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Budget des Arts et du patrimoine culturel: ce que cache le flou artistique
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Budget des Arts et du patrimoine culturel: ce que cache le flou artistique
Entre des mesures réchauffées et des annonces vagues sans aucun détail sur leur fonctionnement, ni les sommes qui y sont allouées... Le Budget 2022/2023 laisse plus d’un dans les secteurs créatifs sur leur faim. L’impulsion tant attendue pour soutenir ceux qui sont encore sous le coup de l’interdiction de rassemblement pour cause de pandémie ne s’est pas matérialisée.
Industries créatives
Pas de statut, pas d’avancement
La mesure absente : Si, depuis 2016/2017, mention est régulièrement faite du Status of Artist Bill dans le Budget, cette fois, ce projet de loi n’est pas cité. Le «Key Performance Indicator» du ministère des Arts et du patrimoine indique qu’il vise novembre 2022 pour la promulgation de la loi qui reconnaîtra les artistes en tant que professionnels.
Les points de vue : «Tant que les artistes n’auront pas de statut de légal, ils n’auront pas la considération qu’ils méritent», constate le producteur Stephan Rezannah. «À chaque Budget, cela ne sert à rien aux artistes d’être choqués.»
Si le Budget ne tient pas ses promesses, c’est aussi de la «faute à ceux qui caressent les décideurs dans le sens du poil. Rod toultan pass an bien. Les décideurs ont compris comment calmer les frustrations des artistes, à cause des roder bout». Il affirme que si le Budget avait annoncé quelque chose de concret à propos du Status of Artist Bill, «j’aurais été satisfait». Certes, au cours des années précédentes, le Budget a évoqué le vote prochain de ce projet de loi, sans que cela ne se concrétise. «Les Mauriciens ont la mémoire courte. Les artistes sont bernés à chaque fois.»
Pour Bruno Raya, artiste et producteur, «ce qui augmente la colère des artistes c’est qu’on n’a pas écouté leurs propositions. À la place, il y a des mesures qui ne sont pas concrètes, ki pa vo lapenn». Exemple : pour faire un album, le ministère des Arts accorde une subvention de Rs 40 000. «Donn nou lafors, pour concrétiser nos projets.» Selon lui, «zame artis pa ti dimann» un National Arts Centre avec un studio d’enregistrement. «Il y a déjà plusieurs studios gérés par des professionnels.» Bruno Raya craint qu’il n’y ait à terme une mainmise des «chatwa» sur cette future institution.
Les dotations :
- Rs 20 millions pour un National Arts Centre comprenant un studio d’enregistrement, à Réunion Maurel, Petit Raffray. Ce village est dans la circonscription n°6 (Grand-Baie/Poudre-d’Or) où Avinash Teeluck, ministre des Arts et du patrimoine culturel, a été élu en 2019. Valeur totale estimée de ce projet de construction : Rs 57 millions. Les Rs 20 millions représentent donc une première tranche du National Arts Centre.
- Rs 1 million de frais de consultant pour un plan de restructuration de la Mauritius Society of Authors (MASA). La finalisation du plan est prévue dans un an, en juin 2023. En attendant, l’élection des sept représentants d’artistes au conseil d’administration de la MASA est attendue.
- Rs 5 millions pour soutenir les talents émergents sous l’Artist Incubator Scheme. Le National Arts Fund propose déjà l’Emerging Talents Grant avec un plafond de Rs 300 000.
- Rs 1 million au cours de 2022/2023 pour faciliter la participation de talents locaux à des cérémonies de remises de prix internationales.
- Rs 1 million au cours de 2022/2023 pour que des talents locaux participent à des concours internationaux. Un ArtistTravel Grant existe déjà, avec un plafond de Rs 200 000 par bénéficiaire. Une subvention accordée au groupe Anonym pour se produire en première partie de Christophe Maé à l’Olympia le mois dernier.
- Rs 3 millions pour la modernisation des théâtres Serge Constantin et de Pointe-Canon.
- Le complexe sportif de Côte-d’Or sera équipé pour accueillir de grands concerts d’artistes locaux et internationaux. Avant la pandémie, ces manifestations ont eu lieu dans le parking de ce stade.
Patrimoine
Appel aux opérateurs du secteur privé.
La mesure : Un Expression of Interest sera lancé pour encourager les opérateurs privés à rénover, entretenir et exploiter commercialement les bâtiments et des sites historiques, notamment le Château Bénarès et La Citadelle.
Le point de vue : «Il y a déjà eu des Expression of Interest similaires où personne n’était intéressé.» Propos d’Arrmaan Shamachurn, président de l’association SOS Patrimoine en péril. Retour au Budget 2017/18 qui annonce la création d’un village d’artistes à la Batterie de l’Harmonie à Rivière-Noire. Les promoteurs sont invités à se manifester en septembre 2019. À juin 2022, pas de village des artistes. «On ne sait pas ce que le ministère propose aux éventuels opérateurs. Auront-ils droit à des abattements fiscaux ? Qui sont les promoteurs visés ? Quel cahier des charges leur sera imposé ?» se demande ce défenseur du patrimoine.
