Publicité

Population vieillissante, un poids insoutenable à long terme

26 mars 2021, 17:34

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Population vieillissante, un poids insoutenable à long terme

Constat alarmant. Face au vieillissement démographique, en 2020 le paiement de la pension de vieillesse représentait 6,5 % de notre PIB. Face à la crise économique liée au Covid-19 et à l’augmentation du taux de chômage de la population active, la pension universelle pourrait peser bien lourd dans la balance budgétaire de l’État dans les années à venir.

Le constat est clair : notre population vieillit. En effet, les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius pour 2019 à 2020 révèlent que le pourcentage de la population des plus de 65 ans est passé de 11,5 % à 12 %. Par ailleurs, celui des plus de 60 ans est passé à 17,4 % en 2019, selon les chiffres regroupés par l’économiste Kevin Teeroovengadum. Quelles sont les conséquences de ce vieillissement démographique sur l’économie nationale ?

Du point vu macroéconomique, 2020 a accusé une contraction de 15,2 % du PIB, les estimations de croissance économique sont revues à la baisse pour 2021, nos investissements sont moins fructueux, considérant à titre d’exemple la baisse d’activité de la Bourse de Maurice. En contrepartie, le chômage est en hausse, passant à 10,9 % en septembre dernier; dépréciation de la roupie oblige, la hausse du coût de la vie met la pression sur les ménages.

Au niveau étatique, face au nouvel impact du Covid-19, le gouvernement doit en remettre une couche pour soutenir les salaires, les dettes s’accumulent accentuant encore et encore la pression sur les caisses de l’État. Il ne faut pas oublier la claque de Moody’s, qui, dans son dernier rapport de notation, s’interroge sur le rythme de la reprise économique du pays avec une détérioration des paramètres budgétaires et de la dette. Une situation qui a contraint les analystes de Moody’s à abaisser la note du pays de Baa1 à Baa2, «Over time, an ageing population, combined with negative net migration and low fertility rates, could increase government spending pressures», peut-on lire dans ce rapport.

Face aux risques accrus d’une hausse du niveau de pauvreté dans le pays versus une économie fragilisée, le gouvernement pourra-t-il tenir sa promesse d’une augmentation progressive de la pension de vieillesse à la veille d’un nouveau budget national ? Le débat est ouvert.

Pour commencer, voyons l’impact économique de cette démographie vieillissante. Selon Bernard Yen, Managing Director de Aon Hewitt Ltd, pour la pension de vieillesse de Rs 9 000 par mois, nous avons environ 238 000 personnes âgées de plus de 60 ans, qui reçoivent environ Rs 28 Mds de l’État par an. «Cela représentait déjà 6,5 % de notre PIB en 2020, alors que la pension de vieillesse coûtait 2 % du PIB en 2003 quand le gouvernement d’alors avait essayé d’introduire le ciblage pour éviter que le coût n’atteigne 6 % en 2040 comme projeté à l’époque. En 2023, nous aurons peut-être 253 000 personnes de plus de 60 ans et le coût augmentera à Rs 30 Mds par an même si le montant reste fixé à Rs 9 000 comme déjà annoncé par le gouvernement.»

En 2038, Statistics Mauritius estime que nous aurons plus de 320 000 personnes âgées de plus de 60 ans et que le coût annuel passera à Rs 38 Mds. «Même si notre PIB augmente de 3 % par an entre 2020 et 2038, ce coût va quand même représenter plus de 5 % du PIB en 2038.» Maurice aurait-il déjà basculé dans cette tendance de vieillissement ? En tout cas, nous ne pouvons guère nous comparer à la jeune population grandissante des pays d’Afrique et d’Asie qui justement est signe de croissance économique pour l’avenir.

«Nous sommes dans une situation de pyramide inversée; en 2000, 9 % de notre population avaient plus de 60 ans et étaient éligibles à la pension de vieillesse; nous sommes maintenant à près de 18 % et en 2050, ce chiffre devrait passer à 30 %. La pension deviendra alors un fardeau trop lourd à porter pour l’État», explique pour sa part Kevin Teeroovengadum.

 Si, en 2014, on comptait 4,6 personnes actives pour contribuer à la pension d’un retraité, ce taux passerait à 2,4 personnes en 2034 et à 1,6 personne en 2054. Quel est le danger de persister dans cette direction ? Selon l’économiste, il faut mettre en contexte que les investissements des fonds de pension à la Bourse de Maurice n’ont pas généré de la valeur et les retours sur investissement de manière générale sont en baisse.

Bombe à retardement 

«Le problème d’une population vieillissante ne se pose pas en 2054 mais maintenant. La capacité de soutenir la pension de vieillesse s’affaiblit et nous faisons face à un chômage grandissant parmi les jeunes, donc moins de taxes dans les caisses de l’État sur les salaires. Une réforme devient urgente, limiter la retraite anticipée ou encore réduire la pension de vieillesse sont des options à envisager, à l’instar des mesures draconiennes prises en Grèce où ils ont réduit la pension universelle de 1 % de leur PIB, tout en augmentant la contribution à la taxe pour la population active. Il faut un leadership politique fort et de la transparence pour prendre ces décisions impopulaires à court terme mais fructueuses pour l’économie nationale à long terme.»

