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Achats à crédit et «loans»: refusés !
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Achats à crédit et «loans»: refusés !
Alors que le tourisme et l’hôtellerie, surtout, connaissent déjà des secousses terribles en termes d’emploi, les travailleurs peinent sur d’autres fronts. En effet, plusieurs d’entre eux affirment avoir des difficultés d’accès aux achats à crédit ou des emprunts. Pourquoi ? Tour d’horizon.
«Je suis allé voir plusieurs banques mais ma demande d’emprunt a été refusée. On m’a dit que c’est parce que les frontières étaient fermées. J’ai même proposé qu’on fasse un compte joint avec mon épouse mais en vain», se lamente Rajen, 27 ans. Employé dans l’hôtellerie depuis 8 ans, tandis que son épouse, 25 ans, œuvre aussi dans ce domaine depuis 5 ans, il a dû se tourner vers un autre créancier pour trouver une solution.
Mais d’autres n’y arrivent pas, constate Preetam Bhuglooa, président de la Hotel and Restaurant Employees Union (HREU). «Un collègue voulait juste acheter un téléphone portable à crédit mais les revendeurs n’acceptent pas, disant qu’il faut que le tourisme redémarre. C’est la même chose pour les banques qui indiquent ne pas pouvoir accorder d’emprunts personnels actuellement comme c’est l’Etat qui nous paie avec les allocations de soutien de Rs 5 100. On ne fait plus d’heures supplémentaires et l’économie est en rade. Le tourisme n’a pas redécollé. Nos travailleurs en pâtissent.»
Je suis allé voir plusieurs banques mais ma demande d’emprunt a été refusée. On m’a dit que c’est parce que les frontières étaient fermées (…)
Ces difficultés seront adressées lors d’une réunion du syndicat aujourd’hui, ajoute-t-il. Une manifestation se prépare également le 28 novembre à Rose-Hill. De plus, indique Preetam Bhuglooa, d’autres problèmes se greffent à cette situation. Selon lui, les employés de l’hôtellerie sont dépourvus de fiches de paie, un élément impératif pour les démarches d’achats à crédit et d’emprunt auprès des institutions et compagnies concernées.
Parallèlement, de nombreux travailleurs, et pas uniquement ceux du tourisme, ont demandé un moratoire de six mois pour pouvoir payer leurs mensualités liées aux emprunts bancaires suite au confinement. «Nombre d’entre eux ont toujours du mal à s’acquitter de ces remboursements. Maintenant, est-ce que les banques vont allouer des emprunts à de nouveaux demandeurs ? Peut-être pas…»
Pour Suttyadeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), face à la situation précaire des employés d’hôtels, de la location de voitures entre autres filières touristiques, aucune institution financière ne peut prendre de risque au niveau des emprunts. «Même les compagnies d’assurance ne veulent pas accorder des loans. Du point de vue des organisations créancières, elles doivent s’assurer qu’elles pourront récupérer cet argent.»
D’après la Borrowers Protection Act, poursuit-il, on ne peut allouer un emprunt à une personne dépourvue de capacité de repaiement. «Covid19 ou pas, cette législation doit primer. Cependant, les banques ne doivent pas endetter davantage les emprunteurs déjà confrontés aux difficultés de paiement. Dans ce cas, ces institutions ont raison de refuser. Mais si une personne peut repayer, sa demande devrait être considérée.»
Quel est l’état actuel de ces demandes suite aux pertes d’emplois après le Covid-19 ? Du côté de la Mauritius Commercial Bank (MCB), Abraham Rawat, Head of Retail System Business Unit (SBU) concède que la pandémie a engendré une baisse des activités économiques, entraînant une diminution des revenus mensuels. Ceci allant parfois jusqu’à la perte d’emploi de certains clients. Par conséquent, des dispositifs nécessaires ont été mis en place pour accompagner ces derniers via un moratoire sur le remboursement des échéances jusqu’à ce que la situation devienne ‘plus clémente’. Dans certains cas, une restructuration des emprunts est proposée. «Quant aux nouveaux emprunteurs, nous conseillons aux clients de prendre en considération les paramètres prépondérants dont souffre notre économie locale actuellement avant de se lancer dans leurs projets», affirme-t-il.
