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Adriana, la fée des airs

14 novembre 2004, 00:00

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On se croirait dans un « nomade?s land », alors qu?on est en fait au Domaine Les Pailles. Nous avons rendez-vous avec la Roumaine Adriana Rados, une des artistes du cirque Roger Lanzac. Sa loge : un bus sans roues converti en lieu de vie, une sorte de bric-à-brac qui dispose pourtant de tout le confort avec four, réfrigérateur, télévision chaîne satellitaire, etc. L?étrangeté bouscule déjà les sédentaires que nous sommes. « C?est élémentaire tout ça. Dans notre roulotte à Paris, on a également la baignoire », nous confie-t-elle, comme pour bien aiguiser notre imaginaire.

Tantôt sirène, trapéziste, ou charmeuse de serpents, Adriana, c?est l?histoire d?un rêve devenu réalité. Elle a toujours fantasmé en secret sur le cirque. Mais comment s?y prendre quand on ne sait que chanter et danser? C?est alors que le hasard lui donne un p?tit coup de pouce. Signe du destin, on cherche une chanteuse remplaçante dans un numéro. Adriana passe l?audition haut la main, et elle est recrutée.

À partir de là, elle se fait une petite place sous le chapiteau, avec des numéros équestres. Elle apprend à enfourcher les chevaux au galop, à faire des acrobaties sur le dos de ces grandes bêtes.

Une collection de cobras et de pythons

Mais au premier spectacle, petit bémol. Elle se fait une entorse; qu?à cela ne tienne, le show doit continuer, malgré sa douleur lancinante. Deuxième incident, un des chevaux lui marche sur les pieds et lui fracture les orteils. Elle ne se décourage pas pour autant. Ses parents ont beau lui faire? tout un cirque pour changer de métier, Adriana est déjà de plain-pied dans cet univers très particulier. D?ailleurs, elle s?est offert le luxe d?une collection? de cobras et de pythons dans sa caravane personnelle (après avoir passé un test devant les autorités pour prouver qu?elle saurait s?en occuper).

Son leitmotiv, c?est de repousser sans cesse les limites. Quoi de plus normal chez les gens du cirque! Fleurin, son mari, est en quelque sorte son coach. Unis à la scène comme à la ville, ils ne se quittent pratiquement jamais.

« Fleurin m?a appris la gymnastique. Les exercices étaient très durs au début. Il fallait travailler l?endurance. J?ai beaucoup pleuré, mais je n?ai jamais abandonné », explique-t-elle.

Résultat, aujourd?hui sur scène, elle plane littéralement. Sa danse des rubans, ou le numéro de Fakir vous coupent le souffle. Un vrai régal pour les yeux, des émotions garanties pour le c?ur. Adriana défie vraiment la gravité. Dans son costume aux couleurs chatoyantes, et sur une musique entraînante, elle se livre avec Fleurin à un ballet en plein ciel. Alliant art et technique, rigueur et beauté, souplesse et envoûtement, elle s?élance dans les airs, le pied coincé dans un fil, la tête en bas. Même prise dans un filet, les pieds emprisonnés dans une queue de sirène, elle joue les filles de l?air.

Le vertige, connaît pas. Il faut sans cesse exécuter des figures étonnantes, pour donner des sensations au public. « Ce métier demande beaucoup de coordination, et il faut avoir confiance en son partenaire. » Et pour cause, puisque dans certains numéros, c?est Fleurin qui la retient, suspendue dans le vide. De telles prouesses, souvent périlleuses, exigent de l?expérience, un entraînement soutenu, une dextérité et un sens aigu de l?équilibre.

Un signe de croix à son ange gardien

Cela fait 22 ans, qu?Adriana pratique ce métier, qu?elle crée ses coutumes et les confectionne elle-même, qu?elle cherche des musiques pour accompagner ses numéros, qu?elle imagine des chorégraphies, « car dans ce métier, il faut être polyvalent sinon vous n?avez plus votre place ». Et puis il y a l?autre vie, celle des gens normaux, a-t-on envie de dire.

Depuis que les représentations ont commencé au Domaine, elle se lève très tôt pour laver les costumes et les rubans, les repasser. Il faut aussi s?occuper de l?éducation d?Alexandre, son fils, qui se retrouve très rarement sur les bancs de l?école. La femme d?intérieur sans fard semble alors très différente de celle qui est sur scène.

C?est pourtant la vie qu?elle a choisi de mener. Cette vie qui voit monter l?adrénaline chaque jour qui passe.

« L?angoisse, est toujours là », avoue Adriana. Un accident est vite arrivé. Certains artistes se sont rompu le cou à trop vouloir défier les lois de la gravité. Comme les autres, elle veut simplement croire qu?il ne lui arrivera rien, que son ange gardien à qui elle adresse un signe de croix la protège. « Avant chaque numéro, avant de passer devant le rideau, il y a le trac, ce quelque chose dans le ventre qui vous rend un peu agité. » Il y a de quoi trembler, car finalement, la vie d?Adria-na, de Fleurin et de ces autres acrobates ne tient souvent? qu?à un fil !

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