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Jocelyn Kwok: «Notre patrimoine culturel offre un potentiel extraordinaire»

5 juin 2017, 19:30

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Jocelyn Kwok: «Notre patrimoine culturel offre un potentiel extraordinaire»

Quelles sont les retombées des Assises du tourisme qui ont eu lieu vendredi ?

C’était un bon exercice, nécessaire. Il faut renouveler cela périodiquement. Le tourisme passe par plusieurs phases. Il est important de faire le bilan et  de voir comment le relancer. Cette première journée pose les faits et permet de reconnaître le progress accompli dans le tourisme. Les problématiques existantes telles que le business model des taxis d’hôtel, la faible penetration de l’artisanat mauricien auprès des touristes, entre autres, ont aussi été abordées. De plus, les nouvelles orientations stratégiques possibles ont été clairement identifiées. Par exemple, au-delà de l’hébergement, le pays n’arrive pas à optimiser les opportunités comme les activités, le shopping, le tourisme culturel. De même, l’histoire de Maurice n’est pas assez mise en valeur. Dans certains cas, les difficultés dans leur mise en place ont été discutées. 

Il convient maintenant de poursuivre le travail de consultation et de concertation afin d’amener toute l’industrie et ses différents métiers à une feuille de route commune. Une nouvelle stratégie globale de notre tourisme qui engagerait toute la population mauricienne est indiquée. Nous comprenons que le ministère du Tourisme organisera ces ateliers de travail très bientôt. Au niveau de l’AHRIM, nous pensons qu’il est temps de se poser un moment. L’instant est opportun car l’industrie est en pleine croissance. Ceci permettrait de faire le relevé des aspects ou des points dans l’industrie qui demandent encouragement, ajustements ou élimination progressive, voire immédiate. Par exemple, beaucoup d’actions rapides sur l’environnement, l’engagement des citoyens et les opportunités hors hébergement peuvent changer notre état d’esprit et notre regard sur le tourisme de Maurice.

Quels sont les marchés que Maurice arrive à capter et ceux qui ne fonctionnent pas ? Pourquoi ?

La diversification des marchés et la consolidation de ceux qui existent déjà ont été une belle réussite. La croissance a été soutenue depuis le second semestre 2014. Malgré une sortie de crise d’une durée d’environ cinq années, l’industrie n’a pas sombré face à une connectivité aérienne affaiblie entre 2008 et 2013. Maurice a aujourd’hui un portefeuille solide de sept marches principaux, soit la France, La Réunion, le Royaume- Uni, l’Afrique du Sud et l’Allemagne. Puis viennent l’Inde et la Chine. Tous ces marches sont en croissance et capteront toute notre attention. Nous avons réussi dans  nos initiatives pour atteindre les nouveaux marchés. 

À chaque fois, l’effort est concerté entre l’aérien, l’hébergement, l’investissement par la Mauritius  Tourism Promotion Authority (MTPA) dans la promotion de la destination. Nos récentes percées sur le marché scandinave et en Europe de l’Est sont très révélatrices. Le budget pour la promotion touristique n’est pas extensible à souhait. L’analyse du bénéfice pour chaque roupie investie dans chacun de nos marchés cibles vous donne une idée très Claire des priorités.

Anil Gayan parlait récemment de diversification touristique avec le «glamping», les millennials et le fait de ne plus se contenter des cinq étoiles. Quelle est la priorité désormais ?

Dans le tourisme, il y a de la place pour tous ceux qui réussissent face à la demande. Chaque opérateur a la responsabilité de ses propres investissements. Chaque nouvelle idée qui marche renforcera la destination. Oui, il y a de nombreux nouveaux segments, voire de nouvelles niches à exploiter davantage. Le glamping (NdlR, contraction des mots glamour et camping, c’est un tourisme alternatif dans des hébergements insolites, avec peu d’impact sur l’environnement, comme des bulles, des tipis, des roulottes…) semble prometteur. Selon nos chiffres, près de 40 % de nuitées touristiques se passent déjà hors des hôtels en ce moment. La diversité de nos hébergements est déjà établie !

Maurice a-t-elle suffisamment de produits à offrir au touriste ?

