réclame Rs 200 000. C?est trop cher payer. C?est Rs 75 000 ou courir le risque d?être tué en prison. Parvez Damree accepte.

L?Adsu recevra plus tard une correspondance de Mamade Soobratty, le compagnon de cellule de Parvez Damree. La lettre fait état des confidences de ce dernier qui craint pour sa vie à sa sortie de prison. Ses craintes se révéleront fondées.

Mamade Fawzee Hossenbocus aurait été approché par le notaire, selon les allégations. Il venait d?être arrêté puis relâché, faute de preuves, dans le cadre du meurtre d?Adam Ammantoola, retrouvé dans sa voiture à Pailles. Antoine Chetty rapporte ainsi la réponse de Mamade Fawzee Hosenbocus : ?Pa trakase. Mo conn fer travay-là.? Pour Rs 25 000, il jouera à l?infirmier meurtrier.

Mamade Fawzee Hosenbocus a été arrêté il y a un mois environ. Une deuxième personne aurait aussi été payée Rs 25 000 pour ce même meurtre mais l?Adsu ne l?a pas encore identifiée.

? Philippe Calou laissé pour mort

Il a payé cher pour avoir fait de la résistance. Les déboires de Philippe Calou, ancien employé de la sucrerie Mon-Trésor-Mon-Désert, commencent lorsque Moonsamy Mooraghen s?approprie illégalement son terrain au Bouchon. Avec son partenaire Vinay Deelchand, ce dernier décide de morceler le terrain pour le vendre. Mais Philippe Calou n?entend pas les laisser faire. Cela ne plaît pas au tandem qui sort l?artillerie lourde.

Le 17 janvier 2000, Philippe Calou est sauvagement agressé à coups de sabre et laissé pour mort. De bons Samaritains le transportent à l?hôpital où il passe deux mois. Sur son lit d?hôpital, il dénonce ses agresseurs : Antoine Chetty et Moonsamy Mooraghen. Le chauffeur révélera ensuite que Rs 500 000 lui ont été offertes pour l?agression. Une enquête a été ouverte pour savoir pourquoi il n?y a pas eu de suites après les dénonciations de Philippe Calou. Ce dernier attend que justice lui soit faite.

? Lalldev Gajadhur premier dénonciateur

Plus d?une cinquantaine de personnes disent s?être fait escroquer leurs terres par l?étude du notaire. Lalldev Gajadhur est l?une d?elles. Comme Philippe Calou, il a payé pour avoir osé dénoncer.

Lalldev Gajadhur est en possession d?un document, datant d?avril 1996, dans lequel son père renonce à trois lots de terrain à Candos. Ce document provient à l?étude du notaire Rajkumar Lallah, allègue Gajadhur. ?Mais mon père étant mourant à cette date, répond Lalldev, il n?a pu se rendre à l?étude du notaire pour cet acte de vente.?

Il ne fait pas de doute pour Lalldev Gajadhur : c?est un document faussé pour prendre leurs biens aux héritiers du défunt. Il fait savoir qu?il a été berné et ose dénoncer Vinay Deelchand, à cette époque clerc de notaire à l?étude de Me Lallah. Mais le 16 juin 1998, à Candos, Lalldev Gajadhur est agressé à coups de couteau et de sabre par Antoine Chetty, Cyril César et Mario Yen Vithilingum. Lalldev consigne donc une déposition à la police de Quatre-Bornes et intente un procès à Vinay Deelchand en Cour suprême.

<B>INTIMIDATIONS ET AGRESSIONS RATÉES</B>

? Satish Nundlall piégé

C?est l?aspect de l?enquête qui aura sans doute le plus choqué car l?affaire Satish Nundlall éclabousse Raj Dayal, ancien commissaire de police.

Satish Nundlall était un obstacle aux transactions foncières illégales auxquelles se livraient Moonsamy Mooraghen, sous la supervision du notaire, selon ce qu?allègue Antoine Chetty. Décision aurait alors été prise de le faire inculper pour délit de drogue. La complicité de rien de moins que l?ancien commissaire de police aurait été recherchée, affirme Chetty.

