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Rajdeo Kissoonah: «De plus en plus de jeunes développent un attrait pour les coopératives»
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Rajdeo Kissoonah: «De plus en plus de jeunes développent un attrait pour les coopératives»
Un regain d’enthousiasme pour les coopératives serait perceptible chez les jeunes, avec la récente institution de la Mauritius Cooperative Alliance (MCA) et de nouveaux plans d’aide. Le point avec Rajdeo Kissoonah, président de cette organisation.
La MCA vient d’entrer en opération. Qu’est-ce que cela changera pour ces sociétés ?
Actuellement, il y a 1 250 sociétés coopératives à Maurice. Parmi elles, 1 200 sociétés sont actives et la cinquantaine restante est en veille. L’institution de la MCA est passée au Conseil des ministres en juillet 2016. La mise en opération est effective depuis juillet. L’objectif est d’avoir un regard sur toutes ces coopératives sous notre fédération. Nous voulons également promouvoir les activités et veiller à ce qu’elles opèrent au mieux. Il y en a qui ne fonctionnent pas bien…
Pourquoi ?
Il y a une absence de suivi pour certaines. D’autres se sont retrouvées en liquidation ou n’évoluent pas dans la transparence. En tout cas, c’est ce que nous constations avant. C’est pour cela que nous interviendrons avec plus de vigilance. D’ailleurs, nous avons des officiers qui y veilleront.
Revenons à la MCA. Comment boostera-t-elle les coopératives ?
Nous sommes là pour les assister. Tout d’abord en mettant l’accent sur la formation. Il y a plusieurs secteurs à promouvoir, notamment celui de l’élevage. À ce titre, un accent particulier sera mis sur des formations à Maurice et en Inde, focalisées sur l’agriculture bio et la culture organique. Aujourd’hui, l’excès de produits chimiques utilisés dans l’agriculture est un poison pour les consommateurs.
En parallèle, le Budget 2017- 2018 fait provision d’un grant de Rs 400 000 pour chaque individu ou chaque société coopérative qui souhaite développer la culture hydroponique. Actuellement, la plupart des produits ne sont pas issus de la culture organique. Il faudrait donner des facilités en ce sens.
Quelle a été l’évolution des coopératives à Maurice ?
Initialement, le regroupement des coopératives a commencé en 1903. Lors d’une visite, Manilal Doctor avait constaté qu’il y avait une centaine d’exploitations de travailleurs agricoles et il a encouragé à l’unité. Cela a donné naissance aux coopératives, avec des employés de tous secteurs confondus. Aujourd’hui, le mouvement a une puissance considérable.
On sent tout de même une certaine stagnation dans cette filière. Pourquoi ?
Je suis tout à fait d’accord. Il y a un manque de transparence et de suivi... Il est difficile de dire pourquoi. On observe aussi un manque de vision et de discipline… Si un père ne sait pas bien encadrer ses enfants en instaurant une bonne discipline, forcément ce sera catastrophique. Telle était la situation prévalant dans le passé. C’est différent, à présent, avec un système de discipline et une meilleure structuration mise en place par les autorités.
Le 1er août, le ministre Bholah a lancé le Cooperative Development Fund. Quelle en est l’utilité ?
Ce fonds existe depuis longtemps. Mais nous n’y avions pas accès. J’en avais déjà parlé aux hauts gradés de l’ancien ministère mais j’avais été rabroué. Ces derniers disaient que nous n’avions pas le droit d’y toucher. Ce point a été alors soulevé avec le nouveau ministre en 2016. Aujourd’hui, cela se décante. En plus, ce fonds est agrémenté de quatre nouveaux schemes en vigueur depuis le début du mois. Ce qui symbolise une révolution dans le secteur.
Outre l’éducation, le marketing, la visibilité ainsi que la mise à jour des coopératives, l’accent est mis sur l’informatique au sein de ces quatre «schemes». Comment ces sociétés peuvent-elles mieux les intégrer à leurs activités ?
Environ la moitié des coopératives ne dispose pas d’un ordinateur, faute de moyens. À travers ce scheme, l’État financera l’achat de cet équipement à moitié. Il est important que les coopératives puissent mettre à jour leurs informations et se dotent de ces facilités technologiques. Sous la supervision du MCA, le ministère des Coopératives a d’ailleurs tenu des formations à l’intention des responsables d’une cinquantaine de coopératives d’avril à juin.
La technologie est devenue plus performante. Cet outil est crucial pour les coopératives. Un site web ainsi qu’une meilleure structuration des activités assurent plus de visibilité et de rentabilité. La comptabilité, effectuée à travers des logiciels spécifiques, apporte davantage de transparence. De plus, un collège focalisé sur la formation est en construction à Bois-Marchand. Il devrait être opérationnel en 2018.
L’avenir n’est donc pas si sombre pour les coopératives aujourd’hui ?
De plus en plus de jeunes de moins de 35 ans nous approchent car ils ont développé un attrait pour les coopératives. En général, les gestionnaires des 1 200 sociétés actives sont âgés de plus de 40 ans. Ce qui mobilise la jeune génération, c’est la technologie justement. Par exemple, ils ont envie de s’orienter vers la culture hydroponique, le shelter farming, l’élevage de vaches et de moutons. D’ailleurs, cette activité connaît un engouement car la viande de mouton est très demandée. Nous travaillons dessus. Il y a de l’avenir dans les coopératives. Au sein de ces entreprises, il y a des malentendus, des brebis galeuses qui essaient de profiter des autres. L’État, ainsi que notre organisation, veille à ce que ces situations ne se produisent plus.
Les secteurs porteurs sont notamment l’élevage, la culture des légumes basiques comme la pomme de terre et l’oignon, qui subissent les changements climatiques, et sont fragilisés par les anticyclones. Avec le Food and Agricultural Research Extension Institute, nous travaillons sur de nouvelles variétés plus résistantes. Le bio est aussi très sollicité. En Europe, ces normes sont bien appliquées avec des marchés dédiés. À Maurice, le bio est trop embryonnaire. Quand le touriste arrive à Maurice, il veut y avoir accès.
Comment améliorer les espaces de visibilité et de vente pour les produits des coopératives ?
Nous venons d’obtenir un accord avec le marché de Vacoas pour des étals consacrés aux coopératives. Nous espérons que cela pourra s’étendre à d’autres bazars. Cela permettrait aussi de vendre les produits à de meilleurs prix. Il est impératif de soigner la qualité. D’où le fait que nous encourageons la culture organique au sein des coopératives. Dans trois semaines, nous démarrerons des ateliers de travail dans le pays pour sensibiliser ces sociétés sur les nouvelles dispositions et facilités mises en application par les autorités.
Bio Express
<p>Originaire de Quatre-Cocos, Rajdeo Kissoonah a été scolarisé à Curepipe. Il a entamé un cours en management des coopératives à l’université de Maurice. En 2008, il a intégré la Belle-Mare Water Users Multipurpose Cooperative Society, et en deviendra le président. Fonctionnaire au ministère des Infrastructures publiques de 2006 à 2016, il a aussi siégé au sein d’autres organisations, dont la Mauritius Agricultural Marketing Cooperative Federation.</p>
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