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Accords parfaits
On est un peu en avance. Le temps d?une courte attente dans un des prestigieux salons de l?hôtel Saint Géran, voici que débarquent Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel. Sourires radieux. Simplicité qui se dégage. En leur serrant la main, on a conscience que ces deux-là, sont presque des légendes vivantes. Eux, n?en font pas cas. Ils se coulent même dans les chaussures du commun des mortels. Ils se regardent sans cesse, se voient dans l??il de l?autre. Pour eux, la musique est affaire de fusion, d?incarnation et d?émotions, par de-là les sons ou les notes. Ils affichent des préoccupations poétiques, ludiques, plutôt que techniques. Ils aiment les échanges incessants avec leur public. La scène, c?est le lieu où ils prennent vie, où ils donnent vie.
C?est une enclave rare, essentielle, magique. Ils possèdent tous deux, une humanité faite d?élans, d?enthousiasme et de lucidité. «Je crains que la musique classique ne devienne une langue morte, au même titre que le latin. Il y a aujourd?hui, une recrudescence d?autres musiques, mais pas du tout de la musique classique. Elle est de moins en moins enseignée dans les écoles. Il y a, dans la perception de cette musique dite «classique», comme quelque chose de poussiéreux, alors qu?elle est résolument moderne. Il s?agit seulement d?une question d?initiation et d?exposition à cette musique, pour que l?on perçoive toute la palette d?émotions qu?elle peut susciter chez chaque individu.»
Pascal Amoyel, pèse ses mots. Il sait ce dont il parle. Pianiste virtuose, compositeur également, il fustige l?époque du zapping qui perpétue cette idée reçue que la musique classique est réservée à une certaine élite. «Il faut se battre contre l?idée que la musique classique n?est pas accessible à tous, qu?elle est réservée à une élite, alors qu?elle touche principalement la sensibilité, toutes les sensibilités. C?est un exutoire formidable si chacun peut la ressentir au plus profond de lui-même,» soutient-il.
A ses côtés, Emmanuelle Bertrand, violoncelliste appartenant à la prestigieuse Ecole française de violoncelle, pour qui il compose, semble être à la fois réfléchie et détachée. Couverte de diplômes et de prix, cette musicienne à qui le gouvernement français a fait honneur en la nommant Chevalier de l?Ordre des Arts et des Lettres, enregistre sur CD, les ?uvres de son compositeur de compagnon.
Etre interprète est pour elle, une chose quasi sacrée. Le tout, c?est de savoir recréer l?instant, toujours, et sans cesse. «Pour moi, jouer, c?est être capable de s?adapter à une ?uvre pour que passe le message de la musique.»
Ce message, que le compositeur façonne aux moyens d?inspiration qui lui parvient sur le présent, sur le vif, au détour d?un moment, est aussi une source de vie et d?énergie. « Nous rendons hommage à la vie, à travers la musique. C?est ce mystère qui nous interpelle tant, à travers la musique. »
Pour Pascal Amoyel, composer, c?est comme créer. C?est quelque chose qui ne se commande pas. «L?essentiel, c?est de savoir ce qui touche. » A son tour, l?interprète va aller au c?ur de cette source, pour lui donner vie et ainsi permettre à la composition de prendre son envol.
« Je crains que la musique classique ne devienne une langue morte, au même titre que le latin. Il y a aujourd?hui, une recrudescence d?autres musiques, mais pas du tout de la musique classique. »
«L?interprète existe au moment où il commence à jouer. On a alors l?impression de produire quelque chose, » souligne Emmanuelle Bertrand. « Le compositeur peut alors être surpris parce que l??uvre le quitte. Elle ne lui appartient plus,» précise Pascal Amoyel.
S?ils sont tombés dans la musique classique un peu tard, Emmanuelle à sept ans, et Pascal vers les onze ans, elle est vite devenue une évidence, pour l?un comme pour l?autre. «Tout commence à partir du moment où l?on prend plaisir à jouer,» explique Emmanuelle Bertrand.
Cette dernière vient d?une famille de musiciens. Sa s?ur Florence est aujourd?hui musicologue, elle enseigne au Conservatoire supérieur de Paris, tandis que Jérôme, son frère, est l?un des contrebassistes les plus respectés de France.
«Mes parents ne m?ont jamais poussée à devenir musicienne. A sept ans, ma mère m?a mis un violoncelle entre les mains, alors que moi j?aurais préféré une harpe. Ensuite, le violoncelle s?est imposé à moi comme un cadeau. Lorsque j?ai découvert que je pouvais en faire mon métier, c?est devenu une évidence,» explique Emmanuelle Bertrand avec son grand sourire.
« Mon père jouait du piano. J?en ai fait aussi. L?instrument, c?est un détail, c?est souvent le fruit d?un hasard. C?est ce qu?on fait de l?instrument qui est une évidence. C?est ce qui fait le musicien, » précise Pascal Amoyel. Et l?instrument devient par la suite, un prolongement de soi. Et dans leur vie trépidante de musiciens, Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel qui multiplient voyages et concerts, savourent à pleines dents, l?absence de routine. « Ce qu?on vit aujourd?hui, on ne l?a pas vécu hier. Il n?y a pas de routine. Nous sommes en progression constante. »
Eblouis par la beauté de notre île et par la gentillesse et la convivialité de ses habitants, Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, n?en finissent pas de remercier Marc Laforêt, le directeur artistique de ce Festival de Musique Classique, qui leur a permis de vivre leur art, « dans un lieu d?exception. » Et dans leurs bagages, ils ramèneront un bout de l?île Maurice qui portera sans doute encore plus loin, leur inspiration et leur complicité artistique.
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