En octobre 1994, dans les quartiers de la Special Mobile Force à Vacoas, un complot se trame afin de compromettre l?homme d?affaires. A plusieurs reprises, la police fouille son domicile à Quatre-Bornes. Les limiers de l?Adsu rentrent bredouille après ces opérations. Mais Satish Nundlall est arrêté lorsque Siven Benniah, un récidiviste au casier judiciaire chargé, surpris avec une dose d?héroïne à cette époque, soutient que Satish Nundlall est son fournisseur. C?est le choc pour l?homme d?affaires. Il est néanmoins libéré sans condition car les enquêteurs réalisent qu?il est victime d?une machination.

L?implication de Raj Dayal se précise avec la déposition en mai de Vinod Appadoo, surintendant à l?Adsu. Inspecteur en 1994, Vinod Appadoo avait participé à plusieurs fouilles chez Satish Nundlall.

Le compte à rebours commence alors pour l?ex-commissaire de police. L?arrestation de Raj Dayal semble imminente mais pendant des semaines, la police ne bouge pas. Le dossier ne semble pas suffisamment solide.

Finalement, le 24 mai, l?Adsu débarque à son domicile à Carreau Laliane, Vacoas, pour l?arrêter. Mais Raj Dayal ne s?y trouve pas.

Il sera par contre arrêté pour complot visant à planquer de la drogue chez Satish Nundlall lorsqu?il se rend aux Casernes centrales en compagnie de son avocate, Me Gaytree Dayal.

Libéré sous caution dans les heures qui suivent, Raj Dayal, dans une déclaration publique, allègue que le notaire Rajkumar Lallah, père de la concubine d?Antoine Chetty, est mort dans des circonstances ?douteuses?. Il est attendu dans les prochains jours pour un complément d?enquête au quartier général de l?Adsu.

? Fezal Buglah l?associé encombrant

Fezal Buglah a échappé à deux tentatives visant à le mettre hors d?état de nuire. Selon Antoine Chetty, il était devenu encombrant pour le notaire Deelchand, Sandeep Appadoo, Mahendra Chooneea et Dharmanaden Sambon, directeurs de l?agence immobilière Agnis Property. Ses partenaires voulaient l?écarter des activités professionnelles à Madagascar dans lesquelles il s?était beaucoup investi.

Un plan échafaudé en avril 1999 a pour but de le compromettre dans un trafic de drogue. Pour Rs 30 000, Désiré Soyfoo consigne une déposition à la police. Il allègue qu?il aurait acheté de la drogue à Buglah et qu?un litige s?en serait suivi sur son prix. Vaine tentative car la cour rejette la version des témoins : tout indique qu?il y a complot.

La somme d?argent que Désiré Soyfoo doit recevoir pour sa tâche lui est remise par l?intermédiaire de Me Penny Hack. L?avocat affirme que ses services ont été retenus par le cousin du détenu Soyfoo. Selon lui, ce prétendu cousin s?est rendu à son étude en expliquant qu?il veut passer par la voie légale afin de s?acquitter d?une dette de Rs 30 000 envers le détenu.

Antoine Chetty fait état d?une deuxième tentative envers Fezal Buglah à la même période, en avril 1999. Le chauffeur allègue qu?il a été engagé afin de tuer Buglah à Madagascar. Son trajet : prendre l?avion pour Nairobi, transiter par l?Afrique du Sud pour rallier Madagascar où un contact malgache lui remettra une arme. L?opération est néanmoins avortée car Fezal Buglah rentre à Maurice avant que le déplacement d?Antoine Chetty ne soit finalisé.

? Hurnam versus Sik Yuen

Le juge Bernard Sik Yuen a failli être une victime du gang. ?Dev Hurnam inn dir moi bles juge Bernard Sik Yuen, me pa touye li, les li vive. Linn dir mwa tir so poignet drwat pu li aret ekrir?, déclare Antoine Chetty, qui incriminait par cette déclaration l?avocat parlementaire.

Dev Hurnam, selon Chetty, serait un des proches de Deelchand. Il aurait réclamé à celui-ci ?ses services? pour honorer un ?contrat?, dit-il. Le ?contrat? consiste à rendre manchot le n° 2 de la Cour suprême. Le chauffeur ajoute que le député mauve a déjà dressé un plan, à savoir suivre le juge jusque dans l?avion qui l?emmenait pour des vacances à Rodrigues.

