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Enfants des rues: la réinsertion comme seconde chance

22 novembre 2017, 00:00

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Enfants des rues: la réinsertion comme seconde chance

La Journée mondiale des droits de l’enfant a été célébrée hier. Et ce dimanche, l’événement se focalise sur les enfants des rues. À Maurice, ce problème suscite l’attention depuis les années 2000.

En ce jeudi 16 novembre, la pluie se déchaîne à Verdun. Mais ces averses ne découragent pas pour autant une dizaine d’enfants. Abrités dans une salle au cœur de la ferme du Service d’accompagnement, de formation, d’intégration et de réhabilitation de l’enfant (Safire), ils pré- parent des balais de Noël. Des petites mains triturent et ébouriffent des filaments de «corde coco». Ces derniers finissent par s’enrouler autour d’un manche noué par des ficelles. Ce sont des enfants qui étaient en situation de rue mais que l’organisation non gouvernementale (ONG) a récupérés sous son aile.

«Avec mes amis ici, je fabrique des décorations. Ensuite, on les ajustera sur des bonshommes de neige», déclare Joey, 15 ans. Encadré par les éducateurs de l’association depuis sept ans, il y a trouvé de nouvelles voies. Adepte du football et du volley-ball, il s’est découvert une passion pour la cuisine. «J’aime manger de la génoise. À l’école de Safire, j’ai appris à la préparer. Il y a tant de choses que j’apprends, comme la culture des légumes.»

Sur une table, Tesha, 13 ans, s’attelle à ses confections artistiques. «C’est la première fois que je fais cela. Ce n’est pas si difficile. Il faut s’appliquer», lâche timidement cette adolescente de Baie-du-Tombeau. Une fois complétées, ces petites créations seront au centre d’une vente de Noël en décembre. Selon Bernard Delangre, coordinateur de la ferme, et Mehdi Bundhun, chargé de communication de Safire, 26 jeunes âgés entre 10 et 16 ans y sont encadrés.

Au programme : des initiations à l’agriculture biologique, des cours d’alphabétisation, des activités artistiques, entre autres. «Nous soutenons des enfants en situation de rue. Ceci implique qu’ils peuvent aller à l’école ou pas et ensuite, ils errent les rues», expliquent-ils. Comment en arriventils là ? D’après nos interlocuteurs, ces adolescents sont souvent déscolarisés, ne s’adaptant pas au système éducatif. Une deuxième explication vient du fait qu’ils sont livrés à eux-mêmes en l’absence de leurs parents.

Absence d’action

C’est en guise d’instrument d’intervention que Safire a été fondée vers 2002. Actuellement, une dizaine d’éducateurs sont répartis sur l’île pour soutenir les enfants. Une étude réalisée en 2012 répertorie pratiquement 7 000 enfants en situation de rue. Une nouvelle recherche réalisée par l’université de Maurice a été commanditée en 2016. Bien que le rapport de l’enquête ait été validé en mars 2017 par le ministère de l’Égalité du genre, aucune stratégie n’a été mise en place, décrient les travailleurs sociaux. Nous avons essayé d’avoir une déclaration du ministère et de l’université à ce sujet, en vain. Déjà en 2012, plusieurs éducateurs s’étaient élevés contre l’absence d’action sur cette problématique.

«Pour les années récentes, la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, cela se complique avec l’arrivée des drogues synthétiques. Comme les enfants sont souvent déscolarisés, ils peuvent être influencés. Plusieurs peuvent être tentés par des trafics illicites et l’argent facile», affirme Edley Maurer, manager de Safire. Il énumère d’autres risques encourus par les enfants des rues tels que la violence, les agressions sexuelles, la prostitution et les grossesses précoces.

Et étant donné que certains des enfants ne soient pas alphabétisés, les possibilités de réintégration dans la formation s’amenuisent. Pourtant, l’éducation est vitale, soutient Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children. «Les enfants en situation de rue sont un groupe très vulnérable. Cela est lié à un problème de pauvreté. L’encadrement est primordial. C’est à travers l’éducation qu’un enfant va s’en sortir. Il faut tout faire pour qu’il/elle soit scolarisé(e)», déclare-t-elle.

En sus des cours internes d’alphabétisation, Safire essaie de canaliser ces jeunes vers des centres pour l’apprentissage des métiers. Mais là encore, les critères d’éligibilité font obstruction. «Il faudrait qu’on puisse donner la possibilité à ces enfants de faire des stages dès 13 ans. Par exemple, un garçon pourrait s’initier à la mécanique. Nous essayons de faire un plaidoyer en ce sens», indique Edley Maurer. La situation est considérable selon lui, d’autant que le taux de rechute est de plus de 50 %. En effet, l’environnement dans lequel évolue l’enfant, la situation sociale et familiale peuvent être hélas tributaires d’une récidive vers la rue. L’ONG s’affaire donc à cibler parallèlement les familles. Un projet de développement communautaire se prépare à Triolet dans cette optique.

«Il y a tant de choses positives que ces enfants peuvent accomplir. Il faut maintenir cette capacité à se réinsérer. Et ce, même s’ils parviennent à s’en sortir en trouvant un emploi stable. C’est un travail continu», conclut le responsable de Safire.

En chiffres

<p>6,780 enfants en situation de rue ont été identifiés en 2012. Ces données émanent d&rsquo;une étude de Safire et de la Mauritius Family Planning Welfare Association. Selon Edley Maurer, ce taux serait probablement le même pour les années suivantes. Cette recherche a démontré que 53,3 % des enfants des rues proviennent de familles monoparentales. 36,2 % de ces jeunes, âgés de 5 à 19 ans, ont également affirmé ne pas être scolarisés.</p>

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