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Albion: un vieux cimetière oublié refait surface sous les fondations des maisons

16 décembre 2021, 16:23

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Albion: un vieux cimetière oublié refait surface sous les fondations des maisons

Pour une fois, on ne s’est pas débarrassé des ossements humains trouvés sur le chantier de construction d’une maison à Albion. Résultat : cela a débouché sur un nouveau projet pour mieux connaître la vie des ancêtres. Des fouilles archéologiques préliminaires ont eu lieu, avec le concours de scientifiques de l’université de Stanford.

Trouver des ossements humains, en creusant les fondations d’une maison. Cela n’est pas arrivé qu’à une seule habitante d’Albion en 2019.

Là où l’histoire prend une toute autre tournure, c’est qu’elle en parle à Owen Griffith, Joint Managing Director de Bioculture, société engagée dans l’exportation de singes pour la recherche médicale et défenseur du patrimoine. Ses efforts ont contribué à l’ouverture d’un chantier de fouilles archéologiques à Albion. Scientifiques aguerris, doctorants, étudiants, assistants étaient à l’œuvre hier, à la rue Victory, pas très loin de la plage publique d’Albion.

Owen Griffith revient sur le début de cette aventure. Après la découverte des restes humains, l’habitante d’Albion appelle les autorités. «Pour dire les choses gentiment, les autorités n’étaient pas très intéressées. Sans doute parce qu’elles savaient quelque chose que cette habitante ne savait pas : cet endroit était un ancien cimetière.»

Squelettes mis au jour

Le conseil de district finit par enlever les ossements. «On a supposé que ces personnes étaient des catholiques. On les a enterrées au cimetière de Saint Martin.» «There it could have ended, except she told me

N’ayant jamais entendu parler d’un cimetière à Albion, Owen Griffith (qui est à l’origine du musée au cimetière juif de Saint-Martin) se renseigne. Le National Heritage Fund est alerté. Quand l’habitante creuse à nouveau le terrain pour y construire une piscine, «six autres squelettes sont mis au jour».

Cette fois, c’est Owen Griffiths et le NHF qui se penchent sur les découvertes. «Pendant au moins 40 ans, on s’est débarrassé des ossements retrouvés dans cette région, pendant des travaux. We are putting an end to that.»

L’Associate Professor Krish Seetah du département d’anthropologie de la Stanford University, aux États-Unis, qui se trouve justement à Maurice à ce moment-là, est consulté.

Krish Seetah – qui est d’origine mauricienne – est l’une des chevilles ouvrières du Mauritian Archaeology and Cultural Heritage Project: exploring the impact of colonialism and colonisation in the Indian Ocean, à Stanford. «Krish Seetah nous a dit que ces ossements ont une valeur scientifique, historique, culturelle inestimable», affirme Owen Griffiths.

Alexandra Sianciosi de l’université d’Amsterstam, visiting scholar à la Stanford University, fait partie de l’équipe d’Albion. Elle a travaillé sur le système de quarantaine à Maurice, avec Krish Seetah. «Le cas d’étude c’est la station de quarantaine à l’île Plate, mais l’étude est liée aux cimetières et au système de quarantaine en général.» Elle précise qu’à Albion, des restes d’un cercueil ont été retrouvés dans le cas du bébé, «mais dans un autre cas, il n’y a pas de trace ni de cercueil ni de linceul».

Qu’en est-il des artefacts retrouvés sur place ? Alexandra Sianciosi affirme peu de choses en dehors de quelques boutons et d’une pièce de métal non encore identifiée ont été trouvés. C’est aussi elle qui a passé «plusieurs longues heures aux archives», mais sans trouver de document relatif à cet ancien cimetière. «Des recherches sont en cours dans les archives de l’ancienne usine ayant appartenu à la famille Seligny.»

Krish Seetah, «Associate Professor» à l’université de Stanford (au centre), mène l’équipe internationale de chercheur

Les cimetières «informels»

Sur place, hier, Krish Seetah explique que «13 individus, incluant un bébé d’environ six à huit mois ont été retrouvés, dans le terrain d’au moins trois personnes». Parmi, ce qui pourrait correspondre à une «avec les dents résorbées et des déformations de la colonne vertébrale». Ce qui «peut vouloir dire que cette personne a porté de lourdes charges». Il explique qu’il n’était pas rare d’avoir des cimetières «informels, qui n’apparaissent sur aucune carte. On a perdu leur trace pendant 100 voire 200 ans d’utilisation». Ces cimetières ont tendance à être sur les côtes, «comme on l’a vu à Cap-Malheureux, parce que c’est plus facile de creuser dans le sable. En général, on n’enterre pas les morts là où on pratique l’agriculture, ni là où il y a des habitations».

Trop tôt pour situer l’époque

Ces fouilles n’en sont qu’au stade des études préliminaires. Pour l’heure, les données disponibles ne permettent pas de mesurer l’étendue exacte de l’ancien cimetière. Ni surtout, de dater les ossements. Krish Seetah souligne que ce n’est pas possible de se prononcer sur l’époque, tant que les datations scientifiques n’ont pas été effectuées. «Ce serait une erreur de spéculer sur la date et sur l’identité des personnes enterrées là. Mais nous sommes sûrs que c’est un ancien cimetière.» L’une des indications étant la couleur des ossements retrouvés, ce qui tend à prouver que ces corps sont enterrés depuis fort longtemps. Krish Seetah, dont la spécialité est la zooarchéologie, souligne qu’en dehors des documents historiques, «il y a très peu de preuves moléculaires concernant la vie des ancêtres de la population mauricienne». Le scientifique affirme que les ossements d’Albion ont un rôle crucial à jouer pour améliorer la compréhension de la vie des ancêtres. Où auront lieu les prochaines analyses ? Krish Seetah précise qu’un ostéologue ayant déjà travaillé sur le cimetière du Morne et de Bois Marchand va travailler sur les ossements d’Albion. «We don’t do ancient DNA in Mauritius», affirme-t-il. Une fois les autorisations obtenues, des échantillons seront envoyés à l’université de Copenhague. Lors des prochaines étapes, des échantillons serviront à déterminer de quoi sont mortes ces personnes retrouvées enterrées à Albion. «On saura éventuellement si leur décès est lié à une épidémie.»

Autorisations

Owen Griffiths souligne que ces fouilles archéologiques, dans un terrain privé à Albion – une partie appartient à la famille Li Kwong Ken – ont lieu avec l’autorisation du National Heritage Fund et du conseil de district de Rivière-Noire. Il assure qu’une fois toutes les recherches terminées et l’identité des corps déterminée, «les ossements seront enterrés au cimetière de Saint-Martin. Un mémorial sera érigé». À noter qu’Owen Griffiths fait aussi partie du Conseil des religions.

*Tous ceux qui souhaitent contribuer à ces recherches, notamment des personnes qui auraient retrouvé des ossements lors de travaux à Albion, sont invités à se mettre en contact avec Owen Griffiths, au 6262503/52560073. L’anonymat des contributeurs sera respecté.

 

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