Dans le cas de Château Bénarès, SOS Patrimoine en péril a mené une étude, à la fois pour en connaître l’histoire mais surtout pour demander à la population locale ce qu’elle souhaite voir dans ce bâtiment datant du 19e siècle, qui est en état de délabrement avancé. «Connaître les souhaits des habitants fait partie des normes internationales de la sauvegarde du patrimoine.» Qu’a montré l’étude ? Que les villageois veulent voir Château Bénarès réhabilité en centre polyvalent. «Décider de l’orientation d’un site ne peut se faire au petit bonheur. La vocation commerciale ne respecte pas les voeux de la majorité des habitants de Château Bénarès.»
Pour La Citadelle (site géré par le ministère du Tourisme), retour au rapport de l’Audit 2019/2020. Il rappelle que depuis novembre 2018, la création d’un espace artistique est prévue à La Citadelle. Un projet qui, selon l’Audit, montrait des «signes d’abandon» en 2019/2020. À septembre 2020, une étude du terrain qui doit être clôturé pour ce projet n’avait pas encore été faite. L’Audit a signalé qu’au 30 juin 2020, les dépenses cumulées pour la rénovation étaient de Rs 39,7 millions. Mais qu’il y a un manque de maintenance. Une visite des lieux en octobre 2020 avait montré que «sur quinze espaces commerciaux, un seul est en état d’être loué».
Le responsable de SOS Patrimoine rappelle qu’en 2019/2020, l’Audit braque les projecteurs sur Le Batelage, en soulignant que le locataire de cette structure appartenant à l’État n’avait plus payé de loyer à partir du 30 juin 2020. Le cas a alors été référé à la Cour suprême.
Arrmaan Shamachurn souligne qu’en l’état actuel des choses, les autorités responsables d’un patrimoine peuvent lancer des appels à projets «sans que cela n’ait besoin d’être annoncé dans le Budget. C’est simplement une mesure administrative. Dans le Budget, on s’attend davantage à des mesures financières concrètes pour la sauvegarde du patrimoine». Le président de SOS Patrimoine va plus loin en se demandant si cette mesure n’illustre pas une volonté de l’État de se décharger de sa responsabilité inhérente de protection du patrimoine, sur le secteur privé. Autre exemple d’Expression of Interest, que cite Arrmaan Shamachurn : celui du Victoria Urban Terminal, qui comprend la rénovation de l’ancienne gare centrale, classée patrimoine national. «D’un côté cette structure a été rénovée mais d’un autre côté, les anciennes Casernes Decaen – pas classées patrimoine national – qui étaient sur le site, ont été démolies. Les pierres ont été intégrées dans la façade du Victoria Urban Terminal.»
Les dotations :
- Rs 25 millions du Lotto Fund pour la rénovation du patrimoine. La subvention au National Heritage Fund reste inchangée à Rs 18,5 millions.
- La subvention du Mauritius Museums Council présidé par Somduth Dulthumun passe de Rs 24,3 millions en 2021/2022 à Rs 28,5 millions en 2022/2023.
- Rs 150 millions sur trois ans pour le «rafraîchissement» du jardin botanique de Pamplemousses.
- Rs 5 millions pour la rénovation du musée de Mahébourg comme l’an dernier.
- Rs 4 millions pour la rénovation du musée SSR.
- Rs 10 millions comme contribution à la phase II de la rénovation du théâtre de Port-Louis.
- Rs 2 millions pour les services d’un consultant pour la phase III de la rénovation du Plaza.
- Rs 20 millions pour la phase II du musée intercontinental de l’esclavage.
- Rs 1 million pour les services d’un consultant pour la rénovation de la Batterie l’Harmonie et l’ex-école Beaugeard.
Arts plastiques
Juste une expo annuelle.
Les dotations :
- Une 1ère édition de la Mauritius Arts Expo est prévue dans le courant de l’année financière. Chaque exposant aura une allocation de Rs 5 000.
- Rs 1 million pour une étude visant à élaborer un plan stratégique pour les Arts et les secteurs créatifs.
Promotion de la lecture
La mesure : Une politique d’achat des oeuvres littéraires publiées dans l’année sera adoptée. Ces oeuvres seront rendues plus accessibles à travers les bibliothèques publiques.
Voilà qui fait écho à une mesure préconisée au lendemain du premier confinement. En juin 2020, le Post Covid-19 Action Plan for Creative and Heritage sectors prévoyait, parmi ses 13 mesures, «l’acquisition des oeuvres d’auteurs locaux, avec un plafond de Rs 25 000 par auteur».
Des voix vont s'élever
<p>Un collectif, Artis anou bouze, prévoit d'exprimer son mécontentement suite à la présentation du Budget, demain matin, lors d'une conférence de presse. </p>
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