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70 t. à l’arpent grâce au goutte à goutte

20 octobre 2006, 00:00

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Il y a un quart de siècle, on commençait à croire au miracle du bienheureux système d’irrigation goutte à goutte. Ramdanee Estate figure parmi les croyants de cette méthode révolutionnaire de fourniture à la plante de l’eau dont elle a besoin. Dûment installé, à la Rivière Noire, sur une superficie d’une cinquantaine d’arpents, cet établissement sucrier espère récolter les cannes seulement 10 mois après la mise en terre des boutures. Sa récolte miraculeuse pourrait atteindre le chiffre fabuleux de 70 tonnes à l’arpent, contre 22 à 25 tonnes, au même endroit, même avec une irrigation par aspersion.

Dan Ramdanee est d’avis que le goutte à goutte est le dernier espoir de Maurice de pouvoir produire 800 000 tonnes de sucre par an (moins de 500 000 tonnes prévues en 2006). Il y croit tellement qu’il songe à étendre ce système polyvalent d’irrigation perfectionnée sur une superficie plus grande (265 arpents).

C’est à Hawaï que le Mauricien, le Dr Cyril Mongelard, un ancien de notre MSIRI, met au point et brevette son système d’irrigation goutte à goutte. MECOM, que dirige Luc Bax, le représente à Maurice. Son frère, Christian Mongelard, un employé de cette compagnie d’équipements industriels, dirige les opérations d’installation de goutte à goutte sur l’établissement Ramdanee à la Rivière Noire.

Le système comprend des équipements de contrôle très sophistiqués, dont des filtres, le dispositif assurant le mélange de divers engrais à l’eau, la pose souterraine de petits tuyaux, qu’on pense inusables, de polyéthylène, perforés de petits orifices, permettant la distribution de l’eau le long des lignes de cannes. Il est aussi expérimenté à Mon Loisir S.E.

Luc Bax, directeur de MECOM, assure à la presse que sa firme peut tout prendre en charge depuis la préparation des terres jusqu’à la récolte des cannes.

L’industrie sucrière rêve de produire, sinon 800 000 tonnes annuellement, du moins d’améliorer au plus vite le record de 1973 de 718 464 tonnes. Le Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, n’hésite pas à parler pour sa part d’une récolte d’un million de tonnes, par fidélité au vieux principe voulant que, tant que Maurice pourra produire annuellement une tonne de sucre par habitant, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes et nul n’aura sujet à se plaindre pas même du gouvernement, ministre des Finances compris.

Le Dr Mongelard rappelle que le Dr Octave Wiehé s’intéresse, dans les années 1960, aux possibilités d’une irrigation plus rationnelle et plus efficace. C’est d’ailleurs cet intérêt qui le pousse à orienter son doctorat sur ce sujet. En 1969, la station de recherches d’Hawaï le recrute en raison de ses connaissances approfondies en matière d’irrigation. En 1973, après des années d’expérience, il peut produire des résultats fantastiques, soit 157 tonnes métriques par arpent sur un cycle de 54 semaines. Un possible record mondial. Grosso modo, Hawaï, île particulièrement volcanique, double sa production cannière (de 50 à 100 tonnes en moyenne par arpent) grâce au goutte à goutte. Il tient compte que les variétés cannières et les conditions climatiques ne sont pas les mêmes à Hawaï et à Maurice.

Le Dr Mongelard n’oublie pas son île natale pour autant. Tout en sachant que les conditions ne seront pas aussi bonnes qu’à Hawaï, il pense que notre industrie sucrière peut atteindre son objectif de 800 000 tonnes grâce au goutte à goutte.

Ce système a l’avantage sur l’irrigation par aspersion d’offrir à la plante une fourniture d’eau adéquate et régulière de six heures par jour. Il réduit d’une façon appréciable le volume d’engrais utilisé dans une région sèche. On peut envisager aussi des économies intéressantes au niveau des dépenses énergétiques car le goutte à goutte a, ici, des besoins moindres que l’irrigation par aspersion.

Une vitesse de croisière appréciable peut être atteinte en seulement deux ans si gouvernement et industrie sucrière investissent franchement et sans réserve dans cette méthode.

M. Ramdanee raconte comment l’irrigation par aspersion remplace, en 1973, l’ancienne irrigation de surface, sur son établissement sucrier de la Rivière noire. En 1977, le Dr Mongelard lui présente tous les aspects du goutte à goutte, lors d’une visite qu’il effectue à Hawaï. Il se rend compte que le goutte à goutte peut permettre à un planteur des régions sèches d’empocher Rs 19 200 de revenus par arpent (six tonnes de sucre) au lieu de Rs 9 600 (trois tonnes).

Le coût d’installation du goutte à goutte est estimé à Rs 12 000/15 000 par arpent. Le planteur peut récupérer cette somme au bout de seulement deux années.

Notons que le goutte à goutte n’est pas réservé à la canne à sucre mais peut s’appliquer à d’autres cultures, y compris celles d’arbres fruitiers.

Qui nous dira ce qu’il est advenu depuis à Maurice de ce goutte à goutte miraculeux ? En attendant le record sucrier de 1973 va sur ses 33 ans.

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