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Vente de USD 200 millions: quel impact sur la valeur de la roupie ?

14 avril 2022, 10:00

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Vente de USD 200 millions: quel impact sur la valeur de la roupie ?

Faut-il prendre l’intervention de la Banque de Maurice sur le marché des changes hier comme une réaction aux interrogations du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, mardi au Parlement ? Ce dernier soulevait la problématique de la pénurie de devises dans sa «Private Notice Question». Oui, rétorquent des observateurs économiques, alors que certains spécialistes voient dans la démarche du régulateur une volonté de mettre fin aux spéculations sur le taux de change du dollar tout en se tenant prêt à d’autres interventions pour stabiliser la roupie. La banque centrale a en effet procédé à la vente de USD 200 millions sur le marché des changes hier, soit l’équivalent de Rs 8,6 milliards. Ce qui ramène la valeur totale de ses interventions depuis le début de l’année à Rs 17,4 milliards.

Intervention historique en une seule opération de la banque centrale hier, avec la vente de USD 200 millions à un taux de Rs 43,15 le dollar. Dans un communiqué émis par la banque centrale hier, il y est indiqué que le régulateur a observé une reprise soutenue des entrées de devises dans le pays depuis la réouverture totale des frontières en octobre 2021, suivie par un dynamisme dans les secteurs de l’exportation et du tourisme. Au cours des deux derniers trimestres, les entrées de devises dans le pays se sont élevées à près de USD 2 milliards, soit l’équivalent de Rs 86 milliards. Quel sera l’impact de cette intervention sur la valeur de la roupie vis-àvis des principales devises étrangères et finalement sur l’inflation ? Nous y reviendrons. 

En attendant, le communiqué va encore plus loin. Les conditions économiques qui ont entraîné une dépréciation de la roupie, de l’ordre de 7,6 % en 2020 et de 9,2 % en 2021, se sont largement estompées au fur et à mesure que les perspectives économiques s’améliorent. La BoM s’attend à ce que les conditions de l’offre et de la demande sur le marché des changes s’améliorent aussi, inversant ainsi la tendance à la dépréciation de la roupie. 

Cependant, le timing de cette intervention de la BoM sur le marché des changes interpelle. Lors de sa Private Notice Question (PNQ) mardi matin, Xavier Luc Duval a fait ressortir que cette tendance à la dépréciation de la roupie a été notée avant le début de la pandémie, avec une dépréciation de 8 % entre novembre 2019 et mars 2020 et il a aussi voulu connaître les mesures prises pour renverser cette tendance. 

À cela, le ministre des Finances avait assuré que le marché des changes est stable et qu’il n’y avait pas de pénurie de devises, surtout que la banque centrale a déjà enclenché sa stratégie visant à un début d’appréciation de la roupie avec la vente de USD 25 millions de devises sur le marché le 8 avril, soit l’équivalent de Rs 1,1 milliard, à un meilleur taux de Rs 43,15 le dollar. «Les actions de la BoM confirment à 100 % le contenu de ma PNQ mardi, qu’il y a en effet un manque aigu de devises sur le marché. Nous le voyons, la BoM prend la décision inédite de mettre immédiatement USD 200 millions à la disposition des banques commerciales et a même exigé qu’elles mettent ces devises sur le marché», dit Xavier Luc Duval. 

Que peut-on dire de la performance de nos secteurs pourvoyeurs de devises étrangères ? Avec un taux d’inflation de 10,7 % en glissement annuel actuellement, le déficit de notre balance commerciale pour 2021 était de Rs 133 milliards, avec des revenus d’exportation de Rs 82 milliards, face à des importations de Rs 215 milliards. En janvier 2022, nos exportations se chiffraient à Rs 6,7 milliards contre une note d’importation de Rs 19,3 milliards. Il faut aussi savoir qu’en 2021, le tourisme nous a rapporté Rs 15,3 milliards, contre Rs 17,7 milliards en 2020 et Rs 63,1 milliards en 2019. Nos revenus touristiques pour le mois de janvier s’élèvent à Rs 4,3 milliards. 

Il ne faut pas oublier que le contexte international est toujours en notre défaveur, le prix du carburant étant toujours élevé, le baril de pétrole (crude brent) se vendant à USD 106,5 hier, sans oublier la tendance inflationniste au niveau mondial, ce qui a contribué à cette tendance à la dépréciation de la roupie. L’évaluation du Fonds monétaire international, indiquant que la roupie est surévaluée de 30-40 %, est aussi à considérer, surtout qu’elle influence les spéculateurs convaincus que la roupie est encore surévaluée. Résultats, ils gardent les dollars dans leur trésorerie, laissant un manque de devises sur le marché et forçant ainsi la BoM à dévaluer la roupie, la demande pour les devises sur le marché étant moins que l’offre. 

Cette intervention historique de la BoM vient donc rétablir la confiance et empêcher une dépréciation massive de la roupie à court terme. Toutefois, si le marché des changes reste sous contrôle grâce à cette intervention, l’effet restera temporaire. Il est donc primordial que la performance des secteurs pourvoyeurs de devises étrangères soit meilleure pour assurer l’entrée des devises sur le marché, sinon la roupie replongera aussi vite qu’elle remontera et le problème restera donc entier.

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