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#50ansMoris: «Notre génération a montré la voie à la génération actuelle» dit Richard Sunee

5 mars 2018, 16:55

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#50ansMoris: «Notre génération a montré la voie à la génération actuelle» dit Richard Sunee

Richard Sunee, 51 ans, fait partie de ces boxeurs pionniers qui, à la fin des années 80, allaient devenir des conquérants de l’impossible. En se lançant d’abord à l’assaut de l’Afrique, qui avait été longtemps hors de portée des gants de la génération pourtant talentueuse qui l’avait précédée.

Il sera récompensé par la première médaille d’or récoltée en boxe aux Jeux d’Afrique lors de la sixième édition tenue à Harare du 13 au 23 septembre 1995. Puis en grimpant d’un palier jusqu’à la première médaille d’or du sport mauricien aux Jeux du Commonwealth lors de la XVIe édition disputée à Kuala Lumpur du 11 au 21 septembre 1998.

Rapidité

L’évolution qu’a connue le sport mauricien a été marquée par une grande rapidité, clame Richard Sunee dans le gymnase de Glen Park où il nous reçoit en ce jeudi 22 février. Celui qui est aujourd’hui advisor-coach au ministère de la Jeunesse et des Sports n’a pas oublié ses débuts à l’âge de 11 ans ni le Championnat de l’Indépendance de 1983. Il met un certain Kowlessur K.-O. et prend son destin de boxeur en main.

«Je suis triste qu’un tel championnat ne soit plus organisé. L’évolution a été rapide. Elle a été si rapide que les jeunes n’ont pas eu le temps de se rendre compte du passage du temps et des changements qu’il apporte.» Les jeunes d’aujourd’hui, estime Richard Sunee, ne savent pas «comment les anciens sont devenus des champions». «Ils n’en ont pas idée car ils ont tout eu sur un plateau, en un claquement de doigts.»

«Nous savions l’importance de voir flotter notre drapeau. J’en ai des frissons rien que d’y penser.»

Lui, l’enfant pauvre de la Cité Malherbes, savait ce que voulait dire participer à un Championnat de l’Indépendance, représenter son pays. «Nous savions l’importance de voir flotter notre drapeau. J’en ai des frissons rien que d’y penser. J’ai été trois fois médaillé (NdlR : bronze, argent et or) aux Internationaux d’Italie. Je me souviens d’une fois où l’on jouait l’hymne national de Maurice. Nous étions à Venise. J’entendais quelqu’un dans la salle qui chantait Glory to thee. Je frissonnais. Je suis allé le voir après la compétition, il m’a dit : ‘Tu m’as fait pleurer aujourd’hui. J’ai passé trente ans en Italie et c’est grâce à toi que j’ai entendu retentir l’hymne national de mon pays ici.’ C’est alors que j’ai mesuré à quel point un sportif est un ambassadeur de son pays.»

Faire du sport de haut niveau est un acte patriotique. Richard Sunee craint que les jeunes d’aujourd’hui n’en aient plus conscience. Lui qui a été plus d’une fois le héros de tout un peuple est salué jusqu’aujourd’hui dans la rue par des inconnus pour son parcours et son succès. «J’en retire une grande fierté car j’ai fait honneur à mon pays.»

«L’Afrique faisait peur»

Une fierté d’autant plus grande qu’à ses débuts sur la scène internationale «l’Afrique faisait peur». «En 1985, en 1987, nous avions tous une grande appréhension des Africains. C’est en 1987 qu’il y a eu la médaille d’or de Judex Lefou en athlétisme. En boxe, nos meilleurs boxeurs s’étaient jetés dans le bain à Nairobi. Je pense à Mortimerdo, Luchesi, Jean-Marie Nagloo. Moi, j’avais été présélectionné. Ils ne tenaient que 66 secondes. La rencontre se terminait par un jet de l’éponge. Le niveau était élevé.»

Richard Sunee faisait partie de la «nouvelle génération ». Elle n’avait qu’une interrogation : «Comment rivaliser avec les Africains ?» Elle y parviendra à force d’entraînements et de frottements à l’étranger. «Il m’a fallu neuf ans pour remporter l’or, à Harare. J’ai fait plein de tournois. Notre génération a montré la voie à la génération actuelle qui affronte les meilleurs mondiaux. Steve Naraina, Josian Lebon, Rico Baptiste, Michaël Macaque, Marco Bangard et moi avons ouvert la porte. Au moment où je vous parle, Cédric Olivier s’est incliné 3-2 en Bulgarie face à un Kazakh. C’était inimaginable à l’époque. Nos meilleurs affrontent les meilleurs mondiaux aujourd’hui.»

Suivi médical

Le champion des -51 kg soutient que cette évolution ne peut faire l’économie d’un suivi médical qui se veut plus attentionné à l’approche des grandes compétitions telles que les Jeux des îles. «Aujourd’hui, c’est le staff médical qui se déplace vers les boxeurs. Il faut qu’il en soit ainsi tout le temps et pas seulement quand il y a de grandes compétitions. Le complexe de Côte-d’Or sera comparable à l’INSEP. Les jeunes ont tout ça aujourd’hui.»