Quelles sont nos options ? Comment sortir de cette situation qui s’apparente à une bombe à retardement ? Bernard Yen nous en dit plus. «Déjà, il faut que les gouvernements successifs tiennent ferme et ne cèdent plus à la tentation d’augmenter la pension de vieillesse pendant les prochains 20 ans au moins. Je n’ai pas eu l’occasion de m’exprimer quand, au début de l’année, certaines personnes s’étonnaient que la pension ne soit pas passée à Rs 9 375 avec la compensation salariale. La dure vérité, c’est qu’en augmentant la pension de vieillesse d’environ Rs 3 700 à Rs 5 000 en 2014, et de Rs 6 200 à Rs 9 000 en 2019, l’État a déjà donné plus de 20 ans d’augmentations en avance.

Ensuite, comment faire afin que le coût revienne à, disons, 2 % du PIB comme en 2003, si nous ne voulons pas augmenter la TVA et autres taxes ? Pour moi, il faut réintroduire un élément de ciblage et/ou commencer le paiement de la pension de vieillesse à 65 ans au lieu de 60 ans.» Or, nous savons que la pension de vieillesse reste une mesure électoraliste, servant à appâter les votants au moment crucial. Mesures courageuses rimant avec impopularité, avons-nous d’autres choix ? «Je sais que toute pilule sera amère mais il faut un débat national sur les choix possibles et un consensus politique afin que le choix de remède soit efficace et marche à long terme pour notre pays. Finalement, il faudrait que notre PIB progresse plus rapidement. Si notre PIB augmente de 6 % par an entre 2020 et 2038, la pension de vieillesse de Rs 9 000 en 2038 coûterait alors 3% du PIB, ce qui serait beaucoup plus soutenable à long terme», ajoute Bernard Yen.

Générer de la croissance, c’est là où le bât blesse sachant que le tourisme est toujours en berne. «Plus que jamais, il faut relancer notre tourisme au plus vite, réduire notre dépendance sur les importations, progresser vers l’autosuffisance alimentaire, monter en gamme dans le secteur manufacturier, consolider les services financiers et encourager le développement de nouveaux secteurs, entre autres. Personnellement, j’aurais préféré que la croissance arrive avant de se permettre d’augmenter la pension de vieillesse mais peut-être que je suis trop vieux jeu pour ce nouveau monde qui n’hésite pas à dépenser et à repayer les dettes plus tard», lance, ironiquement, Bernard Yen.

En attendant, quid des fonds de pension privés ? Le Covid-19 a-t-il eu un effet sur la capacité de la population active à épargner pour la retraite ? Fabrice Laroche-Coralie, Manager Business Development à MUA Life, estime qu’il faut d’abord faire ressortir qu’en 2000, l’épargne intérieure brute était au-delà de 25 % du PIB mais l’an dernier, elle n’atteignait même pas le seuil des 10 %. «Cela signifie que les Mauriciens épargnent beaucoup moins, et c’est inquiétant. L’abolition de l’exonération fiscale en 2006/7 a contribué largement à cette baisse de l’épargne. Il faut réintroduire ces mesures fiscales qui existent toujours dans plusieurs pays et encourager plus que jamais nos compatriotes à épargner. Le plan de pension personnel est une des meilleures façons de le faire.»

Quid de la demande pour ces plans ? Elle reste, semblet-il constante, surtout que la planification de la retraite a toujours été une des préoccupations majeures de la population active. «Et elle le restera. Mais il ne suffit pas d’avoir un plan de pension. La question que tout épargnant doit se poser est-ce que mon plan est revu chaque année ou réactualisé ? Ce bilan annuel est particulièrement important dans le contexte actuel, car plusieurs problématiques, dont la baisse du taux d’intérêt, les rendements et performances faibles ou négatives et l’inflation sont venues compliquer davantage toute planification.»

Selon lui, dans le métier de l’assurance, on a toujours eu pour discours qu’il n’est jamais trop tôt pour épargner, mais dans la présente conjoncture économique, c’est encore plus important d’épargner et d’ajuster le montant de son épargne régulièrement, pour atteindre l’objectif fixé pour sa retraite. «Donc, cette prise de conscience est très importante et plus tôt cela arrive, le mieux ce sera pour toute personne soucieuse de préparer efficacement sa retraite», prévient Fabrice Laroche-Coralie.

 Dans le secteur public, passant de la NPF à la CSG, notre problème de démographie vieillissante reste entier malgré les efforts de l’État pour encourager les étrangers à s’installer dans le pays. Comment la CSG aide à changer la donne ? «La CSG est une autre forme de pension de vieillesse, Rs4 500 par mois à partir de 65 ans, financé par une taxe qui frappe surtout les salariés du secteur privé formel, pour lesquels l’abolition du NPF est un autre coup de massue bien déguisé, il faut le dire. Les salariés du secteur public et les indépendants sont largement épargnés et c’est pourquoi Business Mauritius et d’autres contestent fortement la CSG en cour», dit Bernard Yen.

En tout cas CSG ou pas, la priorité de nos priorités reste la création de valeurs économiques au plus vite et le plus efficacement possible pour contrer ces difficultés que l’on voit arriver de loin. Sans oublier que la pension reste pour beaucoup de personnes âgées leur unique source de revenus face au panier de la ménagère qui coûte de plus en plus cher. Protéger l’économie tout en évitant le piège de la pauvreté, les autorités ont en effet du pain sur la planche.

 

 

Publicité