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Miselaine Duval: «je ne cherche pas d’argent sur le dos des gens»
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Miselaine Duval: «je ne cherche pas d’argent sur le dos des gens»
Cela fait presque six mois (le 28 juin) depuis que vous avez poussé un cri du cœur à propos de la fermeture prochaine du Komiko Comedy Art Club. La situation a-telle évolué ?
Malgré tout ce que nous avons fait, nous n’avons eu que des ennuis.
On vous a fait des promesses, pourtant.
Il y a eu des commentaires. On s’est demandé : «Kouma enn dimounn kouma Miselaine pé krwar dan parol sa bann dimounn-la? Zot pa pou ed li mem.» On a aussi dit : «Kifer Komiko inn al ouver téat dan Bagatelle. Zot éna kas.» Mais que faut-il faire dans ce pays pour gagner sa vie honnêtement ? Si pendant tout ce temps vous n’avez pas entendu parler de Komiko, c’est parce que j’ai tenu à suivre toutes les procédures. J’ai dit publiquement quelle est la situation financière extrêmement difficile de Komiko. Nous sommes toujours en détresse. Je l’ai fait pour qu’on trouve des solutions. Le ministre des Arts et du patrimoine culturel nous a reçus. Minis inn donn mwa so niméro portab. Il a répondu à mes appels en disant qu’il allait nous aider.
Vous décrivez un monde parfait... Mais, au final, on nous a seulement dirigés vers la Banque de développement, pour obte- nir un emprunt de Rs 1 million. Enn loan ki tou SME kapav gagné. Là aussi, il faut fournir une longue liste de documents. Cela fait des mois que je suis toutes les procédures administratives (NdlR, procédures d’autant plus compliquées que Miselaine Duval se trouve au Canada pour des raisons personnelles). On ne vous dit jamais à l’avance tous les documents dont vous aurez besoin pour que les démarches aboutissent. Quand je me suis tournée à nouveau vers le ministère des Arts et du patrimoine culturel pour expliquer les difficultés qu’on a, cette fois, pour faire aboutir les démarches, on m’a répondu que le ministère n’entre pas dans le fonctionnement de la Banque de développement. Pa zot zafer.
Dans toutes les institutions vers lesquelles on nous a dirigés, il faut montrer que notre secteur d’activité sera rentable à l’avenir. Il faut montrer de la visibilité à long terme. Et surtout, il faut montrer comment vous vous débrouillez pendant les mois où vous ne pouvez pas travailler, à cause de la situation sanitaire. Expliquez-moi quelle est la logique de tout ça.
Sans faire l’avocat du diable, comment vous vous débrouillez ?
Nous sommes un multipurpose hall qui sert aussi de salle de spectacle. En 2018, il y avait de gros problèmes à Belle-Rose (NdlR, l’ex-cinéma ABC). Il fallait bouger. Ce que nous avons fait, en partie avec le soutien financier du centre commercial de Bagatelle. On a investi tout ce qu’on avait dans le Komiko Art Club. Moins de deux ans après, alors que l’on commençait à refaire notre image, à montrer que le concept d’un comedy club, ce n’est pas la même chose qu’un théâtre, le Covid-19 est arrivé. Tout a commencé à s’effondrer à partir de décembre 2019.
Même à moitié capacité, nous n’avions pas 100 personnes. Les gens ont peur du Covid-19. Ensuite, on nous a dit de jouer devant 50 personnes. Maintenant, on n’a plus rien. Nous n’avons plus de mariages, plus de conférences. Il n’y a plus d’animation. De temps en temps des petits trucs tombent, mais cela ne suffit pas comme cash flow. Heureusement que le Wage Assistance Scheme nous aide à payer les salaires. Sinon on serait déjà finis. Teign net. Certains techniciens ont été mis au repos et sont devenus freelance. On a baissé les salaires. On a tout essayé.
Dans tout cet imbroglio financier, qu’avez-vous fait ?
J’ai à nouveau fait appel au ministre des Arts et du patrimoine culturel. Pour demander si c’est possible d’obtenir une subvention. Une aide pour nous garder vivants. Ce n’est pas de notre faute si nous ne pouvons pas travailler depuis presque deux ans.
Qu’est-ce que cela a donné ?
Le ministre a appelé Ascencia (NdlR : la société qui gère le centre commercial de Bagatelle) pour leur dire : «je vous confirme que nous cherchons des solutions pour eux». De son côté Ascensia nous a dit qu’elle compte nous proposer le meilleur deal possible dans ces circonstances. Mais on leur doit de l’argent. Tous les mois un peu plus d’argent. Nou zwé nou pa zwé, les factures tombent (NdlR, les dettes dépassent Rs 3 millions).
J’ai envoyé des mails pour dire qu’on n’en peut plus. On arrête la. S’il n’y a pas de solution miracle, on ne peut pas continuer à s’endetter. Plusieurs fois déjà, on a dit à Ascensia : «Attendez, il y a un million qui va tomber de la Banque de développement.» Sauf qu’Ascensia a fini par répondre : «Ça fait des mois que vous nous dites ça.» Valeur du jour, on n’a rien. Aucun déboursement pour un emprunt qui en principe a été approuvé.
Je ne cherche pas d’argent sur le dos des gens. Je ne demande rien de gratuit, ni qu’on rembourse toutes nos dettes pendant que moi je m’assois à la maison. Mais qu’on trouve une formule pour nous aider. Dans tous les pays du monde, des artistes crient leurs souffrances et on les aide.
Je n’attaque personne. Mais peut-être que le ministère a peur que s’il nous aide, il faudra aider 60 autres derrière. Sauf que Komiko, c’est un one and only
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