Bien sûr que oui ! Regardons nos guides touristiques, y compris ceux produits par des étrangers, et la nouvelle brochure Maurice 365. Il y a forcément des aspects qui ne sont pas assez valorisés actuellement. Néanmoins, je demeure persuadé que nous avons beaucoup à gagner à partir de simples décisions et actions quasi immédiates. La signalisation routière et la signalétique de nos lieux touristiques sont des exemples. Un boost au niveau de ces éléments de base d’un tourisme de découverte amènera rapidement une augmentation de nos tourists en voiture. Le transport public est un autre exemple. Le manque d’informations sur les horaires et trajets de bus est une véritable souffrance. L’absence d’un service de transport connu et fiable se fait sentir tous les jours. Nos taxis qui insistent pour des tarifs négociés à la tête du client n’arrangent rien. Chaque moment perdu sur les routes reste une opportunité d’affaires manqué pour un autre opérateur touristique. Un touriste averti en vaut deux...

Une des stratégies de la National Export Strategy est le tourisme culturel. Comment la concrétiser ?

Notre patrimoine culturel offre un potentiel extraordinaire. Les acteurs du tourisme culturel gagneraient à axer leurs efforts vers la demande et ses  conditions de matérialisation. Une concentration de nos efforts uniquement sur le contenu d’un spectacle ou d’un musée n’est guère suffisante. Il faut  constituer une veritable offre comme un nom, une information sur le contenu, sa durée, le lieu, comment s’y rendre et quand s’y rendre, comment retourner à l’hôtel ou à son hébergement, où acheter le billet d’entrée, comment s’équiper pour pouvoir profiter au maximum de cette expérience et ainsi de suite. Sans oublier la petite boutique branded à la sortie avec le même nom et les souvenirs à ramener afin de poursuivre le cercle de  communication et de partage. De nombreuses idées ont déjà été émises par des spécialistes reconnus. Il faut les poursuivre et les matérialiser.

Quelles stratégies doivent être préconisées face à la compétition interîles avec notamment les Maldives et les Seychelles ?

Chacune de ces destinations acquiert progressivement son propre positionnement de marché. Maurice est une destination mature qui peut controller l’orientation de son tourisme. Plusieurs aspects convergent vers notre spécificité et vers ce que nous promettons à nos tourists potentiels. Le positionnement du prix supérieur ou à parité avec un billet d’avion plus cher à cause de l’éloignement, l’hébergement en cinq étoiles ou les maisons d’hôte, les nouveaux hôtels situés sur la côte ou concentrés à l’intérieur de l’île, sans oublier notre politique d’ouverture controlee de notre accès aérien en sont quelques exemples. Il y aura des choix à faire de temps à autre. Les Assises offrent justement l’espace et le processus pour des réponses collectives à ces questionnements importants. Pour revenir à votre question, le contenu produit de Maurice est largement audessus de la concurrence. Le potentiel d’avancement est significatif à partir de nos vitrines déjà acquises, que sont au niveau de nos sites naturels exceptionnels, notre peuple, et notre hôtellerie «best in class».

Comment mieux attirer les touristes africains ?

Cette question est régulièrement débattue au niveau des autorités du tourisme. Les efforts vont augmenter au fur et à mesure. Dès l’identification de  potentiels prometteurs et concrets, nous allons investir de manière concertée tant sur le plan aérien, que réceptif ou au niveau de l’hébergement. Je suis convaincu que notre produit reste attrayant pour le continent africain. La force de la demande nous guidera dans nos choix futurs.

Bio Express

<p>Depuis 2011, Jocelyn Kwok est directeur de l&rsquo;AHRIM. Il a aussi été nommé aux conseils d&rsquo;administration de la Tourism Authority et de la Mauritius Tourism Promotion Authority. En tant que membre de Business Mauritius, il siège aux Human Resources Development Council et National Wage Consultative Council. Avant de se joindre à l&rsquo;AHRIM, Jocelyn Kwok a été le secrétaire général de la Chambre d&rsquo;agriculture de Maurice. De 1991 à &nbsp;2006, il a exercé comme Management Consultant chez De Chazal Du Mée où il accéda au statut de partenaire en 1998. Il y dirigeait le service des études économiques et marketing. Jocelyn Kwok a également coprésidé le premier comité du Maurice Île Durable Fund de 2008 à 2010. Ensuite, il a &nbsp;été membre du National Economic and Social Council de 2009 à 2014.</p>

 

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