L?opération capote car le juge est encadré de deux membres du service de protection des VIP dès sa descente d?avion. Dev Hurnam n?a pas pour autant perdu espoir de voir le juge sans main droite, souligne Chetty. L?avocat lui donne des renseignements sur les habitudes du juge, telles que les heures où il fait de la marche.

Durant cette même période, soit en 2001, l?avocat lui aurait réclamé la peau d?un inspecteur de la Criminal Investigation Division du Sud, Hemantdass Ghoora. Sur la hit list de Dev Hurnam se trouve également un autre inspecteur de la brigade : Dhanraj Goolaup, révèle Chetty. Il dit avoir tout abandonné lorsque Dev Hurnam parle des ?arrangements? faits avec Deelchand concernant le prix à payer pour la tâche.

Après avoir rassemblé plusieurs éléments contre l?avocat parlementaire, les enquêteurs l?arrêtent le 16 avril dernier. Une semaine plus tard, c?est le coup de tonnerre à la Bail and Remand Court. Le magistrat Lutchmeeparsad Aujayeb agrée à la remise en liberté sous caution de l?avocat parlementaire. Une décision que conteste le Directeur des poursuites publiques.

Dans quelques jours, l?avocat saura s?il sera libéré sous caution. Les débats sur la question sont en cours à la Bail and Remand Court et aussi en Cour suprême. Entre-temps, Dev Hurnam est attendu à l?Adsu pour un complément d?enquête.

? Mardaymootoo le rescapé

Chandradeo Samsaurooah, policier affecté anciennement à la Land Fraud Squad, aurait sollicité l?aide de Deelchand afin d?agresser Rouben Mardaymootoo. Ce dernier est head waiter dans un hôtel du littoral du Nord. Il est le supérieur hiérarchique de l?épouse de Chandradeo Samsaurooah.

Contre la promesse de quelques coups de sabre, Antoine Chetty aurait reçu Rs 30 000. Mais Rouben Mardaymootoo échappe à trois reprises à ces tentatives d?agression. A chaque fois, il ne se trouvait pas à son domicile à Beau-Bassin. La reconstruction de cette tentative d?agression a eu lieu mardi après-midi.

Le constable Samsaurooah a été arrêté et accusé provisoirement de complot pour agresser Rouben Mardaymootoo. Il a été ensuite libéré sous caution.

? Anwar Toorabally victime d?escroquerie

Un différend sur la vente de terrain de trois arpents à Bois-Pignolet, Terre-Rouge fait de l?homme d?affaires Anwar Toorabally la victime d?un incendie criminel. Sa 4x4 et son garage sont détruits.

Tout commence lorsqu?il vend le terrain à Thamoderen Thondee pour une valeur de Rs 3 millions. L?acheteur se rend chez le notaire Marcel Joson pour signer l?acte de vente. Il verse Rs 1,7 million mais le hic c?est que l?acte de vente fait état de trois hectares au lieu de trois arpents!

Ayant des difficultés financières, l?acheteur ne peut s?acquitter de sa dette. Thamoderen Thondee effectue des démarches auprès d?Agnis Property pour morceler le terrain afin qu?il puisse honorer ses engagements envers Toorabally. Ce dernier découvre à son grand étonnement que la société lui a offert deux lots de son propre terrain en guise de réparation. Anwar Toorabally attend toujours le contrat pour les deux lots de terrain promis.

CHARGES PROVISOIRES

<B>Onze délits imputés au notaire</B>

  • En tête de liste, le notaire Deelchand. Onze charges provisoires sont retenus contre lui : trafic de drogue, instructions pour mettre le feu au domicile de Anwar Toorabally et pour assassiner Philippe Calou et Lalldev Gajadhur et agresser Rouben Mardaymootoo et Rekha Mohur, complot dans l?assassinat de Parvez Damree et de Fezal Buglah, et complot pour cacher de la drogue chez Fezal Buglah et Satish Nundlall. La dernière charge contre le notaire a été logée hier : complot avec Dev Hurnam pour agresser le ?Senior Puisne Judge? Bernard Sik Yuen.

SERIE DE COMPLOTS

<B>Onze suspects en détention</B>

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