D’après lui, le principe d’accorder un prêt au client repose sur la capacité de remboursement basée sur ses revenus actuels. «Il est évident que nous devons prendre en considération les facteurs exogènes qui peuvent impacter la capacité d’un client à repayer un prêt. Toutes les demandes de facilités bancaires sont traitées au cas par cas. Nous proposons une offre en fonction de la situation du client et il n’est pas plus difficile pour un client d’obtenir un prêt», indique notre interlocuteur.
Pour sa part, Jean Hugues Yagapen, Retail Product and Portfolio Manager à Bank One, dit suivre l’évolution du portefeuille de prêts de manière encore plus rapprochée. «Le moratorium, initié par la Banque de Maurice, est venu pallier temporairement les arriérages des clients touchés par cette situation inédite. Toutefois, nous remarquons que le montant des déboursements a augmenté progressivement depuis la levée du confinement pour atteindre pratiquement 75 % du niveau pré-Covid tout récemment.» Au-delà des chiffres, ajoute-t-il, cette reprise démontre une résilience du moral des ménages mauriciens à continuer à aller de l’avant avec leurs projets et que la banque répond toujours présent pour accompagner et soutenir ses clients. «Malgré cette reprise constatée, nous restons toujours vigilants sachant que les prochains mois seront cruciaux», avance-t-il.
Les critères pour allouer les emprunts ont-ils pour autant été altérés ? «Nous n’avons pas spécialement changé nos critères pour l’octroi de prêts. Si un client, stable financièrement, montre la capacité d’honorer ses engagements, il n’y a aucune raison pour que nous ne lui accordions pas de prêt, tout en respectant bien sûr les lignes directrices émises par le régulateur», assure Jean Hugues Yagapen. Mais étant donné le manque de visibilité quant aux secteurs directement touchés par le Covid-19 tels que le tourisme, l’aviation, les transports ou encore certaines catégories de self-employed face à un environnement international très volatile et un contexte difficile, il conseille aux clients et aux personnes opérant dans ces secteurs de ne pas s’endetter davantage mais plutôt d’attendre une reprise.
Quid des créanciers pour les achats à crédit ? Roger Li, Head of Consumer Finance de CIM Finance, déclare que la priorité a toujours été de bien cerner les besoins des clients pour leur proposer des solutions taillées sur mesure selon leur situation. «Ceci dit, nous avons noté, ces dernières semaines, qu’il y a plus de demandes qui ne respectent pas les critères requis. Cette hausse s’explique principalement par les irrégularités liées aux remboursements», explique-t-il. Conscient du problème, l’établissement a institué des mesures d’accompagnement à l’intention des clients pour régulariser leur compte et rééchelonner leurs crédits. De nouvelles offres avec moratoire sur le capital ont aussi été élaborées, permettant aux clients de payer uniquement les intérêts pour une période variant entre 3 et 9 mois, pour ensuite régler leurs mensualités normalement.
Qui plus est, indique notre interlocuteur, les critères d’octroi d’un crédit à la consommation ont été revus pour protéger les clients du surendettement. «La prise en compte de leur capacité de remboursement, entre autres facteurs, est primordiale pour éviter toute situation pouvant mener à la précarité.» Lors de la dernière révision - exercice qui se fait régulièrement - l’impact économique lié à la pandémie de Covid-19 a été considéré. CIM finance prend-il ainsi plus de précautions dans cette optique ? «Il y a effectivement des secteurs où les salariés sont plus touchés que d’autres. Nous pensons au tourisme, au textile, à l’aviation, entre autres. Les travailleurs indépendants aussi sont particulièrement affectés en cette période. Ceci dit, lorsque nous recevons des demandes de ces employés, nous les étudions en appliquant les mêmes critères», soutient Roger Li. En cette période où de nombreux ménages mauriciens passent par des moments difficiles, l’accompagnement du client reste essentiel. «D’où l’importance accordée à l’évaluation des dossiers avant d’accorder tout nouveau crédit.»
Dépourvus de salaires fixes et de fiche de paie pour prouver leur capacité de remboursement, les travailleurs affectés grincent des dents face aux difficultés actuelles. Leur unique espoir repose sur une relance de l’économie...
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