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66 Bangladais abandonnés à Mahanaga
Le séjour des 66 Bangladais à Ambohinambo –Talatamaty a perturbé le paisible quotidien de ce village. Arrivés dans le fokontany au début de l’année, presque sans le sou, ils ravageaient les récoltes des paysans du coin pour pouvoir se nourrir.
L’auteur présumé de ce trafic de main-d’œuvre bon marché, Abdul Satar Miah, un ressortissant bangladai, est actuellement incarcéré au port de Maputo, en Mozambique. Il est recherché par les autorités de ce pays pour le même motif. Il est soupçonné d’avoir participé au même trafic en 2004 avec 34 Comoriens.
Ils sont ingénieurs, hommes d’affaires, artisans ou ouvriers. Le plus jeune a 17 ans et le plus âgé 49. Les 66 Bangladeshis sont partis de Dacca en décembre 2005 pour rejoindre l’Afrique du Sud à la recherche d’un travail. Coût : 4 500 dollars par personne, soit environ 11 millions d’ariary, qu’un dénommé Abdul Satar s’est chargé de réunir pour faire passer la soixantaine d’hommes vers la destination initialement prévue.
Le trajet Bangladesh-Madagascar par avion se déroule normalement. Shahidul Islam, le seul du groupe qui parle l’anglais, confirme que “les papiers, visas et billets d’avion étaient en règle”.
La délégation arrive à Antananarivo où elle devait attendre l’embarcation vers l’Afrique du Sud via Mahajanga. Arrivés par groupe de dix, les Bangladeshis s’installent à la mosquée d’Isoraka et d’autres rejoignent une villa à Talatamaty.
Première surprise. A. Satar change de cap et annonce qu’il faudrait passer tout d’abord par le Mozambique, “pour faciliter les paperasses”, comme il l’affirme aux Bangladeshis. D’après Shadul Islam, “Abdul Satar aurait également choisi de passer par Madagascar pour le même motif ” et il leur a affirmé pouvoir arriver à amadouer les responsables malgaches.
<B>“Piller les récoltes ou mourir de faim”</B>
Va donc pour le Mozambique. Le groupe s’embarque à bord d’un navire dénommé Vichy pour rejoindre les côtes mozambicaines. “Satar nous a dit que nos visas étaient en règle et qu’il a trouvé un transitaire pour nous prendre en charge”, explique Shadul.
Deuxième surprise : le bateau fait demi tour à quelques miles de Maputo pour revenir au port de Mahajanga. Shadul Islam pense que “le commandant du Vichy ne voulait pas avoir d’embrouille avec les autorités mozambicaines”, car en fait, il n’y jamais eu d’agence pour les accueillir. Retour à la case départ.
Les autorités malgaches décident dès lors de les faire revenir dans leur pays d’origine par avion. Mais au grand dam de tous, Abdul Satar affirme avoir perdu tous les billets. Perdus en terre inconnue, ces derniers n’ont d’autres alternatives que de suivre les directives de leur accompagnateur. “C’est lui (Abdul Satar) et la police malgache qui ont cherché ensemble une solution pour nous caser, le temps de régulariser les démarches administratives”, souligne Shadul I. Le président du fokontany d’Ambohinambo-Talatamaty affirme pour sa part que c’est lui qui a alerté le ministère de l’Intérieur sur la présence de ces individus. “C’est seulement après ma lettre que le service d’immigration a dépêché des éléments sur place.” Faly Randriantsoa souligne que seul Abdul Satar s’est inscrit au registre du fokontany à leur première arrivée.
Finalement, les Bangladeshis se retrouvent dans une villa à …. Ambohinambo Talatamaty, à la périphérie ouest de la capitale. Et ils y resteront trois mois. “C’est vraiment honteux, mais que voulez-vous ? On avait le choix entre piller les récoltes ou mourir de faim.” Le fokontany décide alors de mettre fin à cette situation surréaliste et chasse le groupe.
Abdul Satar annonce enfin le départ pour la Mozambique pour fin mars, mais en réalité, il n’aura lieu que le 5 avril. Cette fois-ci, c’est un transitaire malgache, le Transit Malaky, qui se chargera du voyage à bord d’un bateau malgache, le Karibo. L’espoir renaît chez les Bangladeshi mais il sera de courte durée.
Contrairement à la première traversée du canal de Mozambique, la croisière, cette fois, ne s’amuse pas.
Des rixes éclatent entre les “hommes” d’Abdul Satar et l’équipage du bateau. Le commandant du navire, au courant du périple précédant, a préféré garder avec lui les passeports. Mais une fois au large, quelques-uns menacent le commandant pour qu’il leur rende les papiers. Celui-ci tente de résister et se retrouve avec la jambe cassée.
Détournement de navire</B>
L’évènement vire très vite au détournement de navire. Le commandant malgache, grièvement blessé, obéit maintenant aux ordres des occupants du Karibo. Abdul Satar lui ordonne d’amarrer au large de Nacala, à l’est de Maputo. “Nous nous étions répartis en groupe de trois une fois les côtes atteintes”, se souvient Shadul Islam ; “et jusqu’à maintenant je ne comprends toujours pas pourquoi on a agi ainsi”, poursuit-il. Abdul Satar, muni de papiers en règle, aurait-il eu quelque chose à se reprocher vis-à-vis des autorités portuaires mozambicaines ?
Les 67 Bangladeshis sont arrêtés pour détournement de navire à l’entrée de la ville de Nampala. La partie mozambicaine, ne voulant pas trop s’impliquer dans l’affaire, fait remonter tout le monde sur le Karibo, sauf Abdul Satar. Direction : Mahajanga, où le cauchemar revient.
Abdul Satar, lui, est incarcéré au Mozambique actuellement. Les autorités mozambicaines pensent avoir mis la main sur un très grand réseau de trafic humain dans cette zone de l’océan Indien. Selon le journal mozambicain Noticia, dans son édition du 24 avril dernier, Abdul Satar est détenu dans la prison de Maputo afin d’établir qui sont ses complices et quels sont ses liens avec le réseau. “On nous a dit qu’il est retenu au Mozambique pour éviter que nos camarades le lynchent une fois à bord, mais moi, je crois qu’il a l’habitude d’un tel trafic et que ses complices se trouvent au Mozambique et à Madagascar”, fait remarquer Shadul Islam.
“L’authenticité des visas utilisés témoigne de l’ampleur du trafic et des complicités de haut vol dans le secteur”, explique le quotidien Noticia. Les visas ont été délivrés par la “High commission” (le consulat) mozambicaine au Swaziland. Or, aucun des 67 migrants n’a jamais mis les pieds dans ce pays. “ Les enquêtes se poursuivent pour remonter cette filière aussi bien au Mozambique qu’à l’étranger”, écrit le journal.
En tout, le périple de ces Bangladeshis a duré six mois. Chaque membre du groupe a dépensé plus de 10 000 dollars pour ce voyage vers l’eldorado sud-africain. “J’ai tout vendu chez moi pour pouvoir faire ce voyage”, réplore notre interlocuteur. Aux dernières nouvelles, il ne reste plus qu’une dizaine d’entre eux à Madagascar, en attendant de pouvoir retourner au Bangladesh.
L’express Madagascar</I>
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