Meilleures infrastructures

L’évolution est palpable sur le plan infrastructurel aussi. «Nous n’avions pas un tel gymnase à Glen Park. Nous nous entraînions dans un vieux bâtiment avec de l’amiante. Notre gymnase de Vacoas est l’un des meilleurs d’Afrique aujourd’hui. L’Anglais Joshua, qui est passé professionnel depuis, s’est entraîné chez nous à Vacoas. Notre centre est un bijou. Nous avons évolué.»

Pour Richard Sunee, la boxe occupe une place «bien élevée» dans cette fresque illustrant les cinquante ans de sport de Maurice. Elle a laissé son empreinte sur le sport mauricien. «Steve Naraina et moi avons permis à Maurice d’occuper le quatrième rang et le deuxième rang mondial chez les 54 kg et 51 kg.»

Réaliser son potentiel

Son souhait est que les autres disciplines continuent de persévérer et affirment leur potentiel au plus haut niveau. «En badminton, en natation, je vois des jeunes bien motivés.» Richard Sunee croit que la boxe peut faire encore mieux. «Je suis agréablement surpris quand je vois nos boxeurs terminer leur combat sur des scores de 2-1 ou 4-2 face à des combattants de l’Europe de l’Est. Ce sont les plus durs à affronter.»

Le franchissement d’un nouveau palier doit être associé à l’adoption d’un nouveau statut pour le sportif : celui de professionnel. «Nous sommes déjà classés parmi les meilleurs mondiaux. Il y a bien des joueurs qui vivent de leur sport. Pourquoi pas nous ?»

«Les Mauriciens ne réalisent pas que le sport ne se résume pas au sport de haut niveau.»

Le sport de haut niveau ne doit pas être une sorte d’exclusivité ou d’exception. Il doit être la clé de voûte du sport de masse. Toute la population doit réaliser l’importance de la pratique sportive et de ses bienfaits. «Je pense que 70 % seulement de Mauriciens sont conscients des bienfaits du sport. Les gens travaillent, ils sont pressés. Ils ne réalisent pas que le sport ne se résume pas au sport de haut niveau. Le sport, c’est la santé avant tout. Dans certains cas, les gens savent l’importance du sport mais ont peu de moyens. Le sport, c’est une question de moyens et de volonté.»

Lui avait de la volonté à revendre. C’est elle qui lui a permis de compenser le manque de moyens. «Je viens d’une famille pauvre. Je me levais à 4 heures du matin pour aller courir. Ma famille devait m’acheter du linge. Ma mère lavait mes vêtements sales sur la roche tous les jours. Elle doutait que le sport me rapporte quelque chose. Jusqu’au jour où je lui ai annoncé, en 1987, que je partais pour une compétition à Madagascar. C’était un événement dans ma famille. C’était la première fois que quelqu’un prenait l’avion.»

«Le sport nous a offert un avenir, la santé, la discipline et l’hygiène de vie. Il nous a appris à faire la différence entre le bien et le mal.»

Une expérience qu’il aimerait partager avec les jeunes aux côtés d’autres anciens, comme lui, qui ont eu à surmonter les obstacles à coup de sacrifices pour réaliser leur rêve et leur potentiel. «Nous n’avons jamais rien obtenu d’un claquement des doigts. Nous nous sommes construits nous-mêmes. Le sport nous a offert un avenir, la santé, la discipline et l’hygiène de vie. Il nous a appris à faire la différence entre le bien et le mal.»

Le sport a été pour Richard Sunee un tremplin vers la réalisation de soi. Il a vécu sa carrière sportive comme un «acte de foi». «Sans Dieu, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Ma foi m’a permis d’avancer et de croire en mes rêves. Grâce au sport, aujourd’hui j’ai une maison, une famille, un statut, un emploi. Je mène une vie modeste mais heureuse. J’ai même droit à une pension d’ancien sportif aujourd’hui. Je remercie Celui qui a rendu cela possible.»

Le sport, une solution aux fléaux

Tout comme son homologue Bruno Julie, Richard Sunee constate avec effroi les fléaux dans lesquels les jeunes tombent irrésistiblement. «Tous les Mauriciens doivent regarder cette réalité en face. Ils doivent s’unir pour changer cela car il y va de l’avenir de notre pays. Le sport est une solution à ces problèmes. Nous devons tous ensemble parler à ces jeunes qui se laissent tenter quand quelqu’un leur dit : ‘Dépose ce colis là-bas, je te donne Rs 1 500.’ Pour changer cette mentalité, il faut une grande unité et une grande solidarité.» Le sport lui a appris aussi la sagesse.

Palmarès

Richard Sunee – 51 ans
Advisor-coach au ministère de la Jeunesse et des Sports depuis 20 ans
Débuts en boxe vers l’âge de 11 ans
143 combats internationaux
5 fois champion de Maurice
A boxé dans cinq catégories : -51 kg, -54 kg, -57 kg, -60 kg et -63,5 kg
1994 : Champion d’Afrique (-51 kg)
1995 : Premier médaillé d’or en boxe aux Jeux d’Afrique d’Harare (-51 kg)
Qualifié pour les J.O. d’Atlanta en compagnie de Steeve Naraina (-54 kg) et Josian Lebon
(-57 kg). Première qualification d’un boxeur pour les J.O. Richard Sunee sera 8e de finaliste
1995 : Mondiaux de Berlin
1998 : Médaillé d’or aux Jeux du Commonwealth à Kuala Lumpur (-51 kg)
2000 : Retraite sportive

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